Flambée des fruits et légumes. “Une hausse de 50% du gasoil ne représente que quelques centimes par kg” (transporteurs)
La flambée des prix des fruits et légumes est souvent attribuée à la hausse du gasoil. Pourtant, rapporté au kilo transporté, le surcoût du carburant ne représente que quelques centimes, y compris sur de longues distances. C'est donc davantage par les marges accumulées tout au long de la chaîne de commercialisation que l’ampleur des hausses observées s’explique. Décryptage.
La guerre au Moyen-Orient a eu des répercussions sur l’économie marocaine. Pour les ménages, le choc le plus visible a été celui des carburants, en particulier du gasoil, dont le prix a fortement augmenté jusqu’à rejoindre celui de l’essence au moment où ces lignes sont écrites.
Entre le début du mois de mars et la mi-avril 2026, le prix moyen du gasoil est passé de 10,80 DH à 15,50 DH le litre, soit une hausse proche de 50%.
Dans une économie où le transport irrigue l’ensemble des chaînes de production et de distribution, une telle augmentation ne peut évidemment pas rester sans effet. Mais une autre réalité interpelle. Parmi tous les produits touchés, ce sont surtout les fruits et légumes qui ont enregistré les hausses les plus spectaculaires.
Dès lors, il est légitime de s’interroger. Une hausse de près de 50% du gasoil suffit-elle réellement à expliquer, à elle seule, l’envolée des prix des fruits et légumes observée sur les marchés marocains, ou bien cette flambée révèle-t-elle des dysfonctionnements plus profonds dans la chaîne de commercialisation ?
Le transport des fruits et légumes, des économies d’échelle
Contacté par Médias24, Abdelilah Hifdi, président de la Fédération nationale du transport (FNT), indique que la hausse du gasoil a eu un effet réel sur les coûts, mais que lorsqu’on raisonne au kilo, l’impact reste insignifiant.
"L’impact direct sur le kilo transporté reste très faible. À titre d’exemple, sur un trajet Agadir-Casablanca, même avec un gasoil passant de 10,80 à 15,50 DH le litre, le surcoût ramené au kilo reste de quelques centimes seulement. Cela ne peut donc pas justifier à lui seul des hausses de 50% à 100% sur plusieurs fruits et légumes. D’autant plus que l’État a déjà mis en place des aides au transport routier pour amortir une partie du choc", explique-t-il.
"La question n’est donc pas seulement celle du carburant. Elle est celle de la chaîne de commercialisation. Quand un faible surcoût en amont produit une forte hausse au détail, cela signifie que le problème se situe surtout dans la multiplication des intermédiaires et dans les marges prélevées entre le producteur et le consommateur".
En réalité, le transport obéit à une logique d’économies d’échelle. Lorsqu’un camion transporte des légumes ou des fruits à pleine capacité, le coût ramené au kilo ne peut pas augmenter de manière significative.
Et cela vaut même dans le cas extrême où aucun mécanisme d’amortissement lié aux aides au transport n’existerait. Or, ce n’est pas la situation observée, puisque le gouvernement a justement accordé un soutien au secteur du transport.
"Je le dis clairement. On utilise le gasoil comme alibi pour justifier des hausses qui n’ont rien à voir avec la réalité des coûts. Prenons une hypothèse volontairement large. Un camion lourd qui peut transporter 25 tonnes en moyenne consomme 35 litres aux 100 kilomètres, donc plus que l’estimation courante de 30 litres. Si le litre de gasoil passe de 10,80 DH à 15,50 DH, le surcoût est de 4,70 DH par litre. Cela fait 160 DH de surcoût par 100 kilomètres. Par kilo, c’est epsilon", explique-t-il.
Dans le même sens, supposons qu’un camion transporte 25 tonnes de marchandises, soit 25.000 kg. En retenant une consommation volontairement élevée de 35 l/100 km, afin de tenir compte du vieillissement d’une partie de la flotte, la hausse du prix du gasoil de 10,80 DH à 15,50 DH génère un surcoût de 164,5 DH pour 100 kilomètres : (15,50 - 10,80) × 35 = 164,5 DH
Rapporté à 25.000 kilos transportés, ce surcoût n’est que de 0,00658 DH par kg, soit 0,658 centime par kg pour 100 km.
Même sur 1.000 km, il n’atteint que 0,0658 DH par kg, soit 6,58 centimes. Donc, même sur une très longue distance, on reste dans un ordre de grandeur de quelques centimes, et non de plusieurs dirhams.
Quand un produit passe de 5 à 10 DH le kilo, on ne peut pas dire que le transport explique, à lui seul, une telle hausse.
"Le transporteur doit évidemment répercuter une petite part de ses coûts. C’est normal. Mais ce que l’on observe dans les fruits et légumes, ce n’est pas une simple répercussion. C’est une amplification", souligne Abdelilah Hifdi.
"Le choc initial est faible, mais il est grossi tout au long de la chaîne. Entre le producteur et le consommateur, des intermédiaires profitent des périodes de tension pour augmenter les prix bien au-delà de ce que justifient les coûts réels. Le carburant sert alors de couverture commode. On brandit la guerre, le pétrole et le transport pour légitimer des hausses qui relèvent surtout d’un rapport de forces déséquilibré dans la commercialisation", conclut-il.
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