Réactions allergiques au vaccin: les recommandations officielles jugées restrictives
Des allergologues marocains estiment que les recommandations de ministère de la Santé concernant la vaccination des patients allergiques sont très restrictives. Celles-ci "doivent être révisées, et la décision relative aux contre-indications laissée aux professionnels".
Le ministère de la Santé a récemment diffusé, auprès de ses délégations, un récapitulatif des situations cliniques qui peuvent se présenter au niveau des stations vaccinales et la conduite à suivre. Ce document indique que le vaccin n’est pas recommandé en cas d’antécédents de choc anaphylactique sévère avéré pour les personnes touchées par les allergies médicamenteuses. Une recommandation que des allergologues et notamment l'Association marocaine de formation continue en allergologie estiment très restrictive, étant donné que ces allergies représentent une part non négligeable de la pathologie iatrogène.
Souffrir d'allergie n'est pas une contre-indication à la vaccination
Contacté par nos soins, Dr. Younes El Gueddari, allergologue et président de l’Association marocaine de formation continue en allergologie (AMAFORCAL), nous explique que "l’histoire est partie du premier cas constaté en Angleterre. Une infirmière, sensibilisée aux polyéthylène-glycols (PEG), une matière qui permet de stabiliser le vaccin pour qu’il ne perde pas son activité, a fait un choc anaphylactique après injection d’une dose du vaccin Pfizer" contre la Covid-19. "Depuis, les experts Anglais et Européens ont pris les mesures nécessaires sur cette molécule".
D'après notre interlocuteur, ces effets adverses sont liés aux vaccins à ARN. Les vaccins concernés sont donc ceux de Pfizer et Moderna. Ces effets "ne s’appliquent pas aux vaccins Sinopharm et AstraZeneca, dont dispose le Maroc".
"Le tableau diffusé indique que toutes les personnes qui ont déjà eu un choc anaphylactique doivent être écartées de la vaccination, pour éviter tout risque. Mon optique est la suivante : Si le ministère vaccine un grand nombre de gens, et qu’il en reste une minorité, celle-ci sera protégée indirectement par l’immunité de groupe. Mais actuellement, les allergologues se retrouvent inondés de questions sur ce sujet, sachant que 25% à 30% de la population marocaine souffrent d’allergies".
"Des personnes allergiques au pollen ou à la poussière par exemple sont refusées dans certains centres de vaccination, ainsi que d’autres, qui déclarent être allergiques à des médicaments, anti-inflammatoires ou autres. Interdire la vaccination à toutes les personnes qui ont des antécédents d’allergies médicamenteuses est un non-sens. Un telle attitude va à l’encontre de la spécificité de la réaction allergique", déplore Dr. El Gueddari qui souligne que "les allergologues marocains n’ont pas été consultés avant la mise en place de ce document".
"On est en train d’écarter des gens vulnérables, qui ont de la famille, qui veulent voyager et qui doivent être protégés prioritairement… à cause d’une histoire de supposée allergie à un médicament, même si elle remonte à 30 ans. Le système immunitaire n’est pas immuable, ni stagnant, il bouge".
Moins de dix cas de réactions allergiques au Maroc sur 2 millions de vaccinations
"Si on se pose la question sur le nombre de cas graves d'effets indésirables survenus sur les plus de 2 millions de doses injectées à ce jour, on ne retrouve même pas une dizaine de cas. Il n'y a pas eu de cas de choc anaphylactique. Il y a eu des œdèmes de Quincke, que les médecins et infirmières gèrent sur place avec des antihistaminiques, corticoïdes et de l’adrénaline".
"Ce qui est aberrant, c’est que les experts internationaux recommandent aux patients ayant une sensibilité à la PEG, qui se trouve dans les vaccins Pfizer et Moderna, d’avoir recours à AstraZeneca, qui est le plus indiqué aux patients allergiques. On a la chance d’avoir ce vaccin en quantité suffisante au Maroc" mais une catégorie de personnes reste privée.
"Le ministère doit laisser les allergologues trier les personnes à risques. Le vaccin Sinopharm utilise l’hydroxyde d’aluminium dénué de risque anaphylactique. Il peut donc générer une réaction locale érythémateuse, œdémateuse ou nodulaire anodine. Quant à AstraZeneca, il contient du polysorbate 80, potentiellement allergisant chez une faible proportion de la population. Un composant qu'on retrouve également dans la vie courante, notamment dans l’alimentation, les crèmes et les médicaments comme l’aspirine".
"Si les gens y sont allergiques, les professionnels peuvent le détecter facilement. On ne peut pas passer à côté. Parmi les aliments où l’on peut trouver du polysorbate 80, les produits laitiers aromatisés, le lait de coco, les crèmes glacées, les compléments alimentaires, le chewing-gym, les pâtisseries, les bouillons et potages ainsi que les sauces notamment".
Toujours d'après notre source, on peut également le retrouver dans:
- Les crèmes, tel Flammazine pour les brûlures, Ketoderm et Effaclar duo;
- Les solutions nasales, telles que Humex nasale antirhume, Mometasone nasale, Budésonide inhalé ou Rhinocort;
- Les solutions buvables, telles que Zentel antiparasitaire, Combantrin antiparasitaire, Oracilline buvable, et Lysanxia;
- Des comprimés, comme Cardioaspirine, Diclofénac 75mg LP, Oméprazole, Esoméprazole, Clarithromycine, Zentel ou Levocetirizine.
"Il s’agit d’une liste non exhaustive, mais si les personnes allergiques au polysorbate 80 consomment ces aliments et ces médicaments sans aucun problème, pourquoi les priver du vaccin? Les seules contre-indications strictes concernent les sujets allergiques à ce composant, ayant fait des chocs anaphylactiques à cet excipient et uniquement celui-là", conclut notre interlocuteur.
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