La vétusté des abattoirs handicape toute la filière des viandes rouges
Pour moderniser la filière, l’Etat a misé sur l’amélioration des races en amont. Mais c’est au niveau de l’aval que tout reste à faire: les abattoirs sont toujours gérés par les communes et les tueries traditionnelles bloquent l’investissement dans les abattoirs privés.
Depuis la mise en place du Plan Maroc Vert (PMV), la filière des viandes rouges s’organise, notamment grâce à la FIVIAR, la fédération créée en 2009 pour regrouper l’ensemble des associations professionnelles.
A la foire de Casablanca, les plus impressionnants bœufs, boucs et béliers de race du Maroc sont présentés au salon MaroCarne des viandes rouges. L’attraction fait son effet : cette deuxième édition compte davantage de visiteurs qui n’hésitent pas à poser en photo devant les bêtes.
Organisé cette année en décembre, contrairement à la première édition affectée par les vacances estivales, le salon des viandes rouges est en passe de devenir le rendez-vous annuel des professionnels de la filière.
Améliorer les races en amont
L’édition 2013 est l’occasion pour la toute jeune FIVIAR de revenir sur le défi majeur de la filière, celui de sa modernisation. En 2009, les professionnels et l’Etat ont conclu un contrat-programme qui vise à augmenter la productivité nationale notamment grâce à l’amélioration des races. L’objectif est donc de jouer sur la génétique pour conserver et développer les meilleures races d’animaux.
«Une commission nationale de la sélection et du marque (CNSM) est mise en place chaque année pour agréer les géniteurs», explique à Médias 24 la direction de l’association nationale des ovins et caprins (ANOC).
Cette association trentenaire qui regroupe 13.400 éleveurs sur l’ensemble du territoire produit plus de 10.000 géniteurs, plus de 100.000 antenaises par an et encadre pas moins de 3 millions de têtes sur les 24 millions que compte le pays.
Le Maroc est auto-suffisant en viandes rouges. La production locale couvre l’ensemble de la consommation locale et le pays importe très peu, exception faite pour les viandes congelées destinées à l’armée, et celles utilisées par quelques grandes chaînes de fastfood.
Questionné par Médias 24 sur le potentiel à l’exportation de la filière, Hamou Ouhelli, président de la FIVIAR, explique que le problème ne vient pas de la qualité des animaux, mais davantage de celle des abattoirs.
Moderniser l’abattage en aval
«Les importateurs étrangers intéressés par les viandes rouges marocaines sont toujours feinés après une visite des abattoirs municipaux», regrette M. Ouhelli. «Construits entre 1912 et 1920, ils n’ont jamais fait l’objet d’aucun investissement et l’abattage y est toujours pratiqué de manière non conventionnelle».
La grande majorité des 181 abattoirs municipaux et 711 tueries rurales que compte le Maroc ne répond pas aux exigences de salubrité et de modernité imposés par les normes européennes. En outre, ce sont toujours les communes qui gèrent les abattoirs, une aberration pour le président de la FIVIAR pour qui confier à des fonctionnaires la gestion de la phase-clé de la filière réduit nettement le champ de la modernisation.
Pourtant la demande est forte: les exposants étrangers sont essentiellement des équipementiers européens, qui notent une forte demande de la part des producteurs et transformateurs marocains. C’est le cas pour les grosses compagnies comme l’allemande Multivac, leader mondial du packaging industriel, ou même des plus petites structures, intéressées par le potentiel du marché marocain.
Le président de la FIVIAR revient sur les écueils techniques de cette difficile mise à marche: «Certes l’Etat soutient l’investissement, mais seulement à hauteur de 10%. En plus, les subventions sont plafonnées à 3.000.000 DH, ce qui représente seulement la moitié du budget nécessaire pour investir dans un abattoir. L’engouement est là, mais les conditions nécessaires manquent». Et d’ajouter : «Pour investir dans des abattoirs privés, il faut déjà fermer les tueries rurales, qui font encore montre de résistance».
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