Egypte: Les pro-Morsi appellent à manifester avant les résultats du référendum
Les partisans du président islamiste Mohamed Morsi déchu appellent à manifester vendredi en Egypte, à la veille de l'annonce des résultats d'un référendum constitutionnel présenté par les nouvelles autorités comme une caution populaire à l'éviction du chef d'Etat.
La victoire du oui - avec 98% des voix selon le quotidien gouvernemental Al-Ahram - ne faisait aucun doute avant même la tenue du référendum, et c'est la participation qui est scrutée à la loupe, d'autant que l'entourage du nouvel et très populaire homme fort du pays, le général Abdel Fattah al-Sissi, a laissé entendre qu'elle lui servirait d' «indicateur» à l'approche de l'élection présidentielle. Les Frères musulmans de M. Morsi, réprimés dans le sang depuis cet été, officiellement déclarés « terroristes » et de ce fait interdits de manifestation, avaient appelé à boycotter le scrutin, première étape de la transition promise par l'armée qui doit se poursuivre avec des législatives et une présidentielle. Trois jours avant le référendum de mardi et mercredi, le général Sissi, chef de l'armée, ministre de la Défense et vice-Premier ministre, a déclaré qu'il se porterait candidat si le peuple « le réclame" et si l'armée l'appuie.
Le 3 juillet, il avait lui-même annoncé l'éviction de M. Morsi, assurant répondre au souhait de millions de manifestants ayant réclamé le 30 juin le départ du chef d'Etat. Vendredi, avant même l'annonce officielle des résultats, prévue samedi en fin de journée, le journal indépendant Al-Masry Al-Youm titrait: « La Constitution du 30 juin dirige l'Egypte ». Et c'est en fait sur cet épisode du début de l'été que les autorités attendaient les électeurs, dont la plupart n'ont pas lu la nouvelle Constitution - révision à la marge de celle adoptée sous Morsi. Ainsi, expliquait à l'AFP Hani Salah, porte-parole du gouvernement intérimaire, le scrutin était « aussi un référendum sur le 30 juin », estimant qu'il n'y avait « pas de retour en arrière possible ». Les autorités misent sur un taux de participation supérieur à celui du référendum constitutionnel de 2012 sous la présidence Morsi.
Jeudi soir, la présidence a salué « une belle journée pour l'Egypte et la démocratie » grâce à une « forte participation », sans préciser de taux. Refusant de donner le moindre chiffre, le porte-parole de la Haute commission électorale a cependant indiqué à l'AFP que « le taux de participation et le pourcentage de oui (étaient) plus élevés qu'en 2012 ». Selon l'agence officielle Mena, la participation a été de 39% dans 20 des 27 provinces, soit six points de plus qu'en 2012.
Manifester « pacifiquement »
Les pro-Morsi ayant appelé au boycott, aucune campagne n'a été menée pour le non. En outre, Transparency International a accusé les responsables gouvernementaux d'avoir « ouvertement encouragé à voter pour » le texte et a dénoncé une « couverture orientée » des médias, quasi-unanimement rangés derrière les nouvelles autorités. Vendredi, la coalition pro-Morsi chapeautée par les Frères musulmans - qui avaient remporté toutes les élections depuis la révolte de 2011- a salué le boycottage d'un scrutin entaché de « corruption » et de « fraudes ».
La confrérie a ensuite appelé une nouvelle fois à la mobilisation contre le « coup d'Etat » en convoquant une « semaine révolutionnaire pacifique », alors que les manifestations dégénèrent régulièrement en violences. Le premier jour du scrutin, neuf personnes avaient ainsi péri en marge de ces défilés. En outre, à l'approche du troisième anniversaire de la révolte lancée le 25 janvier 2011 et ayant chassé Hosni Moubarak du pouvoir, la journée de commémoration s'annonce sous haute tension. « Préparez-vous à ce qui va arriver bientôt, rendez-vous le 25 janvier », ont prévenu les Frères musulmans, tandis que le ministre de l'Intérieur a appelé sur plusieurs chaînes locales les partisans des nouvelles autorités à manifester en masse le 25 pour contrer « le plan des Frères musulmans pour semer le chaos ». Les pro-Morsi peinent cependant à mobiliser massivement face à la répression qui a fait plus de 1.000 morts et des milliers d'arrestations dans leurs rangs. Depuis que les Frères ont été déclarés « organisation terroriste », leurs dirigeants encourent la peine de mort, et les participants à leurs manifestations cinq années de prison.
(Avec AFP)
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