Location des cuves de la Samir: ce qu'en pensent les professionnels

Le tribunal a décidé d'accepter la demande de l'Etat pour la location des capacités de stockage de La Samir. Une décision qui interpelle les professionnels. Voici ce qu'ils en pensent.

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Location des cuves de la Samir : Ce qu'en pensent les professionnels

Le 14 mai 2020 à 21:22

Modifié le 15 mai 2020 à 12:08

L'Etat marocain, via l'Agence judiciaire du Royaume, a déposé le 12 mai une requête urgente auprès de Abderrafii Bouhamria, juge-commissaire chargé de la liquidation du raffineur pour louer les capacités de stockage de la Samir. 

Ce jeudi 14 mai, le juge-commissaire a accepté la demande de l'Etat, marquant ainsi une nouvelle étape dans ce dossier épineux. 

Cette décision a été prise en deux jours, preuve s'il en faut que le projet est sérieux et doit aboutir dans les plus brefs délais car tout l'intérêt est de profiter de cette grande capacité de stockage de Samir pour constituer des stocks de sécurité dans un contexte de prix bas. Et même "permettre d'améliorer les équilibres financiers de l'Etat", comme nous le rapporte une source bien informée. 

Des équipes des Finances et de l'Intérieur ont récemment effectué une visite à la raffinerie pour s'enquérir de l'état des lieux, voir si les installations sont techniquement à même de recevoir du produit, d'être mises en marche...

Cela dit, la décision du tribunal d'accepter la demande de location de l'Etat a suscité des réactions mitigées des opérateurs du secteur.

"Une sage décision"

Certains opérateurs voient d'un mauvais œil cette nouvelle, car elle n'arrange pas leurs affaires. D'autres la félicitent et estiment que c'est une bonne décision pour le pays. 

"Les avis des opérateurs divergent. Certains estiment avoir une capacité de stockage suffisante et la possibilité de s'approvisionner sans problème, et qu'ils n'ont donc besoin de rien de plus. D'autres estiment que c'est le moment de constituer le stock de sécurité de 60 jours et même le porter à 90 jours, que c'est une occasion qu'il ne faut pas rater et que les prix le justifient et les capacités aussi", rapporte une source bien informée.

"Nous ne savons pas comment l'Etat compte exploiter ces capacités, mais la décision est très sage pour la simple et unique raison que des capacités de stockage minimes sont convoitées dans le monde et aujourd'hui l'Etat l'a compris et a mis la main sur une importante capacité de deux millions de m3", commente une source professionnelle.

"Les capacités de stockage dans le monde entier se font rares, c'est pour cela qu'on a assisté à un WTI dont les 'futures' se négociaient à -37 dollars. C'est parce que les producteurs n'avaient pas où stocker le produit. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles la production mondiale est revue à la baisse", analyse notre source. 

"Quand vous voyez qu'à l'échelle planétaire tous les stocks sont pleins et que quelque part au nord de l'Afrique, il y a une capacité de 2 millions de m3 non utilisée, ça interpelle", poursuit-elle en estimant que quel que soit ce que l'Etat compte en faire, "ça sera utile". 

Des scénarios possibles 

La question qui se pose est de connaître les modalités selon lesquelles l'Etat compte utiliser cette capacité. Dans sa demande au tribunal, l'Etat a formulé une proposition sous forme de contrat de bail. Médias24 n’a pas pu en établir les termes (durée, montants, etc.). Selon nos informations, ces détails devaient être négociés une fois la requête déposée.

Néanmoins, nous avons sondé des opérateurs du secteur pour définir les scénarios possibles. 

Il faut spécifier la motivation derrière cette demande. Des capacités de stockage dans ce cas de figure peuvent être utilisées pour la spéculation, pour le stock stratégique national ou même "régional dans le cadre de négociations entre Etats". 

"Spéculer revient à acheter, stocker et revendre quand le marché sera en hausse. Ce n'est pas la vocation première de l'Etat. La seule chose qui peut susciter l'intérêt d'un Etat souverain c'est la reconstitution de ses réserves stratégiques", commente un professionnel du secteur.

Ce deuxième cas de figure permettrait à l'Etat et aux opérateurs de respecter, enfin, le stock réglementaire de 60 jours. Selon nos informations, le stock de sécurité ne dépasse pas les 20 jours. Il oscille entre 15 et 20 jours au meilleur des cas. 

Cependant, par quel mécanisme cela se fera ? Plusieurs questions se posent à ce niveau. Est-ce que l'Etat compte acheter le stock et le revendre aux opérateurs, ou bien exigera-t-il des opérateurs de constituer eux-mêmes le stock ?  Comment ce stock sera-t-il financé ? Est-ce qu'il y aura des garanties de l'Etat ? Est-ce qu'on aura recours au fonds spécial du Covid-19? ...

