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Tanger: A Al Irfane, “on n’a pas vu un élu communal ou un député depuis plus de 6 mois”

Les habitants se plaignent du désintérêt des élus comme des autorités pour leur quartier situé à la périphérie de Tanger, théâtre d’affrontements entre Marocains et Subsahariens vendredi 20 juin. Notre reportage sur place.  

Tanger: A Al Irfane, “on n’a pas vu un élu communal ou un député depuis plus de 6 mois”
Jamal Amiar
Le 23 juin 2014 à 17h42 | Modifié 23 juin 2014 à 17h42

Plus de 6 mois après la mort du jeune Ivoirien Cédric Bété suite à une chute de la terrasse d’un immeuble au quartier Al Irfane 2 de Ziaten à Tanger, de nouveaux incidents ont éclaté vendredi dernier se soldant notamment par plusieurs blessés et l’incendie d’un appartement habité par des Subsahariens sans papiers.

La mort du jeune Cédric Bété pendant des contrôles policiers le 4 décembre 2013 avait révélé les tensions existant dans le quartier entre les familles marocaines et les jeunes Subsahariens qui louent ou squattent de nombreux appartements dans ce quartier situé à la périphérie de la ville, sur la route de l’aéroport.

Selon Ahmed Bakkali, del’association  Solidarité et Droits du voisinage fondée il y a 3 mois, « aujourd’hui, 5 à 6.000 personnes vivent dans le quartier dont plus d’un millier sont d’origine subsaharienne. Nos familles protestent contre le fait de vivre aux côtés de squatters qui ne respectent pas le voisinage ».  Les incidents du vendredi 20 juin sont intervenus suite à l’arrivée d’agents  venus faire appliquer des ordres d’expulsion d’appartements occupés par des jeunes Subsahariens.

Le mix social dans le quartier se révèle parfois tendu entre des familles qui ont le plus souvent emprunté pour acquérir un appartement à 250.000 DH dans un quartier où les services publics sont quasi-inexistants jusqu’à présent. Les immeubles construits par le promoteur Addoha ont accueilli leurs premiers habitants à partir de 2010 et ce n’est que depuis l’année dernière que le quartier a commencé à s’animer avec l’ouverture de quelques commerces (épiceries, fast-food, boucherie) et de cafés.

Un collège s’apprête à ouvrir ses portes à la rentrée prochaine et seule une école primaire in achevée était ouverte pendant cette année scolaire 2013-2014. Une mosquée est en cours de construction et bien qu’elle ne soit pas entièrement terminée, notamment à l’extérieur, elle doit ouvrir ses portes à la veille du ramadan, vendredi prochain.

Selon des habitants, « depuis plusieurs mois nous avons envoyé des courriers à la wilaya, à la mairie et au procureur du Roi». A la suite des incidents de décembre dernier et les manifestations de part et d‘autre qui avaient succédé au décès du jeune Ivoirien, des élus locaux s’étaient rendus sur place.

Depuis la situation dans le quartier avait peu évolué. Les habitants rencontrés sur place tout au long de ce dernier week-end clament que « les Marocains n’ont pas de droits » et que « personne ne s’occupe d’eux ». Ils espèrent recueillir plus d’attention de la part des élus et des autorités à la faveur de l’approche des consultations électorales de l’année 2015.

Les habitants continuent de réclamer l’ouverture d’un poste de police et d’un centre de santé. Plusieurs autres services font défaut dont le transport public par autobus et un ramassage des ordures régulier. Dans le quartier, on note la présence d’un nombre très réduit de poubelles du gestionnaire déléguée. Le quartier ne dispose d’aucun équipement sportif digne de ce nom, ni d’un espace de jeux pour les enfants. Paradoxalement,  Al Irfane 2 offre le visage d’un quartier assez bien tenu, ses habitants n’hésitant pas à consacrer du temps à nettoyer rues et trottoirs

Pour tout marché de quartier, marchands de fruits et légumes et poissonniers occupent les trottoirs de l’avenue principale et  quelques rues perpendiculaires là où la construction d’un espace dédié améliorerait la qualité de vie et l’hygiène. Les habitants se plaignent notamment d’être réveillés par les triporteurs des livreurs ou des marchands ambulants à n’importe quelle heure du jour alors que plusieurs d’entre eux ont parfois des horaires de travail décalés du fait des emplois industriels qu’ils occupent à la zone industrielle de Gzénaya ou à la Tanger Free Zone.

Du côté de la communauté subsaharienne, on fait remarquer que l’ « on n’a pas où aller ». Mais certains se sentant bloqués à Tanger et rejetés par la population locale ont rebroussé chemin vers Nador. « De là ils peuvent tenter de traverser vers Melilia » indique une jeune femme du quartier. D’autres ont choisi de faire leur vie, petit à petit, à Tanger. Certains sont maçons ou menuisiers ; d’autres donnent un coup de main aux marchands sur différents marchés de la ville. Certains attendent une réponse à leur demande de régularisation. La procédure ouverte en janvier dernier a vu la régularisation de moins de 1.200 personnes étrangères (Africains, Européens ou Asiatiques) sur 15.000 demandes formulées. Pour prétendre à la régularisation de sa situation administrative, un étranger doit prouver qu’il réside et travaille au Maroc depuis plus de deux ans.

Malgré les incidents notés ces derniers jours ou en décembre dernier, la cohabitation existe. Marocains et Subsahariens se côtoient quotidiennement au marché mais aussi dans les cafés pour regarder les matchs de la Coupe du monde de football. Mais pour certains militant associatifs d’Al Irfane 2, visiblement excédés d’avoir des jeunes Subsahariens comme voisins, la solution est de « les regrouper dans un quartier à part ». Cela s’appelle créer un ghetto. De là à considérer d’un jeune Subsaharien n’a pas de droits à faire prévaloir, on n’en est pas loin.


 

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Jamal Amiar
Le 23 juin 2014 à 17h42

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