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CULTURE

Rabat capitale africaine de la culture en lieu et place de Marrakech

Une semaine avant le lancement de l’événement "Marrakech, capitale africaine de la culture", les autorités marocaines ont informé le comité africain de sélection qu’il était préférable de le délocaliser à Rabat pour des raisons d’infrastructures mieux adaptées. Selon une source fiable de la mairie de la capitale, le maire qui va récupérer le projet aura fort à faire car rien n’est prêt. Un sentiment partagé par Mahi Binebine, président d'honneur de Marrakech 2020 dont le mandat prend fin.

Rabat capitale africaine de la culture en lieu et place de Marrakech
Samir El Ouardighi
Le 23 janvier 2020 à 17h37 | Modifié 11 avril 2021 à 2h44

Mahi Binebine a été le premier à annoncer sur les réseaux sociaux que Rabat remplacerait Marrakech pour accueillir l’édition pilote 2020 des capitales africaines de la culture ayant pour vocation de faire rayonner la création culturelle africaine à travers le monde.

Précisons que cet événement triennal, créé en 2018 pour devenir opérationnel en janvier 2020 sur le modèle de ce qui existe depuis 1985 en Europe, a pour finalité d’inscrire la culture au centre des politiques de développement des villes sur le continent, avec la sélection d’une capitale tous les 3 ans.

 "Marrakech capitale africaine de la culture n’est plus"

Manifestement surpris, l’artiste a partagé sur ses comptes Facebook et Twitter, mercredi 22 janvier, un post pour annoncer le changement qui a été très partagé et commenté ensuite.

"J’ai le triste regret de vous annoncer qu’il a été décidé (pour des raisons incompréhensibles) et après plusieurs mois de préparation intense, que la ville ocre se désistait au profit de Rabat. Mon mandat de président d’honneur de cette grande fête se termine donc ce soir".

Binebine nous a déclaré que sa ville natale était pourtant fin prête à accueillir un an de festivités pour faire rayonner la culture marocaine en Afrique.

Une décision qui ne doit pas donner lieu à des accusations gratuites

"Personne n’est en mesure d’expliquer ce revirement de dernière minute et cette annulation de tous les événements culturels qui devaient se tenir dans la ville ocre alors que nous allions donner le coup d’envoi du programme avec une parade exceptionnelle le 31 janvier prochain soit dans à peine 8 jours", regrette l’artiste qui était encore à Paris la semaine dernière pour faire le point avec l’organisation panafricaine "Cités et Gouvernements Locaux Unis d’Afrique", à l’origine du projet.

"Ce flou n’est cependant pas une raison pour se mettre à accuser gratuitement une certaine personne (Mehdi Qotbi) d’avoir lancé une OPA pour rapatrier ce projet dans la ville de Rabat. Ces accusations sans preuves sont injustes et indignes de ceux qui les colportent.

"Certains avancent que le retard dans les travaux de rénovation de Marrakech est à l’origine de cette décision inattendue.

Une campagne internationale de communication très efficace... pour rien

"Jusqu’à hier, on m’a laissé faire une campagne de communication tous azimuts auprès de nombreux médias étrangers qui ont couvert le lancement de cet événement avant de l’annuler.

"D’après le peu que je sais, le maire de Marrakech, Larbi Belcaid, a envoyé, mardi 21 janvier, un courrier au comité panafricain d’organisation, 'Cités et gouvernements locaux unis d’Afrique' (CGLU Afrique), pour l’informer de son désistement et pour délocaliser l’événement dans la capitale.

"A priori, c’est donc la mairie de Rabat qui va récupérer le bébé mais là-encore, on n'en sait pas plus.

Peu de temps pour Rabat

"Le problème est que rien n’est prêt pour organiser et célébrer l'événement 'Rabat, capitale africaine de la culture', censé durer jusqu’au 31 décembre alors que le programme de Marrakech était finalisé.

"En effet, nous avions prévu le 31 janvier de lancer en ouverture une grande parade qui aura lieu dans toute la ville ocre à travers un grandiose spectacle de rue pour annoncer le reste du programme.

"L’occasion de transformer la ville en vitrine culturelle non seulement du Maroc, mais aussi de l’ensemble de l’Afrique, en valorisant notamment la diversité des créations et des expressions culturelles africaines.

"Durant 11 mois, Marrakech allait être en fête sous le feu des projecteurs médiatiques de l’Afrique et du monde entier. Au programme, des expositions, défilés, rencontres de la photographie, parc de sculptures, salon de l’artisanat et du design, du cinéma et du théâtre … sans compter plusieurs partenariats avec des événements culturels comme le festival du rire, la foire 1-54 (African Art Fair) …

"Il faut savoir que la désignation de "Marrakech capitale africaine de la culture" a été votée par 3.000 maires africains en novembre 2018 et voilà qu’à la veille du coup d’envoi, on change de destination.

"C’est comme si on avait prévu d’organiser de longue date les Jeux Olympiques à Tokyo et qu'à la veille des compétitions, on annonçait sans crier gare, que finalement ils auraient lieu dans la ville d’Osaka.

"Hormis le maire de la capitale, je n’ai aucun détail sur l’identité de ceux qui prendront le relais à Rabat mais sachant que rien n’est prêt, la tâche va être difficile", conclut, très amer, un Binebine déçu.

Accusé injustement, Qotbi dément toute responsabilité

Interrogé à son tour, Mehdi Qotbi, président de la Fondation nationale des musées du Maroc, qui est désigné par certains comme étant le responsable du remplacement de Marrakech par Rabat, affirme ne pas être au courant et encore moins être en mesure d’organiser de près ou de loin cet événement.

"Je tombe des nues, c’est par la presse et le post de Mahi Binebine que j’ai appris que Marrakech se désistait au profit de Rabat.

"Je n’ai, par conséquent, absolument rien à voir dans cette histoire surtout que je suis concentré, avec mon équipe, sur la réussite du musée de la photographie tout juste créé à Rabat", dément vigoureusement le président qui nous invite à contacter le maire pour savoir qui récupérera le projet.

Les nouveaux responsables aux abonnés absents

Précisons que toutes nos tentatives de joindre le premier édile de la capitale Mohamed Sadiki, tout comme le maire de Marrakech Larbi Belcaid, sont restées sans réponse.

De son côté, Lahcen El Amrani, vice-maire de Rabat, s’est borné à nous confirmer que son équipe municipale prendrait bien en charge la préparation de l’organisation de "Rabat capitale africaine de la culture", sans toutefois donner de détails car « cette mission est du seul ressort du maire Sadiki".

Au final, le début des festivités de cet événement, premier du genre sur le continent africain, est reporté à une date indéterminée, selon une source jointe par l’AFP.

En effet, avant de finaliser son programme des festivités, la ville ocre avait commencé à se préparer au lendemain de sa désignation en novembre 2018.

Ceux qui devront gérer le changement de destination n’auront pas autant de temps, sachant que l’événement triennal est censé durer jusqu’au 31 décembre prochain.

A moins de désigner une équipe capable de mettre en œuvre très rapidement une programmation de qualité, il y a des risques d’avoir un programme culturel bâclé d’autant plus que la mairie de Rabat n’a jamais vraiment brillé en termes de célébration de la culture …

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