Les hôtels se sont vidés de 80% après l'annonce des restrictions des déplacements

Au lendemain de l'annonce de l’interdiction de quitter ou de se rendre dans 8 villes du Royaume, plusieurs hôtels ont été confrontés à des départs massifs de clients inquiets de se retrouver bloqués. Furieux, Lahcen Zelmat, président de la fédération nationale des hôteliers, avance que la décision du gouvernement a mis un terme définitif à la reprise estivale du secteur tandis que Hamid Bentahar qui préside le CRT de Marrakech se veut tout aussi pessimiste en affirmant qu’elle mettra en danger la saison d’automne voire même d’hiver.

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Les hôtels se sont vidés de 80% après l'annonce des restrictions des déplacements

Le 27 juillet 2020 à 17:47

Modifié le 28 juillet 2020 à 18:31

Quelques minutes après avoir été rendu public, le communiqué conjoint des ministères de l’intérieur et de la santé a provoqué un véritable vent de panique chez les touristes nationaux qui ont préféré quitter leur hôtel et rentrer chez eux en occasionnant de gros embouteillages sur les routes et autoroutes du pays.

Une annonce qui a poussé les 3/4 des clients à quitter leur hôtel

Joint par Medias24, Lahcen Zelmat, président des hôteliers du Maroc confirme qu’il y a eu dans la nuit du dimanche au lundi, énormément de départs de clients d'hôtels notamment de Marrakech et d’Agadir.

«Dès qu'ils ont pris connaissance de la décision ministérielle de fermeture des routes pour se rendre ou quitter 8 grandes villes du pays, 80% voire dans certains cas 90% ont préféré rentrer chez eux.

«Ca a été le cas dans un de mes hôtels ou deux clients qui venaient à peine d’arriver et de se faire enregistrer à la réception ont dès l’annonce refait illico presto leurs bagages pour revenir à leur domicile.

 « En prenant cette décision irréfléchie sans tenir compte de ses conséquences, le gouvernement nous donne vraiment l’impression d’être déboussolé car il avait d’autres solutions possibles au lieu d'en arriver là.

D’autres solutions étaient possibles

« Ainsi, il aurait pu supprimer la fête de l'Aïd pour cette année et prévoir des subventions pour aider les éleveurs de moutons qui n'ont pas pu écouler tout leur cheptel.

« Même en cas de maintien de cette célébration, il aurait pu prévenir une semaine avant les futurs voyageurs de l'obligation d'effectuer un test pour pouvoir se rendre ou quitter les 8 villes en question.

« Cela aurait permis à l'Etat de s'assurer que les voyageurs de villes comme Tanger, Tétouan, Fès, Meknès, Casablanca, Marrakech ... ne sont pas porteurs du coronavirus et ne contamineront personne.

Des conséquences terribles pour les hôteliers qui ont dû rembourser leurs clients

« Avec cette décision, les autorités ont planté le dernier clou dans le cercueil du tourisme déjà durement éprouvé.

"Sans compter l'incroyable désordre sur les routes marocaines où il y a eu hier soir de nombreux embouteillages, accidents et même des agressions.

« Pour de nombreux hôteliers les conséquences ont été terribles comme par exemple pour le propriétaire de l'hôtel Eden Andalou qui était presque plein avec 500 clients pour 125 chambres.

« En effet, dès que ses clients ont appris la nouvelle, plus de 80% d'entre eux sont descendus à la réception pour demander en hurlant le remboursement de leurs avances et préparer leur départ sur le champ.

Plusieurs hôtels ont décidé de fermer leurs portes

« Au regard du résultat, la saison est totalement compromise mais le gouvernement a aussi perdu la confiance des hôteliers avec ses décisions contradictoires et incompréhensibles.

« Sachant que nous n'avons aucune visibilité, j'ai, avec plusieurs confrères, décidé de fermer tous mes hôtels et de ne les rouvrir que 15 jours à 1 mois après la réouverture des frontières car les autorités sont capables de les ouvrir pendant quelques jours puis de les refermer brusquement sans crier gare.

« Face à l'apparition de clusters, il ne faut pas fermer les villes mais plutôt les usines en cause sans quoi la prochaine étape sera de fermer tout le pays », conclut, très remonté, notre interlocuteur qui ajoute avoir perdu toute confiance dans un gouvernement qui enchaîne des décisions contradictoires.

Précisons que d’autres unités touristiques comme le village Azembay, situé à Azemmour, a décidé de fermer jusqu’à nouvel ordre après l’interdiction de déplacement de Casablanca qui représente 95% de sa clientèle.

