Prêt-à-porter: les enseignes ont raté la saison d'été

L’heure est désormais aux grandes manœuvres pour préparer la collection automne-hiver 2020-2021 et rattraper le retard accumulé par les équipes pendant les trois mois de confinement. Car dans le secteur de la mode, le télétravail est impossible.

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Prêt-à-porter : Les enseignes ont raté la saison d'été

Le 08 juillet 2020 à 17:51

Modifié le 09 juillet 2020 à 10:22

Près d’un mois après le démarrage du déconfinement au Maroc, les enseignes de prêt-à-porter paient un lourd tribut au Covid-19. En ce début d’été, elles se retrouvent avec les stocks de printemps non écoulés, et désormais périmés, et ont tiré un trait sur l’été 2020.

Pour comprendre la conjoncture délicate que traversent actuellement ces enseignes, il faut revenir sur les deux processus industriels qui entrent en jeu ; ceux-là mêmes qui permettent de garnir les rayons des magasins en vêtements, chaussures et accessoires en tout genre. En fait, les entreprises préparent leurs stocks ''au moins six mois à l’avance'', explique Karim Tazi, ex-président de l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (Amith) et président de la commission Environnement des affaires à la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), joint par Médias24.

''Au moins six mois à l’avance'' : cela signifie au moins six mois avant le début de la collection printemps-été et automne-hiver. ''Six mois avant, les équipes définissent la forme des futurs vêtements, ce qu’elles vont faire des matériaux, la manière dont elles vont transformer les tissus et les matières'', précise-t-il. Cette partie concerne donc la fabrication des vêtements et fait suite à une autre et toute première étape : la conception des collections, notamment les couleurs, les formes, les silhouettes, et la fabrication des matières premières, c’est-à-dire les tissus et les matériaux. Cette première étape démarre un an avant la mise en vente d’une collection.

En résumé : les équipes travaillent sur l’élaboration des collections et la fabrication des tissus un an avant la mise en vente d’une collection, et sur la fabrication des vêtements six mois avant. Car avant de transformer les tissus, il faut déjà les fabriquer.

Double, voire triple peine

Mais avec l’arrivée du Covid-19 en Europe en février dernier, et faute de visibilité, les enseignes ont toutes freiné la transformation des matières premières. ''Les seuls stocks qu’elles possédaient, c’était ceux qu’elles avaient fabriqués pour la saison printanière, jusqu’aux mois de mai-juin'', explique encore Karim Tazi. Stocks qu’elles n’ont évidemment pas écoulés avec le confinement, décrété le 20 mars au Maroc, et qui sont désormais périmés et donc invendables. ''Les consommateurs veulent désormais acheter des vêtements d’été et pas de printemps'', glisse ce PDG.

Pour ces enseignes, c’est donc la double peine : non seulement les matières qu’elles avaient réceptionnées en début d’année pour fabriquer les produits de l’été 2020 n’ont pas pu être utilisées, en raison du manque de visibilité sur la réouverture des magasins et du confinement des équipes, mais en plus elles se retrouvent désormais avec leurs stocks printaniers périmés. ''Elles ont écoulé le stock qu’elles ont pu écouler, qui était encore vendable jusqu’à fin mars. Seuls les articles dits classiques pourront être revendus dans six mois, un an.''

N’est-ce pas même une triple peine ? Confiné pendant trois mois, le staff n’a pas pu travailler entièrement sur la collection automne-hiver 2020-2021. ''Le télétravail est impossible dans la mode'', précise Karim Tazi. En temps normal, ces équipes auraient dû travailler sur les tissus, les matières, élaborer les silhouettes des prochaines tenues automnales et hivernales... Elles ont ainsi accumulé, malgré elles, un retard qui s’annonce d’ores et déjà difficilement rattrapable.

Manque de réactivité

Il faut dire aussi que les grandes enseignes de type Zara et H&M installées au Maroc s’approvisionnent majoritairement à l’étranger, parfois très loin, et sont donc soumises à des délais d’approvisionnement très longs – en moyenne 12 semaines, d’après Karim Tazi.

Un obstacle que ne connaît pas l’entreprise Marwa, dont il est le président-fondateur, car elle fabrique tout localement. ''A l’annonce du déconfinement, nous avons relancé la production dans nos usines pour transformer les matières premières, que nous avions déjà achetées, et pouvoir proposer en temps réel des produits qui sortent directement d’usine, le tout sur un circuit d’une semaine. Le fait de posséder nous-mêmes notre propre production, et donc de maîtriser notre chaîne d’approvisionnement, nous permet d’être beaucoup plus réactifs'', dit-il.

Si les rayons des grandes enseignes de prêt-à-porter sont actuellement peu garnies en vêtements et accessoires d’été, c’est donc aussi, outre le confinement et le manque de visibilité, parce qu’elles n’ont pas pu produire rapidement des produits de saison à la sortie du confinement. En cette période où le redémarrage de l’activité économique est crucial pour la survie des entreprises et des emplois qui en dépendent, ces enseignes n’ont certainement jamais autant mesuré le poids de l’adage selon lequel ''le temps, c’est de l’argent''.