"Je pense qu'après la libéralisation du secteur et compte tenu de la réglementation, ce n'est pas le rôle de l'Etat de constituer le stock de sécurité lui-même. C'est le rôle des opérateurs. Donc que l'Etat achète lui-même le stock est à exclure car nous sommes dans un marché libre", analyse un fin connaisseur du secteur. 

L'autre option est que l'Etat demande aux opérateurs de constituer le stock de sécurité au niveau des cuves de la Samir, chacun selon son quota et sa part de marché. "Il faudra savoir si une aide de l'Etat est envisagée ou si les opérateurs constitueront les stocks et disposeront d'une marge, comme ce qui était appliqué auparavant avec la taxe pour la constitution du stock", explique notre expert. 

"Dans l'ancienne structure des prix, l'Etat donnait aux opérateurs privés une facilité pour constituer le stock. On peut revenir à ce mécanisme ou s'en inspirer. C'est vrai qu'on est dans un marché libre, mais implicitement l'Etat peut dire qu’il y a une opportunité qui se présente, nous avons les capacités, vous allez constituer le stock et pour vous aider voilà ce qu'on peut faire. Et le fait que ce stock soit logé dans un seul endroit facilitera le contrôle. Ainsi le stock de sécurité sera au niveau de Samir et les opérateurs utiliseront les autres capacités pour leur stock commercial", poursuit notre expert. 

La dernière option est que l'Etat peut aussi tout simplement sous-louer cette capacité de stockage aux opérateurs qui n'ont pas de capacités propres, comme les petits opérateurs nationaux ou les opérateurs internationaux en quête désespérément de capacités disponibles. 

Nous savons de sources bien informées, qu'à "partir du mois de mars, le tribunal commençaient à recevoir des demandes de stockage de la part de grands opérateurs internationaux". Pour information, la location des capacités de stockage commence généralement à 4 dollars jusqu'à 7 dollars la tonne par mois.

Au final, l'expert consulté conclut que cette décision ne peut être que bénéfique sur tous les plans. "Bénéfique pour l'Etat à travers la reconstitution du stock stratégique, bénéfique pour les opérateurs qui seront plus tranquilles avec un stockage à portée de main, bénéfique pour les petits opérateurs parce qu'ils pourront sous-louer le cas échéant, bénéfique pour les réserves de changes, car nous allons acheter au plus bas depuis plus de 20 ans, bénéfique pour une vision future plus élargie avec un stockage régional...", conclut-il. 

>>Lire aussi :

Location des bacs de stockage de la Samir : Comment l'Etat justifie sa démarche

Carburant. Pourquoi il faut réactiver les capacités de stockage de la SAMIR

Location des cuves de la Samir: ce qu'en pensent les professionnels

Le 14 mai 2020 à21:24

Modifié le 15 mai 2020 à 12:08

Le tribunal a décidé d'accepter la demande de l'Etat pour la location des capacités de stockage de La Samir. Une décision qui interpelle les professionnels. Voici ce qu'ils en pensent.

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L'Etat marocain, via l'Agence judiciaire du Royaume, a déposé le 12 mai une requête urgente auprès de Abderrafii Bouhamria, juge-commissaire chargé de la liquidation du raffineur pour louer les capacités de stockage de la Samir. 

Ce jeudi 14 mai, le juge-commissaire a accepté la demande de l'Etat, marquant ainsi une nouvelle étape dans ce dossier épineux. 

Cette décision a été prise en deux jours, preuve s'il en faut que le projet est sérieux et doit aboutir dans les plus brefs délais car tout l'intérêt est de profiter de cette grande capacité de stockage de Samir pour constituer des stocks de sécurité dans un contexte de prix bas. Et même "permettre d'améliorer les équilibres financiers de l'Etat", comme nous le rapporte une source bien informée. 

Des équipes des Finances et de l'Intérieur ont récemment effectué une visite à la raffinerie pour s'enquérir de l'état des lieux, voir si les installations sont techniquement à même de recevoir du produit, d'être mises en marche...

Cela dit, la décision du tribunal d'accepter la demande de location de l'Etat a suscité des réactions mitigées des opérateurs du secteur.

"Une sage décision"

Certains opérateurs voient d'un mauvais œil cette nouvelle, car elle n'arrange pas leurs affaires. D'autres la félicitent et estiment que c'est une bonne décision pour le pays. 

"Les avis des opérateurs divergent. Certains estiment avoir une capacité de stockage suffisante et la possibilité de s'approvisionner sans problème, et qu'ils n'ont donc besoin de rien de plus. D'autres estiment que c'est le moment de constituer le stock de sécurité de 60 jours et même le porter à 90 jours, que c'est une occasion qu'il ne faut pas rater et que les prix le justifient et les capacités aussi", rapporte une source bien informée.

"Nous ne savons pas comment l'Etat compte exploiter ces capacités, mais la décision est très sage pour la simple et unique raison que des capacités de stockage minimes sont convoitées dans le monde et aujourd'hui l'Etat l'a compris et a mis la main sur une importante capacité de deux millions de m3", commente une source professionnelle.