Les protocoles sanitaires de l’industrie hôtelière sont plus sûrs que les usines

Plus diplomate, Hamid Bentahar qui préside le CRT de Marrakech et le groupe hôtelier « Accor Gestion Maroc », nous déclare que si la santé des Marocains est censée dicter les choix du gouvernement, ce dernier semble oublier que l'industrie hôtelière a mis en place un protocole sanitaire bien plus efficace que dans d'autres secteurs d'activité.

« Les séjours hôteliers doivent être vus comme une solution au problème de santé car il est préférable qu’à l’occasion de la fête de l’aïd, une personne parte avec sa petite famille dans un établissement plutôt que de recevoir sa grande famille à la maison avec tous les éventuels risques de contamination.

« Au lieu de nous percevoir comme une industrie qui peut contribuer à la fois à sécuriser la santé des marocains et à booster l'économie nationale, les autorités nous ont interdit de travailler alors que toutes les usines du pays sont autorisées à faire travailler des milliers de personnes” s’interroge le président du CRT.

Risque accru d’une saison hivernale compromise

« Si avec cette nouvelle décision de fermeture des routes, le mois d’août est d’ores et déjà très mal parti, il faut ajouter que chaque jour de retard pour rouvrir le ciel marocain met en péril la prochaine saison.

« En effet, il semble de plus en plus évident que sans visibilité les tour-opérateurs étrangers et les compagnies aériennes ne nous programmeront pas en hiver” conclut Bentahar qui juge de plus en plus probable un scénario catastrophe de fêtes de fin d’année sans clients étrangers.

Peu d'impact dans l’axe Mdiq-Fnideq

Questionnée à son tour sur l'impact de la décision gouvernementale, la directrice du marketing et des ventes de l'hôtel Banyan Tree, Jalila El Ofir, affirme que son établissement n’a connu aucun départ anticipé.

« Contrairement à Agadir ou Marrakech, il n'y a pas eu, ni hier soir ni ce matin, de départs massifs mais cela s'explique certainement par le fait que nos clients viennent pour des longs séjours de 10 à 15 jours.

« Pour l'instant, nous n'avons eu aucun retour négatif mais cela ne veut pas dire qu'il n'y aura pas quelques annulations des clients qui ne pourront plus se déplacer”, conclut El Ofir qui nous invite à refaire le point dans une semaine pour en savoir plus sur l'evolution de l'activité hôtelière du Nord au mois d’août.

Les hôtels se sont vidés de 80% après l'annonce des restrictions des déplacements

Le 27 juillet 2020 à17:47

Modifié le 28 juillet 2020 à 18:31

Au lendemain de l'annonce de l’interdiction de quitter ou de se rendre dans 8 villes du Royaume, plusieurs hôtels ont été confrontés à des départs massifs de clients inquiets de se retrouver bloqués. Furieux, Lahcen Zelmat, président de la fédération nationale des hôteliers, avance que la décision du gouvernement a mis un terme définitif à la reprise estivale du secteur tandis que Hamid Bentahar qui préside le CRT de Marrakech se veut tout aussi pessimiste en affirmant qu’elle mettra en danger la saison d’automne voire même d’hiver.

Quelques minutes après avoir été rendu public, le communiqué conjoint des ministères de l’intérieur et de la santé a provoqué un véritable vent de panique chez les touristes nationaux qui ont préféré quitter leur hôtel et rentrer chez eux en occasionnant de gros embouteillages sur les routes et autoroutes du pays.

Une annonce qui a poussé les 3/4 des clients à quitter leur hôtel

Joint par Medias24, Lahcen Zelmat, président des hôteliers du Maroc confirme qu’il y a eu dans la nuit du dimanche au lundi, énormément de départs de clients d'hôtels notamment de Marrakech et d’Agadir.

«Dès qu'ils ont pris connaissance de la décision ministérielle de fermeture des routes pour se rendre ou quitter 8 grandes villes du pays, 80% voire dans certains cas 90% ont préféré rentrer chez eux.

«Ca a été le cas dans un de mes hôtels ou deux clients qui venaient à peine d’arriver et de se faire enregistrer à la réception ont dès l’annonce refait illico presto leurs bagages pour revenir à leur domicile.

 « En prenant cette décision irréfléchie sans tenir compte de ses conséquences, le gouvernement nous donne vraiment l’impression d’être déboussolé car il avait d’autres solutions possibles au lieu d'en arriver là.

D’autres solutions étaient possibles

« Ainsi, il aurait pu supprimer la fête de l'Aïd pour cette année et prévoir des subventions pour aider les éleveurs de moutons qui n'ont pas pu écouler tout leur cheptel.

