Le Maroc à l’IMA, un avant-goût de polémique
Des artistes marocains ont publié un communiqué critique à l'égard du modus operandi adopté par les organisateurs de l'exposition qui se tiendra à l'Institut du monde arabe en septembre. S'il ne s'agit pas (encore) de polémique, l'affaire gagne en ampleur
Élaboré après la réunion extraordinaire du syndicat des artistes plasticiens marocains, le 23 juin 2014, le communiqué s'élève contre "la nomination de deux personnes, un Français et un Marocain, chargées de la sélection des artistes invités. Or, ces deux personnes ne sont pas des critiques d’art consacrés, mais des chercheurs académiques en esthétique qui ne suivent pas de près l’ensemble des évolutions et mutations de la scène artistique nationale(...), d’où la cooptation exclusive de représentants de certaines sensibilités picturales abstraites qui s’inspirent d’expériences occidentales et l’élimination systématique du reste des sensibilités malgré leur rayonnement national et international".
Le syndicat attire, également, "l’attention sur le fait qu’il aurait été plus pertinent d’annoncer préalablement la tenue de cette manifestation artistique, conformément à la pratique courante, lors d’événements internationaux respectés et assumant leurs choix. Une telle procédure aurait permis à l’ensemble des artistes marocains de concourir, individuellement ou par le biais des organisations représentatives".
Un artiste, faisant partie de ceux qui ont affiché leur mécontentement, précise les contours de la critique: "Jean-Hubert Martin, commissaire d'exposition à l'IMA, ne connaît pas grand chose sur l'art au Maroc. Il a donc demandé à Moulim El Aroussi d'établir une liste des artistes. Or, El Aroussi n'est pas critique d'art. Il a pallié àsa profonde méconnaissance de la scène artistique marocaine en choisissant les artistes avec lesquels il partage des affinités".
Les arguments de Moulim El Aroussi
Moulim El Aroussi, lui, se défend d'avoir exclu qui que ce soit. "Comment le savent-ils alors que la liste (des artistes qui exposeront à l'IMA) n’est pas encore publiée? Leur chef fait une fixation sur cette question, il croit que je n’expose que la peinture abstraite et cela il le répète depuis 1987. Qu’ils attendent la publication de la liste pour savoir de quoi il s’agit," réagit-il dans une déclaration à Médias 24.
Il précise également qu'il a été nommé par la Fondation des musées comme commissaire associé de l'exposition à l'IMA depuis mai 2013. "Pourquoi n’ont-ils pas réagi à ce moment-là ? Ceux qui sont à la tête de la grogne, ont tous été consultés, ils ont accepté le jeu mais quand leurs dossiers n’ont pas été retenus, ils ont crié au scandale. (...) Quant à leur chef, il a d’abord commencé par défendre son dossier seul mais quand il a été reçu par Jean-Hubert Martin et que ce dernier lui a dit clairement que son dossier n’a pas été retenu, il a ameuté un ensemble de personnes de son syndicat pour donner l’impression qu’il défendait l’intérêt général".
Quant au reproche qui lui est fait, de ne pas être critique d'art: "que je ne (le) sois pas, cela me fait honneur, car la formule est de moi. S’ils lisaient les journaux marocains, ils sauraient que c’est une formule que j’ai toujours répétée. Je suis un philosophe producteur de concepts esthétiques que les critiques d’art utilisent. Il n’y a pas de formation de critique d’art, il y a des écrivains ou des journalistes qui recourent à des concepts sculptés (l’expression est de Deleuze), par des philosophes de l’art (j’en fais partie) pour écrire sur les artistes et traduire leur sensibilité. (...) L’IMA et la Fondation Nationale des Musées du Maroc ont effectivement choisi deux spécialistes en esthétique pour cette mission. Selon les règles internationales, quand on nomme un commissaire, on nomme une personne qui a une vision et une autorité intellectuelle et artistique. (...) L’exposition marocaine à l’IMA est régie par un concept qui a émané de l’étude minutieuse d’un corpus collecté avec beaucoup de patience à travers le Maroc".
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