Prêt-à-porter: les enseignes ont raté la saison d'été

Le 08 juillet 2020 à17:59

Modifié le 09 juillet 2020 à 10:22

L’heure est désormais aux grandes manœuvres pour préparer la collection automne-hiver 2020-2021 et rattraper le retard accumulé par les équipes pendant les trois mois de confinement. Car dans le secteur de la mode, le télétravail est impossible.

Près d’un mois après le démarrage du déconfinement au Maroc, les enseignes de prêt-à-porter paient un lourd tribut au Covid-19. En ce début d’été, elles se retrouvent avec les stocks de printemps non écoulés, et désormais périmés, et ont tiré un trait sur l’été 2020.

Pour comprendre la conjoncture délicate que traversent actuellement ces enseignes, il faut revenir sur les deux processus industriels qui entrent en jeu ; ceux-là mêmes qui permettent de garnir les rayons des magasins en vêtements, chaussures et accessoires en tout genre. En fait, les entreprises préparent leurs stocks ''au moins six mois à l’avance'', explique Karim Tazi, ex-président de l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (Amith) et président de la commission Environnement des affaires à la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), joint par Médias24.

''Au moins six mois à l’avance'' : cela signifie au moins six mois avant le début de la collection printemps-été et automne-hiver. ''Six mois avant, les équipes définissent la forme des futurs vêtements, ce qu’elles vont faire des matériaux, la manière dont elles vont transformer les tissus et les matières'', précise-t-il. Cette partie concerne donc la fabrication des vêtements et fait suite à une autre et toute première étape : la conception des collections, notamment les couleurs, les formes, les silhouettes, et la fabrication des matières premières, c’est-à-dire les tissus et les matériaux. Cette première étape démarre un an avant la mise en vente d’une collection.

En résumé : les équipes travaillent sur l’élaboration des collections et la fabrication des tissus un an avant la mise en vente d’une collection, et sur la fabrication des vêtements six mois avant. Car avant de transformer les tissus, il faut déjà les fabriquer.

Double, voire triple peine

Mais avec l’arrivée du Covid-19 en Europe en février dernier, et faute de visibilité, les enseignes ont toutes freiné la transformation des matières premières. ''Les seuls stocks qu’elles possédaient, c’était ceux qu’elles avaient fabriqués pour la saison printanière, jusqu’aux mois de mai-juin'', explique encore Karim Tazi. Stocks qu’elles n’ont évidemment pas écoulés avec le confinement, décrété le 20 mars au Maroc, et qui sont désormais périmés et donc invendables. ''Les consommateurs veulent désormais acheter des vêtements d’été et pas de printemps'', glisse ce PDG.

Pour ces enseignes, c’est donc la double peine : non seulement les matières qu’elles avaient réceptionnées en début d’année pour fabriquer les produits de l’été 2020 n’ont pas pu être utilisées, en raison du manque de visibilité sur la réouverture des magasins et du confinement des équipes, mais en plus elles se retrouvent désormais avec leurs stocks printaniers périmés. ''Elles ont écoulé le stock qu’elles ont pu écouler, qui était encore vendable jusqu’à fin mars. Seuls les articles dits classiques pourront être revendus dans six mois, un an.''

N’est-ce pas même une triple peine ? Confiné pendant trois mois, le staff n’a pas pu travailler entièrement sur la collection automne-hiver 2020-2021. ''Le télétravail est impossible dans la mode'', précise Karim Tazi. En temps normal, ces équipes auraient dû travailler sur les tissus, les matières, élaborer les silhouettes des prochaines tenues automnales et hivernales... Elles ont ainsi accumulé, malgré elles, un retard qui s’annonce d’ores et déjà difficilement rattrapable.

Manque de réactivité

Il faut dire aussi que les grandes enseignes de type Zara et H&M installées au Maroc s’approvisionnent majoritairement à l’étranger, parfois très loin, et sont donc soumises à des délais d’approvisionnement très longs – en moyenne 12 semaines, d’après Karim Tazi.

Un obstacle que ne connaît pas l’entreprise Marwa, dont il est le président-fondateur, car elle fabrique tout localement. ''A l’annonce du déconfinement, nous avons relancé la production dans nos usines pour transformer les matières premières, que nous avions déjà achetées, et pouvoir proposer en temps réel des produits qui sortent directement d’usine, le tout sur un circuit d’une semaine. Le fait de posséder nous-mêmes notre propre production, et donc de maîtriser notre chaîne d’approvisionnement, nous permet d’être beaucoup plus réactifs'', dit-il.

Si les rayons des grandes enseignes de prêt-à-porter sont actuellement peu garnies en vêtements et accessoires d’été, c’est donc aussi, outre le confinement et le manque de visibilité, parce qu’elles n’ont pas pu produire rapidement des produits de saison à la sortie du confinement. En cette période où le redémarrage de l’activité économique est crucial pour la survie des entreprises et des emplois qui en dépendent, ces enseignes n’ont certainement jamais autant mesuré le poids de l’adage selon lequel ''le temps, c’est de l’argent''.

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