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CULTURE

Industrie du disque : piratage, le faux problème

En pleine promotion du nouvel album de Nass El Ghiwane, les professionnels de l'industrie musicale expliquent à Médias 24 les difficultés inhérentes au secteur et ses opportunités de développement.

Industrie du disque : piratage, le faux problème
Najat Sghyar
Le 22 juin 2013 à 10h36 | Modifié 27 avril 2021 à 22h20

Au royaume du disque, le piratage n'est en réalité que le symptôme d'un mal plus profond, celui d'une absence totale de structuration sectorielle à l'origine du développement d'habitudes consuméristes parallèles.  Si bien que les industriels du disque qui réussissaient autrefois à faire tourner la machine grâce au format cassette sont aujourd'hui pour la plupart réduits à la banqueroute. L'ère du CD est révolue et son marché se réduit, faisant du monopole la seule garantie de rentabilité.

La semaine dernière, Platinum Optical Disc qui domine 90% du marché officiel annonçait la sortie du nouvel album de Nass El Ghiwane, un coffret diffusé en quatre parties qui reprend de grands titres de la musique arabe et contient quelques pépites chantées en amazigh.

Médias 24 a rencontré Nabil Jebbari, cofondateur du projet et l'un des plus gros producteurs du pays. “L'industrie musicale marocaine permet aujourd'hui une rentabilité minime parce qu'elle nécessite de gros investissements, Jusqu'en 2005, une référence se vendait à 500.000 exemplaires, contre 20.000 aujourd'hui”.

Un marché à gros potentiel

Mais il rappelle que le marché peut devenir très rentable s'il est légalisé. Sur la centaine de millions de disques vendus chaque année au Maroc, une grande partie est composée de CD vierges transformés en produits piratés et distribués à travers tout le Royaume. “En recyclant les opérateurs informels en des acteurs formels, l'industrie musicale peut devenir un modèle dans le genre, surtout que le Maroc recèle une richesse culturelle inégalée dans le monde arabe”, préconise Nabil Jebbari.

En réalité, le marché nécessite une bonne relation public/privé. Or, le ministère de la Culture est composé de fonctionnaires pour la plupart issus de l'Education nationale. Le producteur va plus loin : “Les pouvoirs publics ont toujours eu des mauvais interlocuteurs : soit des artistes directement, soit des professionnels peu enclins à travailler pour la communauté artistique. En réalité, la donne est très simple : c'est une question de matière grise et de ressources humaines”.

Industrie du disque : piratage, le faux problème

Nabil Jebbari : “L'industrie musicale marocaine permet aujourd'hui une rentabilité minime

parce qu'elle nécessite de gros investissements, Jusqu'en 2005, une référence se vendait à 500.000 exemplaires,

contre 20.000 aujourd'hui”.

Nabil Jebbari relève également un problème de méthodologie : selon lui, il faudrait que les plus gros acteurs du secteur puissent formuler des propositions au ministre, puisqu'ils sont au fait de la réalité opérationnelle. “Il faut que des personnes du métier avec une expertise valable soient nommées à des hauts postes de décision et non pas des artistes avec une expérience personnelle ou des producteurs obsolètes”.

Les producteurs et distributeurs sont en effet les acteurs les plus à même de décortiquer toutes les problématiques d'autant plus qu'ils impliquent leurs clients (grandes surfaces notamment) et leurs fournisseurs. Nabil Jebbari préconise également une détaxe du produit culturel (20% de TVA au Maroc au lieu de 7% en France).

Le producteur regrette l'absence du soutien public alors que le produit culturel est un vecteur de diplomatie parallèle, une leçon bien apprise par les Egyptiens dont le marché musical est légal à 90% et absorbe un investissement annuel de 300 millions de dollars en nouveaux produits. Le Liban et les pays du Golfe ont également compris qu'il fallait conquérir d'autres marchés grâce aux médias. Autant de modèles dans le genre dont le Maroc pourrait s'inspirer pour structurer son industrie musicale.

Mais Nabil Jebbari se veut tout de même rassurant : pour lui, le disque n'est pas mort, d’autant que le vinyl marque son retour sur le marché. Il assimile le disque au livre, avec lequel le consommateur garde un lien affectif malgré la prolifération des ebooks.

Le digital comme alternative

Une nouvelle industrie musicale a émergé au Maroc : celle du digital. A l'aune de cette tendance, Yala Music a très vite réussi à attirer une clientèle branchée, qui préfère écouter en ligne ses titres préférés. Un concept nouveau mais qui commence à prendre. Outre un large catalogue musical, le site s'est spécialisé dans le digital management, qui soigne l'image médiatique en ligne des grandes stars de la musique arabe.

Selon Assia Najmi, arabic content manager chez Yala music, l'avenir de la musique au Maroc est dans le digital, plus adapté aux habitudes des consommateurs. La jeune société s'en sort plutôt bien puisqu'elle vient de conclure un contrat avec le géant Youtube qui lui donne l'exclusivité de la gestion de ses stars sur le site.

Si les opportunités de développement ne manquent pas, on note toutefois encore un certain retard sur les autres opérateurs arabes, beaucoup mieux structurés et visibles sur la scène médiatique internationale.

Ce qui est sûr, c'est que l'intervention du ministère de la culture ne saurait se faire davantage attendre. Les deux opérateurs qui ont accepté de s'exprimer pour Médias 24 s'accordent sur le potentiel artistique du Maroc. Mais les artistes peuvent-ils s'en sortir au Royaume sans avoir à rechercher la gloire à l'étranger ?

Pour Issam Kamal, membre du groupe de fusion Mazagan, “l'artiste marocain ne peut pas aujourd'hui vivre de ses disques, mais il dispose d'autres alternatives”. Il regrette toutefois que des projets comme Yala Music soient à l'initiative d'opérateurs étrangers. Pour lui, les Marocains n'ont pas la culture idoine mais il reste positif sur l'avenir de la musique et sa préservation.


 

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Najat Sghyar
Le 22 juin 2013 à 10h36

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