Sécurité sanitaire au travail: conseils de médecins et DRH
Mesures préventives, préparation au déconfinement et initiatives des employeurs... Comment assurer la sécurité sanitaire des employés, pendant et après le Covid-19? Voici les réponses et recommandations de médecins du travail et DRH.
Pour garantir la sécurité sanitaire des employés à l'ère du coronavirus, les employeurs ont besoin de mettre en place différentes mesures. Celles-ci peuvent être adaptées aux moyens et à l'activité de l'entreprise. Leur application peut être prolongée au-delà du confinement.
Quelles sont les mesures sanitaires recommandées dans ce sens, et comment les entreprises peuvent s'accommoder à cette situation inédite ?
Voici les réponses de médecins du travail et directrices de ressources humaines, lors du Webinar organisé le 7 mai, par "Africa Business School" et "l'Association nationale des gestionnaires et formateurs des ressources humaines".
Cet événement a connu la participation de Pr Majida Zahraoui (Professeur en médecine interne, médecin du travail chez Total Maroc et VEM), Bouchra Nhaili (DRH chez Lydec), Najlaa El Khalidy (DRH chez Pharma5) et Dr Loubna Elayadi (médecin du travail, responsable de l’unité régionale de la santé au travail, à la direction régionale de la santé Casa-Settat).
Nettoyer, désinfecter, sensibiliser... Quels conseils pour les entreprises ?
"L’employeur doit désigner une équipe de pilotage de ces actions (le médecin de travail de l’entreprise par exemple). Selon les recommandations du ministère de la santé, ce qui doit se faire consiste principalement en : d’une part la sensibilisation et l’information des salariés sur le risque lié au virus et les moyens de protection adaptés, en utilisant les supports de communication disponibles sur le site du ministère. D’autre part, la mise à niveau des installations sanitaires sur les lieux du travail, conformément aux exigences d’hygiène générales et de nettoyage, prescrites par la réglementation nationale".
"Désormais, tout le monde connaît par cœur ces mesures, qui consistent à essuyer toutes les surfaces : tables, objets, claviers, téléphones, avec une désinfection régulière. Il faut aussi promouvoir le lavage des mains fréquent et approfondi par les employés, sous-traitants et clients aussi", précise Dr Elayadi.
"Il faut réduire le nombre de clients qui se rendent à l’entreprise, afficher les messages pour promouvoir les gestes barrières et s’assurer que le personnel, les employeurs et les clients ont accès à un endroit pour se laver les mains".
"Pour les entreprises de plus de 50 salariés, il faut mettre en place une cellule de veille dont le but est de procéder à l’évaluation du risque encouru par l’entreprise et ses salariés. Parce que le risque diffère d’une entreprise à l’autre. On ne peut pas prendre les mêmes mesures et les appliquer à toutes les entreprises".
DRH : les méthodes changent mais l’objectif reste le même
"Dans ce contexte de crise, il a fallu gérer deux priorités. A la fois, la préservation de la santé de tous les collaborateurs (un effectif de 3.200 salariés) et la continuité des services que nous assurons auprès des citoyens", explique Bouchra Nhaili, DRH chez Lydec.
"Lydec a mis en place un plan de continuité de l’activité, avec un comité de direction qui s’est réuni quotidiennement pour traiter cette situation inédite. Parallèlement au comité de veille et au comité de sécurité, nous avons commencé par la création et la structuration de la cellule de crise. Nous avons identifié toutes les perturbations éventuelles, en l’occurrence sur le plan d’encaissement des factures, branchements, abonnements pour les nouveaux clients, ainsi que la relève des compteurs, assurée par les agents dits releveurs".
"Nous avons, par la suite, identifié les postes clés au maintien de l’activité. Et puis, nous avons anticipé la réorganisation du travail, en concertation avec les autorités publiques. Pour accompagner tout cela, il a fallu mettre des personnes en télétravail, changer des horaires, revoir quelques affectations et organiser la polyvalence", précise-t-elle.
"Chez Pharma 5, une cellule de crise a tout préparé le 15 mars. Dès le lendemain, tous les sites ont été désinfectés, nous avons préparé tous les outils pour les collaborateurs et employés. Certains ont été mis en télétravail", déclare Najlaa El Khalidy.
"Nous avons contacté toutes les personnes qui ont des maladies chroniques pour leur demander de rester chez elles, afin de préserver leur santé. Et nous avons fait des capsules en dialecte « darija », afin d’expliquer, au niveau des unités de production, comment il faut porter le masque, comment respecter la distanciation sociale etc. De plus, nous avons -entre autres- interdit les réunions de plus de 3 personnes, ainsi que l’accès aux ascenseurs".
Quid de la santé psychologique des collaborateurs ?
"Une cellule d’écoute pour accompagner les collaborateurs sur le plan psychologique a été mise en place. Le médecin et son équipe sont disponibles, mais en cas de besoin, nous orientons les collaborateurs vers une psychologue pour porter une attention particulière aux personnes inquiètes ou tendues, afin de leur proposer des conseils et recommandations", déclare Bouchra Nhaili.
