France: Entrer sur un marché du travail en crise ne pénalise pas l'avenir
En France, faire face à une crise au moment d'entrer sur le marché du travail n'est pas stigmatisant, ni pénalisant à long terme, selon une étude publiée jeudi dans la revue Economie et statistique.
L'étude compare les trajectoires de jeunes ayant terminé leurs études lors d’années différentes, marquées par des conjonctures économiques plus ou moins favorables, et s'appuie sur les chiffres des enquêtes emploi de l'Insee réalisées entre 1982 et 2010. Les jeunes entrant dans la vie active au moment d'un ralentissement économique sont à court terme toujours très touchés, en particulier en termes de taux d'emploi, remarquent Mathilde Gaini, Aude Leduc et Augustin Vicard, dans cette revue publiée par l'Insee. « Pendant les premières années, leur probabilité d’être en emploi est plus faible et, pour les femmes, leur salaire est moindre », précisent-ils. Ainsi, selon leurs calculs, l’augmentation de 1% du taux de chômage des jeunes à l’entrée sur le marché du travail conduit, au bout d'un an, à une baisse d’environ 1 point du taux d’emploi pour les hommes et 1,3 point pour les femmes. Les femmes les plus diplômées subissent une perte salariale d’environ 1,8 %, qui s'amenuise avec les années mais perdure près de 10 ans.
Mais pas de « générations sacrifiées », assurent les auteurs : un « rattrapage » a lieu rapidement. Au bout de 3 ans en moyenne en ce qui concerne l’emploi et au bout de 6 ans en ce qui concerne le salaire des femmes, les trajectoires convergent et les écarts s'annulent. Les effets d’une entrée sur un marché du travail en crise, par exemple l'acquisition d'une moindre expérience ou le risque de donner un mauvais signal à un futur employeur en raison de périodes de chômage, peuvent donc être « surmontés », et ne sont pas « stigmatisants » pour le reste de la carrière, expliquent-ils. Par ailleurs, en France, les contrastes apparaissent moins importants que dans beaucoup d’autres pays, en raison notamment des spécificités du marché. Le chômage à l’entrée sur le marché du travail est toujours structurellement élevé en France. Il serait donc moins souvent utilisé que dans d’autres pays comme révélateur de la productivité des individus. Le faible écart salarial pourrait quant à lui s'expliquer par la part importante de jeunes rémunérés au salaire minimum en France.
Néanmoins, « les générations entrant actuellement sur le marché du travail font face à des conditions bien plus dégradées que lors des cycles précédents, il est donc trop tôt pour savoir si l’homogénéisation des trajectoires leur bénéficiera de la même manière que par le passé », concluent les chercheurs. En France, le taux de chômage des jeunes entrants (1 à 4 ans d’expérience) a considérablement augmenté entre 2007 et 2011, de 3,1%, tandis que le taux de chômage des travailleurs ayant plus de 10 ans d’expérience a augmenté de 1%.
(Avec AFP)
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