Une première: Un Marocain rédige des manuels scientifiques en darija
Farouk El Merrakchi Taki, professeur de physique en France, s’est lancé dans la rédaction de manuels scientifiques en darija. Une expérience inédite et un parcours jonché d’embûches.
«En arrivant en France après mon bac, pour mes études supérieures, j’ai réalisé que je n’avais rien compris à l’enseignement que j’avais reçu!», s’exclame Farouk El Marrakchi Taki. Professeur de physique dans un lycée toulousain, après un master de recherches en électronique et avoir enseigné dans une école d’ingénierie à Bordeaux, il tente aujourd’hui à son échelle d’attirer l’attention sur certaines incohérences de l’enseignement au Maroc.
Il propose alors des manuels de physique en ligne, rédigés entièrement en darija, pédagogiques et ludiques, à l’instar de la série «Pour les Nuls».
Une «expérience très dure au départ» souligne-t-il, car «nous ne sommes absolument pas habitués à dire les choses précisément et nommément en darija, c’est toujours «dakchi dial hada, dial hadi» (la chose de ci, de ça)». Aussi, lorsqu’il s’est lancé dans cette entreprise qu’il a menée pendant près de quatre ans, il a dû consulter son entourage, famille, amis, toute personne susceptible de l’aider à trouver le mot exact pour définir un procédé scientifique et «trancher sur le terme le plus adéquat». Par moment, M. El Merrakchi estime avoir même dû «créer son propre vocabulaire» pour pallier certaines lacunes.
Incapable d’expliquer dans sa langue maternelle
Ce professeur est avant tout un amoureux des sciences, mais la question de la langue de transmission d’un savoir l’a toujours habité. Avec un frère linguiste ayant effectué des études sur les appréciations de la darija à Marrakech, le débat autour de la langue dialectale a toujours été prégnant. «L’impact de la darija est capital» explique-t-il, pourtant «un intellectuel, un spécialiste se trouve dans l’incapacité de parler d’un domaine qu’il maîtrise dans sa langue maternelle, ce n’est pas normal!»
Cette réflexion l’a poussé à réaliser les trois ouvrages destinés à des lycéens - La cinématique classique, Pythagore et Medrasset merrakch et L'électronique DC – pour que « la science soit accessible à tous, (…) que ces notions entrent dans le domaine de la culture générale». Il poursuivra d’ailleurs dans cette voie avec un prochain ouvrage adressé aux étudiants de l’enseignement supérieur et abordant des points plus spécifiques tels que «les systèmes embarqués».
Pas d’intérêt pour la darija
Ces problématiques qu’il a personnellement rencontrées dans le domaine des sciences, Farouk El Merrakchi est convaincu qu’elles recouvrent de très nombreuses autres disciplines et affectent aussi notre quotidien.
«Ne serait-ce que pour lire une histoire à mon fils, si je la lis en arabe classique, je dois tout lui réexpliquer. En France, je trouve des livres de contes en darija, c’est beaucoup plus facile à lire pour moi et lui comprend mieux.» Si de tels ouvrages sont disponibles dans l’Hexagone, le professeur El Merrakchi lui n’a pas encore trouvé d’éditeurs pour ses manuels. Ne souhaitant pas se voiler la face, il reconnaît avec une pointe de regrets, que pour le moment «il n’y a pas de marché et pas de réel intérêt» pour la darija. «Dans dix ou vingt ans peut-être» esquisse-t-il en riant, «j’espère avoir l’occasion de lire de nombreux manuels et ouvrages en darija» pourvu que cet élan ne s’essouffle pas.
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