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PORTRAITS

Adil Kaghat, la rockstar dilettante

A 37 ans, Adil Kaghat a déjà une longue expérience de chanteur et de musicien. Il revient aujourd’hui sur son initiation à la musique, ses débuts d’artiste, et sa passion pour la scène.  

Adil Kaghat, la rockstar dilettante
Mourad Kejji
Le 10 janvier 2014 à 10h01 | Modifié 10 janvier 2014 à 10h01

Adil Kaghat est né en 1976, exactement le 26 mars 1976. Une belle époque où on raconte que les bikinis sur la plage et les baisers devant les lycées ne choquaient encore personne. En ce temps, pas d’Internet, pas de téléphones portables, presque pas de télé. De rares foyers urbains disposaient de lecteurs de vinyles et consacraient de précieux mètres carrés pour stocker les quelques heures de musique en collection. Adil Kaghat est né dans un de ces foyers. Pas étonnant que 37 ans plus tard, ce soit une rockstar. Moi, en tout cas, je suis fan !

La musique, une affaire de famille

Adil a eu son premier contact avec la musique en 1984, il avait 8 ans et sa belle-sœur lui avait apporté un clavier de France. Et à cette époque, l’unique chaîne de télé diffusait la sah’ra musicale du samedi soir, tournée chaque semaine dans une ville différente. Personne ne ratait ce spectacle. Adil, avec son nouveau jouet, s’amusait à reproduire les mélodies que la télévision marocaine chantait à cette occasion.

L’année où Adil a réussi son CM2, sa maman, fière des talents d’interprète de son bambin, lui a acheté une guitare sèche. Et pour que tout ça ressemble encore plus à un bon film biographique, elle lui avait cousu une housse avec un vieux pantalon de son père. Il faut dire aussi que ses parents étaient de grands mélomanes, les murs la maison Kaghat vibrait souvent à la voix de Oum Keltoum et aux mélodies composées par Mohamed Abdelouahab.

Quand il a eu sa guitare, Adil a décidé de s’inscrire au conservatoire, où il a fait 2 ans de solfège avant de pouvoir toucher son instrument pour encore trois ans de pratique. Ensuite il a quitté le conservatoire.

De Georges Moustaki aux Beatles

« En fait, pour la petite histoire, un jour il y avait un match, c’était la cohue dans le quartier Socrate, à Casablanca, moi je jouais de la guitare assis sur les marches de l’escalier de l’immeuble. Un mec m’a demandé de lui prêter ma guitare, il a joué et chanté Let it be. C’était la première fois que je voyais quelqu’un jouer des chansons avec des accords à la guitare. Alors que moi, jusqu’ici, je n’avais fait que du classique. A ce sujet, je me rappelle que pour mon examen de passage en 2e année, on devait jouer Natalia de George Moustaki. Et puis il faut savoir que je suis le plus jeune de 4 frères et que j’avais découvert les Beatles grâce à eux, on avait le white album dans notre collection de vinyles. Bref quand je l’ai vu jouer et chanter comme ça, j’ai tout de suite su que c’était ça que je voulais faire. Alors j’ai arrêté le conservatoire. »

Une détermination à toute épreuve

Quand il écoutait les Beatles sur son lecteur de vinyles, Adil Kaghat chantait souvent par-dessus en lisant les paroles inscrites au dos de la pochette. Du coup, naturellement, il a plutôt appris à chanter en anglais. « Puis, s’en est suivi mon exploration musicale. » Et du temps de la jeunesse de Adil, ça ne se résumais pas à une connexion Internet, un petit peu de curiosité et du temps libre. « Je partais chez Disque Gam, boulevard de Paris à Casablanca, le paradis des sens, avec une liste de chansons dont j’avais repéré les titres à droite et à gauche. Nous faisions faire des compils sur cassette chrome pour 100 DH. A force d’écouter, je chantais sur les mélodies, le plus souvent par déchiffrage phonétique. »

Dans le quartier d’Adil, à Casablanca, il y avait beaucoup de musiciens extrêmement talentueux, certains avaient formé des groupes et jouaient dans des restaurants. Lui, il traînait avec eux, et puis allait les voir jouer de temps en temps. « J’étais toujours au taquet, j’attendais la pause pour monter sur scène chanter une chanson ». Le public n’était pas immédiatement fan mais encourageait souvent le jeune apprenti, tant il était touchant d’innocence. « En ce temps, j’écoutais beaucoup Elvis. J’étais très influencé par sa façon de chanter, quand je chantais Blue Suede Shoes, j’essayais d’imiter sa voix. Mais ça, c’était avant de trouver ma voie. »