"Les capacités de stockage dans le monde entier se font rares, c'est pour cela qu'on a assisté à un WTI dont les 'futures' se négociaient à -37 dollars. C'est parce que les producteurs n'avaient pas où stocker le produit. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles la production mondiale est revue à la baisse", analyse notre source. 

"Quand vous voyez qu'à l'échelle planétaire tous les stocks sont pleins et que quelque part au nord de l'Afrique, il y a une capacité de 2 millions de m3 non utilisée, ça interpelle", poursuit-elle en estimant que quel que soit ce que l'Etat compte en faire, "ça sera utile". 

Des scénarios possibles 

La question qui se pose est de connaître les modalités selon lesquelles l'Etat compte utiliser cette capacité. Dans sa demande au tribunal, l'Etat a formulé une proposition sous forme de contrat de bail. Médias24 n’a pas pu en établir les termes (durée, montants, etc.). Selon nos informations, ces détails devaient être négociés une fois la requête déposée.

Néanmoins, nous avons sondé des opérateurs du secteur pour définir les scénarios possibles. 

Il faut spécifier la motivation derrière cette demande. Des capacités de stockage dans ce cas de figure peuvent être utilisées pour la spéculation, pour le stock stratégique national ou même "régional dans le cadre de négociations entre Etats". 

"Spéculer revient à acheter, stocker et revendre quand le marché sera en hausse. Ce n'est pas la vocation première de l'Etat. La seule chose qui peut susciter l'intérêt d'un Etat souverain c'est la reconstitution de ses réserves stratégiques", commente un professionnel du secteur.

Ce deuxième cas de figure permettrait à l'Etat et aux opérateurs de respecter, enfin, le stock réglementaire de 60 jours. Selon nos informations, le stock de sécurité ne dépasse pas les 20 jours. Il oscille entre 15 et 20 jours au meilleur des cas. 

Cependant, par quel mécanisme cela se fera ? Plusieurs questions se posent à ce niveau. Est-ce que l'Etat compte acheter le stock et le revendre aux opérateurs, ou bien exigera-t-il des opérateurs de constituer eux-mêmes le stock ?  Comment ce stock sera-t-il financé ? Est-ce qu'il y aura des garanties de l'Etat ? Est-ce qu'on aura recours au fonds spécial du Covid-19? ...

"Je pense qu'après la libéralisation du secteur et compte tenu de la réglementation, ce n'est pas le rôle de l'Etat de constituer le stock de sécurité lui-même. C'est le rôle des opérateurs. Donc que l'Etat achète lui-même le stock est à exclure car nous sommes dans un marché libre", analyse un fin connaisseur du secteur. 

L'autre option est que l'Etat demande aux opérateurs de constituer le stock de sécurité au niveau des cuves de la Samir, chacun selon son quota et sa part de marché. "Il faudra savoir si une aide de l'Etat est envisagée ou si les opérateurs constitueront les stocks et disposeront d'une marge, comme ce qui était appliqué auparavant avec la taxe pour la constitution du stock", explique notre expert. 

"Dans l'ancienne structure des prix, l'Etat donnait aux opérateurs privés une facilité pour constituer le stock. On peut revenir à ce mécanisme ou s'en inspirer. C'est vrai qu'on est dans un marché libre, mais implicitement l'Etat peut dire qu’il y a une opportunité qui se présente, nous avons les capacités, vous allez constituer le stock et pour vous aider voilà ce qu'on peut faire. Et le fait que ce stock soit logé dans un seul endroit facilitera le contrôle. Ainsi le stock de sécurité sera au niveau de Samir et les opérateurs utiliseront les autres capacités pour leur stock commercial", poursuit notre expert. 

La dernière option est que l'Etat peut aussi tout simplement sous-louer cette capacité de stockage aux opérateurs qui n'ont pas de capacités propres, comme les petits opérateurs nationaux ou les opérateurs internationaux en quête désespérément de capacités disponibles. 

Nous savons de sources bien informées, qu'à "partir du mois de mars, le tribunal commençaient à recevoir des demandes de stockage de la part de grands opérateurs internationaux". Pour information, la location des capacités de stockage commence généralement à 4 dollars jusqu'à 7 dollars la tonne par mois.

Au final, l'expert consulté conclut que cette décision ne peut être que bénéfique sur tous les plans. "Bénéfique pour l'Etat à travers la reconstitution du stock stratégique, bénéfique pour les opérateurs qui seront plus tranquilles avec un stockage à portée de main, bénéfique pour les petits opérateurs parce qu'ils pourront sous-louer le cas échéant, bénéfique pour les réserves de changes, car nous allons acheter au plus bas depuis plus de 20 ans, bénéfique pour une vision future plus élargie avec un stockage régional...", conclut-il. 

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