Le nombre de jihadistes marocains en Syrie “s’accroît rapidement“, selon une chercheure américaine
EXCLUSIF. Selon Vish Sakthivel, chercheure au Washington Institute for Near East Policy, "s’il est difficile de dire avec précision combien de combattants marocains se trouvent engagés dans la guerre en Syrie, leur nombre s’accroît rapidement".
"Alors qu’il y a juste quelques mois, on estimait leur nombre entre 50 et 100, le chiffre est aujourd’hui revu à la hausse, plus de 700", indique-t-elle à Médias 24.
Ces jihadistes sont originaires de Tanger et de la région de Marrakech mais aussi de Fès, Sebta, Alicante et Bruxelles.
Des motivations diverses
Des épouses dont le mari est parti combattre dans la guerre civile en Syrie il y a plusieurs mois, des jeunes qui en reviennent ou dont les anciens voisins ou camarades de classe sont aujourd’hui à l’autre bout de la Méditerranée mitraillette au poing… Les histoires de ce genre se font nombreuses notamment concernant les quartiers périphériques de Tanger.
Des histoires, mais des photos également, circulent dans les quartiers de la périphérie de Tanger montrant des pères de famille partis avec leurs enfants. «Il y en a beaucoup» indique un ancien militant salafiste aujourd’hui engagé sur le dossier des anciens jihadistes marocains emprisonnés en Irak.
Ces photos qui circulent dans certains quartiers de Tanger montrent des anciens habitants du quartier, armes à la main, leurs enfants à leurs côtés, quelque part en Syrie.
«Un nombre important des jihadistes européens sont d’origine marocaine et on les retrouve en Syrie et au Mali ; il y a des anciens d’Afghanistan», précise V. Sakthivel.
Vish Sakthivel qui a vécu pendant 3 ans au Maroc notamment au sein du Peace Corps et parle couramment l’arabe dialectal, est spécialisée dans l’étude et l’observation du mouvement islamiste marocain. Elle estime qu’il est «complexe de discuter des motivations des jihadistes marocains : il existe une combinaison de facteurs qui les attirent en Syrie et d’autres qui les poussent hors du Maroc ou du Maghreb».
«Les jihadistes, analyse V. Sakthivel, veulent s’impliquer et aider dans la crise humanitaire syrienne, un sentiment et une tendance partagés des Algériens et des Tunisiens. Certains attribuent cela au “facteur Al Jazeera“», indique-t-elle. « Ceci est en substance l’aspect, la version romantique entourant le désir d’aller en Syrie au secours de leurs coreligionnaires sunnis qui souffrent entre les mains d’Assad». «Certains Marocains ordinaires avec qui j’ai eu l’occasion de discuter accusent la télévision saoudienne d’inciter les jeunes à partir», ajoute V. Sakthivel.
Des anciens d’Afghanistan et de Guantanamo
«Quelque chose de similaire peut être dit des facteurs qui incitent ces jeunes à partir», explique V.Sakthivel . «Ces motivations sont très partagées à travers le Maghreb, et cela, plus que les analystes ne pourraient le penser. Beaucoup parmi les combattants sont des jeunes défavorisés, alors que les émirs, comme vous le savez, sont généralement des combattants aguerris dont certains sont passés par Guantanamo».
Selon un décompte publié par Médias 24 le 29 décembre dernier, le nombre de Marocains morts dans les combats en Syrie est estimé à 412 depuis mars 2011 date du début de la guerre civile syrienne. En mars 2014, cela fera 36 mois que la guerre dure en Syrie.
Dans une analyse mise en ligne le 25 septembre dernier, le Washington Institute for Near East Policy attirait déjà l’attention sur l’engouement des jeunes Marocains pour le jihad en Syrie. «Les combattants marocains voyagent en nombre en Syrie et ils forment leurs propres groupes jihadistes, suscitant des inquiétudes sur ce qu’ils pourraient faire une fois qu’ils retournent au Maroc», indiquait Vish Sakthivel il y a 6 mois, précisant que les recrues marocaines se retrouvent au sein des Kataeb Ahrar al-Cham, du Front Nousra proche d’Al Qaïda, et de l’Armée libre syrienne, l’ALS.
Le think tank américain rapporte que Brahim Benchekroun, 35 ans, alias Abou Ahmed al-Mouhajer (photo ci dessus, barbe blanche), ancien détenu marocain à Guantanamo établi en Syrie, a créé un nouveau mouvement, Harakat Sham al-Islam, une organisation jihadiste marocaine. Selon Abdallah Rami cité par le Washington Institute, «l’objectif du mouvement est de recruter pour la guerre contre Bachar al-Assad mais également d’établir une organisation jihadiste à l’intérieur du Maroc».
à lire aussi
Article : Décès du chanteur égyptien Hany Shaker
Le célèbre chanteur égyptien Hany Shaker est décédé ce dimanche 3 mai à l’âge de 73 ans, des suites d'une longue maladie.
Article : African Lion : recherches en cours après la disparition de deux militaires américains à Tan-Tan
Deux militaires américains participant à l'exercice African Lion 2026 ont été portés disparus le samedi 2 mai vers 21h, au niveau d’une falaise à Cap Draa, dans la région de Tan-Tan.
Article : Réglementation des psychologues : une réforme en cours… et des initiatives qui interrogent
Le chantier de réglementation de la profession de psychologue, enclenché par le gouvernement il y a quelques mois, suscite une multiplication d’initiatives politiques et associatives. La dernière en date est une proposition de loi déposée le 27 avril au Parlement par le PPS. Une dynamique qui interroge, tant sur ses motivations que sur sa portée réelle.
Article : E-méthanol : le Maroc doit transformer un défi réglementaire en avantage stratégique
L’e-méthanol fait partie des paris stratégiques du Maroc pour s’imposer sur le marché européen des carburants verts. Cependant, l’accès à ce marché exige un CO₂ d’origine renouvelable. Pris entre des sources de CO₂ biogénique limitées et la nécessité de respecter les normes européennes, les projets marocains d’e-méthanol avancent sur une ligne de crête.
Article : Mise à niveau de la défense aérienne : Bir Anzarane, le nouveau verrou stratégique des FAR au Sahara
Dans le cadre d'une vaste stratégie de restructuration de ses infrastructures militaires, le Maroc accélère le déploiement de la base aérienne de Bir Anzarane. Ce nouveau pôle opérationnel, situé en plein désert, marque un tournant dans la gestion territoriale et sécuritaire des provinces du Sud, alliant discrétion tactique et puissance de surveillance technologique.
Article : Tétouan : mise en service du nouveau parc de transport urbain
Les autobus ont été remis au délégataire chargé du transport urbain et périurbain par bus, à savoir la société "Issal Tétouan", issue d’un partenariat entre la Société marocaine de transport et la société "Transdev", pour le compte de l’Établissement de coopération intercommunale (ECI) "Chamal Al Gharbi".

