Human Rights Watch fustige la NSA
Les Etats-Unis et leur programme de surveillance généralisée sont un exemple dangereux pour les autres pays, à qui ils donnent des prétextes pour censurer les communications en ligne, estime l'ONG dans son rapport annuel mardi.
Le non respect de la vie privée par l'Agence de sécurité nationale américaine (NSA) donnera l'occasion aux Etats répressifs d'imposer des restrictions sur les libertés d'expression, estime HRW dans ce texte de 667 pages sur les droits de l'Homme dans plus de 90 pays, présenté à Berlin. L'ONG, basée à New York, note que le gouvernement américain dispose d'une « position exceptionnelle pour surveiller les communications mondiales car la plupart des données sur internet circulent sur le territoire américain ou sont relayées par des compagnies américaines ». Par conséquent, ils portent une responsabilité particulière pour la sauvegarde des droits des individus.
Dans un entretien à l'AFP, le directeur exécutif de HRW, Kenneth Roth, a déclaré que des pays, tels que la Chine, la Russie et l'Inde prenaient exemple sur la NSA pour empiéter sur le respect de la vie privée des individus. Censurer les personnes trop critiques « Pour le meilleur et pour le pire, le gouvernement américain donne le ton en ce qui concerne le respect de la vie privée et de la liberté sur internet », a-t-il souligné. « L'une des réactions à la surveillance organisée par la NSA, c'est que beaucoup de pays vont créer des internets nationaux, ils vont forcer les groupes de ce secteur à maintenir les données de leurs utilisateurs dans leur pays », a-t-il ajouté. « Cela va leur permettre de contrôler beaucoup plus facilement qui dit quoi sur la toile et censurer les personnes trop critiques », a-t-il poursuivi.
Son organisation a choisi Berlin pour présenter son rapport annuel car l'Allemagne fut l'un des pays concernés par les révélations d'Edward Snowden, avec notamment la mise sur écoute d'un téléphone portable de la chancelière Angela Merkel. Les affirmations du président américain Barack Obama selon lesquelles la vie privée des gens n'était pas mise en danger, tant que le gouvernement ne faisait que collecter les communications sans les examiner, ne tiennent pas la route, a estimé M. Roth. « Imaginez que le gouvernement mette une caméra vidéo dans votre chambre à coucher et dise "ne vous inquiétez pas, cela va simplement aller dans l'ordinateur gouvernemental. Nous n'allons pas regarder les images, sauf si nous avons vraiment une bonne raison" », a-t-il dit. « Vous seriez rassurés? Bien sûr que non. Mais c'est exactement ce que propose le gouvernement américain sur le respect de nos communications privées ».
Selon M. Roth, le président Obama, a, par son discours de vendredi où il a dressé de nouveaux contours sur les pratiques des services d'espionnage, « finalement reconnu qu'il y avait certaines choses qui n'allaient pas dans la surveillance de nos communications électroniques par la NSA ». Mais il n'est pas allé assez loin, d'après lui. Ce 24e rapport met aussi en lumière les brutalités à l'encontre des populations civiles dans la Syrie ravagée par la guerre. Il renouvelle ses appels aux dirigeants du monde entier à faire pression pour que « cessent ces atrocités et que ceux qui les perpétuent soient punis ». Il critique l'attitude de la Russie et de la Chine au Conseil de sécurité de l'ONU, qui ont selon lui permis le meurtre de civils syriens. En même temps, M. Roth a aussi fustigé le refus américain de renvoyer des criminels de guerre présumés devant la Cour pénale internationale (CPI) de la Haye. « Alors que la conférence de paix de Genève II sur la Syrie va commencer, sans que l'on soit certain de son succès, il ne devrait pas y avoir le moindre prétexte qui empêche une action pour protéger les civils syriens. Il faut vraiment mettre la pression pour que ces tueries cessent et pour qu'une aide humanitaire parvienne à ceux qui en ont besoin », a-t-il dit.
(Avec AFP)
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