Sebta et Melilia: au moins 10 MMDH de contrebande déversée au Maroc chaque année
Les principaux produits issus de la contrebande proviennent de Sebta et Melilia. Selon un calcul effectué par Médias24 à partir de sources officielles espagnoles et européennes, environ 945 millions d'euros de marchandises ont été déversées sur le Maroc en 2017.
Sebta et Melilia constituent les deux principales portes d'entrée des produits de contrebande au marché marocain. Si elle permet à de nombreuses familles de subsister, cette contrebande profite surtout aux gros trafiquants et exerce un impact très négatif sur l’économie marocaine. Le passage de Bab Sebta a été d'ailleurs fermé par les autoritaires marocaines, et ce depuis 2 mois.
La contrebande provenant de Sebta et Melilia semble tellement bénéfique aux deux villes qu’une grande partie des produits qu’elles importent sont destinés à être déversés de manière illégale sur le marché marocain. Quelles sont ces importations ? Quelle est leur valeur ? Quelle est la valeur des marchandises transportées via les circuits de contrebande ?
Médias24 a collecté et parcouru les données relatives aux importations de Sebta et Melilia. Voici notre reconstitution:
Bab Sebta : au moins 5 milliards de DH de contrebande par an
EN 2017, Sebta a importé des marchandises pour une valeur globale de 842 millions d’euros dont 62% en provenance d’Espagne et le reste en provenance d'Europe et d'Asie essentiellement, y compris la Chine. Environ 32% de ces importations (270 millions d’euros) ont concerné des produits alimentaires, des boissons et du tabac.
Où vont toutes ces importations ? La valeur totale des produits importés semble fortement disproportionnée par rapport aux données démographiques de la ville. En effet, Sebta ne compte que 85.209 habitants.
Selon les chiffres officiels, Sebta a exporté par les canaux légaux vers le Maroc pour une valeur de 1,72 million d’euro en 2017 et seulement 201.000 euros en 2018 !
Mais un rapport de Procesa (Société de développement public de Sebta) a indiqué que 54% des importations de la ville de 2017 étaient destinées à la frontière avec le Maroc contre 38% en 2009. Cela veut dire qu’en 2017, Sebta a déversé 454,6 millions d’euros (ou 5 milliards de dirhams) de produits et marchandises sur le marché marocain, dont 452,88 millions d'euros à travers les circuits de contrebande.
Un chiffre proche d'une estimation fournie à Médias24 par Nabyl Lakhdar, DG de la Douane, qui a mesuré la valeur de la contrebande en provenance de Sebta entre 6 et 8 milliards de DH par an.
Le tabac et les produits alimentaires sont les principaux produits importés
Les importations de Sebta sont très diversifiées. D’Espagne seule, la ville a importé des produits et marchandises d’une valeur de 518,93 millions d’euro en 2017 et de 534 millions en 2018. Environ 38% de ces importations (201,5 millions d’euros) concernent uniquement des produits alimentaires, des boissons et du tabac.
L’autre grande partie des importations, d’une valeur d’environ 100 millions d’euros, concerne des produits chimiques, agricoles et textiles. On trouve aussi dans la liste des produits importés des tenues vestimentaires, des moteurs et véhicules, des médicaments, des radios et des télévisions.
Les importations de Sebta en provenance du reste du monde sont également caractérisées par une prédominance des produits alimentaires et du tabac. Plus de 68 millions d’euro ont été dépensés par la ville pour importer ces produits en 2017 et 99,5 millions en 2016.
Cette marchandise transmise par des canaux de contrebande étouffe plusieurs secteurs économiques marocains. De plus, certains des produits alimentaires présentent de grands risques sanitaires pour les consommateurs.
Nabyl Lakhdar, DG de l’administration des douanes, avait déjà confié à Médias24 que certains produits alimentaires périmés ou d’autres dont la date de péremption arrive bientôt à échéance sont souvent mis sur le marché. "Nous avons trouvé dans des dépôts des machines étiqueteuses qui donnent une nouvelle vie à des produits périmés", nous avait-il expliqué. Le Maroc semble aujourd’hui déterminé à assécher progressivement les circuits de contrebande.
Le rapport de Procesa de 2017 a indiqué qu’une éventuelle entrée de Sebta dans l’Union douanière de l’UE aggraverait les flux de sortie des produits de la ville vers le Maroc. Cela entrainerait selon les rédacteurs du rapport une "chute de 3,5 points du PIB de la région de Tanger-Tétouan-Hoceima".
