A Tanger, réflexions sur la communication de crise
Des communicants américains et du monde arabe se réunissent actuellement dans la ville du Détroit. Ils explorent les différentes pistes pour mieux communiquer en temps de crise, à l'heure de l'émergence des nouvelles technologies.
L’Association arabo-américaine des éducateurs en communication (Ausace) tient depuis le 11 novembre à Tanger son 18ème congrès annuel au sein de l’Ecole Fahd de traduction, communication et journalisme de l’Université Abdelmalek Essaâdi.
L’Ausace a été fondée à Atlanta en 1994 par un groupe d’une vingtaine de professeurs et de chercheurs américains et arabes.
C’est la 3ème fois en 18 ans que l’Ausace tient son congrès à Tanger. L’événement se tient alternativement aux Etats-Unis et dans un pays arabe. Plus de 300 conférenciers et participants américains, européens, turcs, qataris, algériens, égyptiens, saoudiens et marocains sont présents.
L’objectif du congrès de cette année est « de tenter d’identifier les changements et les tendances dans le champs de la communication après les changements politiques de ces dernières années » dans le monde arabe.
Politique, politiques de l’information et nouvelles technologies
Ce 18ème congrès se tient sous le thème des « nouveaux horizons en temps de crise ». La conférence d’introduction au congrès donnée par Daniel Bougnoux mardi 12 novembre sur le thème « crise de la communication, communication de crise » a permis au professeur grenoblois de souligner les « incertitudes d’impact » liées à toute action de communication.
Le professeur grenoblois a exposé les méthodes de persuasion et d’influence et surtout rappelé que « communiquer, c’est d’abord faire advenir un monde de relations un peu plus communes ou partagées », dans un contexte de crise économique et politique.
Professeur agrégé de philosophie, M. Bougnoux est diplômé de l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm (Paris), professeur à l’université de Grenoble et auteur d’une douzaine d’ouvrages dont « Une Introduction aux sciences de la communication. »
Daniel Bougnoux s’est également efforcé à travers des exemples classiques en matière de communication politique, dont la gestion de la crise algérienne par le général de Gaulle qui passa en quelques mois de la défense de l’Algérie française à l’ambigu « Je vous ai compris » avant de finir par prôner l’autodétermination de l’Algérie car il avait compris un certain sens de l’histoire intégrant un réalisme politique froid par rapport à la place de la France dans le monde et à ses relations avec les pays du Maghreb et le Tiers monde en général.
La communication de crise a dominé les travaux du 18ème congrès de l’Ausace comme cela était attendu. La très grande majorité des 50 présentations de divers travaux effectuée par des professeurs venus de 4 continents différents a porté sur les soubresauts des printemps arabes, les nouvelles technologies et la gestion des multiples événements et crises politiques survenus dans la région Mena au cours des 36 derniers mois.
De l’explosion de l’usage de Twitter à Bahreïn et en Arabie saoudite à la création de plus de 150 chaines de télévision en Libye en moins de 3 ans dans un pays qui compte 140 tribus, rien n’a été laissé au hasard. Le rôle des réseaux sociaux dans la conduite des différents combats politiques en Egypte a été disséqué et le phénomène Al Jazeera n’a pas échappé à un nouveau débat. La liberté de la presse bien sûr et l’attitude des Etats maghrébins par rapport à l’espace médiatique depuis 3 ans ont également été débattus.
Les débats ont mis en évidence la multiplicité des sources d’information et de possibilité de manipulation, rendant ainsi plus nécessaire un travail médiatique transparent et un accès mieux assuré vers les sources d’information crédibles.
Les foisonnements croisés de l’action et des conflits politiques d’une part, et du champ des médias et de la communication d’autre part, « laissent présager encore des surprises politiques » selon l’avis de plusieurs conférenciers.
Triple défi technologique, financier et politique
Ce 18ème congrès de l’Ausace a également tenté d’y voir plus clair dans l’actuel foisonnement médiatique dans le monde arabe au moment où le secteur est confronté au triple défi de profonds changements technologiques, de ressources financières moins abondantes et d’importants changements politiques à l’échelle du monde, arabe notamment.
Si la démonstration de la crise financière et du financement n’est pas à faire, en revanche, professionnels et grand public tentent, plus de 10 ans après l’émergence d’Internet, de comprendre et de maîtriser les véritables implications induites par l’arrivée du web, des réseaux sociaux et d’autres nouvelles technologies de l’information.
En effet si Internet est en soi-même un média populaire qui permet un accès le plus souvent gratuit à une grande masse d’informations et de services, les professionnels des médias classiques de la presse écrite, de la radio et de la télévision doivent désormais en permanence expérimenter pour déterminer le bon modèle économique du moment.
Ces importants changements intervenus alors que le secteur des médias est déjà confronté à une forte concurrence, se superposent à une crise financière internationale et de graves crises dans les pays arabes depuis l’hiver 2011.
Jamal Amiar est enseignant à l’Ecole Fahd de Traduction, de Communication et de Journalisme de Tanger.
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