Soudan du Sud: Le président Kiir dit avoir déjoué un coup d'Etat de son rival
Le président du Soudan du Sud, Salva Kiir, a déclaré lundi avoir déjoué une tentative de coup d'Etat, attribuée à son rival l'ancien vice-président Riek Machar, à l'issue d'intenses combats dans la nuit et la matinée à Juba.
Le chef de l'Etat a décrété un couvre-feu nocturne dans la capitale pour une durée indéterminée. « Il y a une tentative coup d'Etat, mais ils ont échoué et nous avons le contrôle » de la situation, a dit le président Kiir à la presse, vêtu de façon inhabituelle d'une tenue militaire couleur camouflage. « Les assaillants ont fui et nous sommes à leur poursuite », a-t-il ajouté, mettant en cause « un groupe de soldats fidèles à l'ancien vice-président Riek Machar », son rival politique limogé en juillet. « Nous avons procédé à des arrestations » et le gouvernement « fera en sorte que les coupables répondent de leurs crimes », a poursuivi M. Kiir.
Le sort de M. Machar, personnalité controversée au Soudan du Sud pour ses renversements d'alliance durant la guerre civile entre la rébellion sudiste - désormais au pouvoir à Juba - et Khartoum (1983-2005), était inconnu lundi. Ni lui ni ses proches n'étaient joignables. Un couvre-feu a été mis en place de 18H00 à 06H00 (15H00 à 03h00 GMT) « jusqu'à nouvel ordre » dans la capitale, où les combats se sont déroulés durant la nuit, puis lundi dans la matinée, autour de bâtiments militaires.
Aucun tir n'était plus entendu depuis environ 09H00 (06H00 GMT) et la ville était quadrillée lundi par les forces de sécurité. « Les tirs ont commencé vers 22H00-22H30 (...) et ont duré jusqu'à environ 02H00 du matin. Il y a ensuite eu une accalmie et ils ont repris vers 06H00 dans un autre quartier militaire », a expliqué un diplomate à Juba, précisant que les combats avaient été circonscrits à deux endroits de la ville. Une source sécuritaire dans la capitale a indiqué que les affrontements avaient impliqué des mitrailleuses lourdes et des mortiers. Selon un porte-parole de la Mission de l'ONU au Soudan du Sud (Minuss), Joseph Contreras, « plus de 800 civils, surtout des femmes et des enfants » se sont réfugiés dans un complexe de l'ONU adjacent à l'aéroport, fermé jusqu'à nouvel ordre.
La Minuss a fermement démenti « héberger toute personnalité politique ou militaire ». Selon le président sud-soudanais, les combats ont commencé dimanche avec « l'attaque du QG de la SPLA » - l'ex-rébellion sud-soudanaise devenue armée nationale à l'indépendance du Soudan du Sud en juillet 2011 – « par un groupe de soldats alliés à l'ancien vice-président Riek Machar et son camp ». « Ce prophète de malheur persiste à poursuivre ses actions du passé et je dois vous dire que je ne permettrai ni ne tolèrerai aucun autre incident de ce type », a ajouté M. Kiir à propos de son rival.
Le président Kiir traité de « dictateur »
« Mon gouvernement ne permettra pas que se répètent les évènements de 1991 », a-t-il martelé, faisant référence à la scission survenue à l'époque au sein de la rébellion sudiste avec la défection de M. Machar. Ce dernier avait créé un mouvement rival et s'était plus tard un temps allié à Khartoum, avant de réintégrer ses troupes à la SPLA au début des années 2000.Le jeune et pauvre Soudan du Sud est en proie à de graves tensions politiques depuis que M. Machar - qui avait annoncé son intention de se présenter contre Salva Kiir à la présidentielle de 2015 - a été limogé en juillet avec l'ensemble du gouvernement. Ce limogeage avait laissé craindre un retour des clivages de la guerre civile, entre les partisans de M. Kiir, pour beaucoup issus de l'ethnie Dinka, et la communauté des Nuer à laquelle appartient M. Machar.
Début décembre, M. Machar avait étalé au grand jour les graves dissensions au sein du régime sud-soudanais en dénonçant, avec d'autres figures politiques majeures, l'attitude « dictatoriale » du président Kiir au sein du parti au pouvoir, le Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM), ancienne branche politique de la rébellion sudiste. « Les profondes divisions au sein de la direction du SPLM, exacerbées par les tendances dictatoriales du président du SPLM (Salva Kiir) (...) sont susceptibles de créer de l'instabilité au sein du parti et dans le pays », avait averti M. Machar, alors toujours vice-président du SPLM.
(Avec AFP)
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