Voyage initiatique… à Agadir

« Un événement qui a marqué mon parcours dans la musique s’est produit l’été suivant le bac, on devait aller camper à Agadir avec un groupe d’amis sauf qu’ils sont partis sans moi la veille. Du coup, je suis parti tout seul. Je les ai croisés au camping mais j’ai quand même décidé de passer ce séjour tout seul. »

Le voyage était prévu pour une semaine, seulement, un soir, alors qu’il se promenait  sur la corniche d’Agadir, il est passé devant un resto avec un live duo, un claviériste et un chanteur. Et là, ils jouaient du Elvis ! Adil fredonnais avec eux depuis l’extérieur mais il faut croire qu’il avait tellement envie de monter sur scène que le chanteur l’a remarqué et l’a invité. Après, un rapide coup d’œil sur le répertoire du groupe, Adil choisit 3 ou 4 chansons qu’il connait bien et c’était parti ! « A la fin, je me suis fait offrir des boissons et le gérant m’a offert le dîner et m’a dit de revenir demain. Finalement, je suis resté à Agadir un mois ! »

Au retour, c’était la rentrée à la fac, Adil se remet aux études, sauf de temps en temps au cours de feux de camps avec les potes.

It is a long way to the top if you wanna rock’n roll

Il a fallu attendre 1997, en 4e année de fac, pour qu’Adil décroche son premier contrat. C’était au Caf’Conc sur la côte. Avec 5 amis musiciens, il avait formé le groupe Argana. « En fait, un beau jour, on s’est enfermés chez un pote avec nos guitares et des casseroles en guise de batterie pendant deux jours et on a travaillé un répertoire de 50 chansons ». Aussi simple que ça ! Ils jouaient donc au Café-Concert 5 soirs par semaine pour un premier cachet de 400 DH par soir. Ce fut une bien belle période pour l’artiste. « Je me sentais riche, je partais à la fac en taxi rouge ! »

Ce semestre-là, la chute de moyenne générale aux partiels a retenti dans la tête d’Adil comme une sonnette d’alarme. « J’ai décidé d’arrêter le contrat pour rattraper le coup avec mes études. »

Sponsorisé par les brasseries

Mais chassez le naturel, il revient au galop. A peine l’année terminée, le groupe d’Adil entamait sa première tournée sponsorisée par les brasseries. « Je réalisais le rêve de tout musiciens : une glacière de bières sur scène dans laquelle on piochait pendant le show. On a eu notre heure de gloire, on était jeunes, on avait 22 ans et on s’est fait 20.000 DH les deux soirs, nourris logés blanchis et gracieusement imbibés. »

A la fin de cette année, pourtant, Adil est parti à Toulouse finir ses études. Il y a préparé son master en finance à l’IAE, après quoi il a travaillé 6 mois chez France Télécom. « Et encore une fois, ma passion m’a rattrapé. » Adil ne tarde pas à rejoindre une formation de 9 musiciens. Il reprend alors les répétitions une fois par semaine.

« Un soir, on a joué la première partie d’un groupe qui était assez connu à Toulouse, le public avait adoré, et à la fin de notre spectacle, iles spectateurs ne voulaient pas nous laisser partir, le chef du groupe, un des saxophonistes, a expliqué qu’on n’avait que ces 7 morceaux et que s’ils voulaient, on pouvait les rejouer. On les a rejoué. Je pense que le groupe vedette nous a détestés. »

Dilettante… et fier de l’être

Après avoir obtenu son master en finances, il a travaillé à la banque pendant 8 ans, puis dans l’événementiel comme responsable technique en freelance et a notamment travaillé pour l’édition 2011  de Caftan. Aujourd’hui marié et père de deux enfants, il donne des cours de chant dans une école de musique à Casablanca. Il continue de jouer avec son groupe Midnight Train en moyenne une à deux fois par semaine dans des restos et des pubs et anime des évènements d’entreprises à Casablanca, Rabat, Marrakech ou Tanger.

« Mais bon, les lives, c’est de l’argent de poche, c’est la cerise sur le gâteau. Au Maroc, ceux qui peuvent vivre de la musique, c’est ceux qui ont reçu une subvention royale. Il n’y a pas vraiment de statut de musicien, même Reda El Allali, le chanteur de Hoba Hoba Spirit, est obligé d’écrire pour manger son pain. Mais c’est pareil partout, il y a énormément de bons musiciens dans le monde, mais bien peu qui peuvent en vivre. »

Fort de cette expérience, Adil garde la tête froide et ses priorités bien en place dans sa tête. Si jouer de la musique lui a donné de magnifiques souvenirs, Adil n’ai jamais eu l’intention d’en vivre. Il l’a toujours pris pour ce que c’était : un pur plaisir !

 


 

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Mourad Kejji
Le 10 janvier 2014 à 10h01

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