"Certains salariés éprouvent de la frustration et de la peur car ils sont contraints de se déplacer pendant cette période de crise. D’autres sont angoissés à cause de la baisse de l'activité et du salaire mais aussi du contact rompu avec les collègues. Il est nécessaire de les rassurer. Nous avons également mis en place une cellule d’écoute avec des psychologues, en plus d’un accompagnement moral de coachs bénévoles. Et pour maintenir le contact entre les collègues et préserver la santé mentale des collaborateurs, nous organisons, par exemple, une séance de yoga en ligne, une fois par semaine", explique Najlaa El Khalidy.
Déconfinement : une préparation en amont s’impose
"Il faut se préparer au déconfinement. Il faudra faire appel à la mobilisation de toute une logistique puisqu’il faudra mettre les moyens nécessaires à la disposition des salariés. Certaines entreprises ont failli aux règles d’hygiène recommandées, nous nous sommes donc retrouvés avec des clusters d’entreprises", déplore Pr Zahraoui.
"Des ouvriers hospitalisés, se plaignent du manque d’information et de communication, de l’absence des moyens de protection, surtout qu’ils sont nombreux à travailler dans le même espace. Il y a une formule qui permet de savoir combien de personnes on peut autoriser à accéder au même espace de travail, en fonction de la surface. Cela est très important, en particulier dans les « open space » ".
"Il n’est pas préconisé de faire des contrôles de température, c’est très fastidieux même si certaines entreprises ont essayé de le faire, il s’agit d’une procédure extrêmement lourde", avertit-elle.
"Un personnel bien sensibilisé suffit. Toute personne qui ressent ou remarque le moindre signe clinique doit contacter son assistante sociale ou son médecin et se présenter, éventuellement, aux urgences pour se faire tester".
"Nous avons désormais bien acquis les différents gestes barrières. Cependant, l’aération de la pièce pose beaucoup de problèmes. Je reçois de nombreuses questions par rapport à la climatisation et aux espaces fermés. Ce virus peut se transmettre par les moyens de climatisation s’ils ne sont pas contrôlés de façon régulière. Il faut envisager, avant la reprise, une bonne révision de tous les moyens de climatisation. Ils risquent d’être un vecteur de virus".
"Il faudra éviter, dans le cadre du déconfinement, de demander à des personnes qui ont des maladies chroniques débilitantes, d’être parmi les premières à reprendre le travail, jusqu’à ce qu’on soit assuré d’une certaine immunité dans la population générale qui doit être entre 65% et 70% de l’immunité. Sinon, ces personnes seront particulièrement vulnérables. Tout cela doit bien être utilisé dans l’entreprise pour une réintroduction sélective des salariés", ajoute Pr Zahraoui.
"Le déconfinement doit se faire de manière progressive, en se conformant aux futures recommandations ministérielles. Actuellement nous n’en avons pas encore au Maroc. Il faudrait maintenir la vigilance, réduire les réunions, insister sur le maintien et le respect de la distanciation, l’aération des locaux de manière permanente, le port du masque et de manière générale garder toutes les mesures d’hygiène en attendant les recommandations officielles du ministère", renchérit Dr Elayadi.
à lire aussi
Article : Coupe du monde 2026. Les éclairages de Mohamed Ouahbi
Un brin fataliste puis agacé par la tournure que prenait la conférence de presse organisée ce mardi 14 juillet au Complexe Mohammed VI de Salé, Mohamed Ouahbi a tenté d’apporter sa version des faits à des questions auxquelles il n’avait pas toujours les réponses. Mais le sélectionneur a tout de même affiché une foi inébranlable en l’avenir après l’élimination en quart du Mondial 2026.
Article : Pour responsabiliser les livreurs, Glovo va numéroter ses sacs
Dès le second semestre 2026, 10.000 équipements dotés d’un identifiant visible seront progressivement déployés au Maroc.
Article : Al Haouz : un avion militaire léger s'écrase après une panne moteur, le pilote indemne
L'ancien pilote de Mirage F1, qui était aux commandes de l’appareil, a été contraint de tenter un atterrissage d’urgence dans un douar proche de Marrakech.
Article : Après les crues de 2026, un barrage à 1,145 milliard de DH pour protéger Ksar El Kébir
Implanté sur l’oued Loukkos, en amont d’Oued El Makhazine, le futur ouvrage pourra retenir jusqu’à 400 millions de m³ et devrait entrer en service à l’horizon 2030.
Article : La station de dessalement de Casablanca sera opérationnelle en février 2027, annonce Nizar Baraka
D’une capacité initiale de 200 millions de mètres cubes par an, portée ensuite à 300 Mm³, l’infrastructure doit renforcer la sécurité hydrique du Grand Casablanca.
Article : Reprise de la guerre au Moyen-Orient : quel impact pour le Maroc ?
Le répit aura été bref. Moins d’un mois après l’accord entre Washington et Téhéran, les frappes ont repris et le Brent a bondi de 77 à 87 dollars en vingt-quatre heures. Pour un pays qui importe près de 90% de ses besoins énergétiques, l’enjeu dépasse largement le prix à la pompe. Transport, industrie, inflation et budget de l’État pourraient rapidement subir le contrecoup d’un conflit qui menace aussi les routes maritimes.