70% des importations de Melilia sont acheminées vers le Maroc
Enrique Alcoba, président de la plate-forme des entreprises de Melilia avait expliqué à la presse espagnole que la contrebande avec le Maroc constitue le principal moteur de l’économie de la ville. "Sur l’ensemble des marchandises qui entrent à Melilia, 70% sont destinées au Maroc", avait-il déclaré au journal espagnol El-Mundo en septembre 2018. Le reste est consommé par les habitants locaux.
Melilia a importé en 2017 des produits et marchandises d’une valeur totale de 771,5 millions d’euros, dont 69% en provenance d’Espagne. Comme Sebta, la plus grande part des importations de Melilia concerne des produits alimentaires, des boissons et des produits de tabac (250 millions d’euros).
Selon les chiffres avancés par Enrique Alcoba, Melilia déverse donc des produits d'une valeur de 540 millions d'euros, soit 5,9 milliards de DH. Une partie de ces exportations est effectuée de manière légale. En effet, 95% des exportations légales de Melilia sont destinées au Maroc. Celles-ci ont atteint une valeur totale de 47,03 millions d'euros. Ces exportations concernent essentiellement des fruits, légumes secs, céréales (15 millions d’euros) et du matériel électronique (23,8 millions d’euros). D’un autre côté, seulement 1% des importations de Melilia proviennent du Maroc.
En enlevant le volume des exportations légales de Melilla vers le Maroc, la part de la contrebande s'établit à 492,97 millions DH.
à lire aussi
Article : Prix des carburants : une transmission des cours mondiaux partielle pour le gasoil et supérieure pour l’essence (Conseil de la concurrence)
Le Conseil de la concurrence a publié une nouvelle note analysant l'évolution des prix du gasoil et de l'essence au Maroc entre le 16 mars et le 1ᵉʳ avril 2026. Dans un contexte de forte volatilité des cours internationaux, l'institution examine le degré de corrélation entre les cotations de référence et les prix pratiqués à la pompe par les opérateurs nationaux. Voici ce qu'il en ressort.
Article : Sahara. Six mois après la résolution 2797, bilan pour Mistura et revue stratégique de la Minurso
Au-delà du calendrier du Conseil de sécurité, la fin avril 2026 pourrait marquer un moment de vérité pour l'affaire du Sahara. Le bilan attendu de Staffan de Mistura doit permettre de mesurer dans quelle mesure les discussions relancées en janvier 2026 ont confirmé la centralité de l’initiative marocaine d’autonomie, aujourd’hui consacrée comme l’unique cadre réaliste de sortie. Quant à l’examen de la Minurso, il revient à interroger la pertinence persistante d’une mission créée pour un référendum devenu impraticable et désormais dépassé par la dynamique politique imprimée au dossier.
Article : Supporters sénégalais. Sanctions confirmées, quelles suites ?
Sanctions confirmées en appel pour les supporters sénégalais : recours possibles, libérations, grâce ou transfèrement, quelles suites ?
Article : OCP prépare une émission obligataire hybride en dollars, une première dans sa structure de dette
Le groupe OCP se tourne vers les marchés internationaux des capitaux avec une émission structurée en hybride. En recourant à un instrument à mi-chemin entre dette et quasi-fonds propres, le groupe cherche à mobiliser des ressources sans dégrader son profil d’endettement, ni accentuer la pression sur la signature souveraine. Décryptage.
Article : Guir-Ziz-Rheris. Pour faire face à la pénurie d'eau, un nouveau plan stratégique dans ce bassin du sud-est du Royaume
C’est l’un des bassins les plus exposés à la pression hydrique dans le pays. Pour contenir l’aggravation de la pénurie d’eau dans le Guir-Ziz-Rheris, un programme de plusieurs projets est lancé, avec à la clé de nouveaux forages, des ouvrages de recharge des nappes et des investissements ciblés pour tenter d’enrayer la dégradation hydrique de la zone.
Article : Le Roi nomme El Yazid Er-Radi secrétaire général du Conseil supérieur des Oulémas
Le Roi Mohammed VI, Amir Al Mouminine, a reçu, le mardi 14 avril 2026 au palais royal de Rabat, Mohamed Yessef, décoré du Wissam Al Arch (Grand Officier), avant de nommer El Yazid Er-Radi au poste de secrétaire général du Conseil supérieur des Oulémas.