« Même en cas de maintien de cette célébration, il aurait pu prévenir une semaine avant les futurs voyageurs de l'obligation d'effectuer un test pour pouvoir se rendre ou quitter les 8 villes en question.

« Cela aurait permis à l'Etat de s'assurer que les voyageurs de villes comme Tanger, Tétouan, Fès, Meknès, Casablanca, Marrakech ... ne sont pas porteurs du coronavirus et ne contamineront personne.

Des conséquences terribles pour les hôteliers qui ont dû rembourser leurs clients

« Avec cette décision, les autorités ont planté le dernier clou dans le cercueil du tourisme déjà durement éprouvé.

"Sans compter l'incroyable désordre sur les routes marocaines où il y a eu hier soir de nombreux embouteillages, accidents et même des agressions.

« Pour de nombreux hôteliers les conséquences ont été terribles comme par exemple pour le propriétaire de l'hôtel Eden Andalou qui était presque plein avec 500 clients pour 125 chambres.

« En effet, dès que ses clients ont appris la nouvelle, plus de 80% d'entre eux sont descendus à la réception pour demander en hurlant le remboursement de leurs avances et préparer leur départ sur le champ.

Plusieurs hôtels ont décidé de fermer leurs portes

« Au regard du résultat, la saison est totalement compromise mais le gouvernement a aussi perdu la confiance des hôteliers avec ses décisions contradictoires et incompréhensibles.

« Sachant que nous n'avons aucune visibilité, j'ai, avec plusieurs confrères, décidé de fermer tous mes hôtels et de ne les rouvrir que 15 jours à 1 mois après la réouverture des frontières car les autorités sont capables de les ouvrir pendant quelques jours puis de les refermer brusquement sans crier gare.

« Face à l'apparition de clusters, il ne faut pas fermer les villes mais plutôt les usines en cause sans quoi la prochaine étape sera de fermer tout le pays », conclut, très remonté, notre interlocuteur qui ajoute avoir perdu toute confiance dans un gouvernement qui enchaîne des décisions contradictoires.

Précisons que d’autres unités touristiques comme le village Azembay, situé à Azemmour, a décidé de fermer jusqu’à nouvel ordre après l’interdiction de déplacement de Casablanca qui représente 95% de sa clientèle.

Les protocoles sanitaires de l’industrie hôtelière sont plus sûrs que les usines

Plus diplomate, Hamid Bentahar qui préside le CRT de Marrakech et le groupe hôtelier « Accor Gestion Maroc », nous déclare que si la santé des Marocains est censée dicter les choix du gouvernement, ce dernier semble oublier que l'industrie hôtelière a mis en place un protocole sanitaire bien plus efficace que dans d'autres secteurs d'activité.

« Les séjours hôteliers doivent être vus comme une solution au problème de santé car il est préférable qu’à l’occasion de la fête de l’aïd, une personne parte avec sa petite famille dans un établissement plutôt que de recevoir sa grande famille à la maison avec tous les éventuels risques de contamination.

« Au lieu de nous percevoir comme une industrie qui peut contribuer à la fois à sécuriser la santé des marocains et à booster l'économie nationale, les autorités nous ont interdit de travailler alors que toutes les usines du pays sont autorisées à faire travailler des milliers de personnes” s’interroge le président du CRT.

Risque accru d’une saison hivernale compromise

« Si avec cette nouvelle décision de fermeture des routes, le mois d’août est d’ores et déjà très mal parti, il faut ajouter que chaque jour de retard pour rouvrir le ciel marocain met en péril la prochaine saison.

« En effet, il semble de plus en plus évident que sans visibilité les tour-opérateurs étrangers et les compagnies aériennes ne nous programmeront pas en hiver” conclut Bentahar qui juge de plus en plus probable un scénario catastrophe de fêtes de fin d’année sans clients étrangers.

Peu d'impact dans l’axe Mdiq-Fnideq

Questionnée à son tour sur l'impact de la décision gouvernementale, la directrice du marketing et des ventes de l'hôtel Banyan Tree, Jalila El Ofir, affirme que son établissement n’a connu aucun départ anticipé.

« Contrairement à Agadir ou Marrakech, il n'y a pas eu, ni hier soir ni ce matin, de départs massifs mais cela s'explique certainement par le fait que nos clients viennent pour des longs séjours de 10 à 15 jours.

« Pour l'instant, nous n'avons eu aucun retour négatif mais cela ne veut pas dire qu'il n'y aura pas quelques annulations des clients qui ne pourront plus se déplacer”, conclut El Ofir qui nous invite à refaire le point dans une semaine pour en savoir plus sur l'evolution de l'activité hôtelière du Nord au mois d’août.

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