Les banques marocaines beaucoup plus rentables que les françaises
La rentabilité des fonds propres des banques marocaines frôle les 11%. Celle des banques françaises se limite à 6,2%. Même si le risque d'impayés est plus élevé au Maroc, l'activité rapporte gros aux actionnaires en raison de marges confortables.
Les 9 grands groupes bancaires marocains ont engrangé 14 milliards de DH de bénéfices en 2018, selon le dernier rapport sur la supervision bancaire publié par Bank Al-Maghrib. Un chiffre qui donne le tournis. Il y a 10 ans, il se limitait à 9 milliards de DH.
Certes, ce chiffre intègre les résultats des filiales au Maroc et à l’étranger. Mais, même en réduisant le périmètre à l’activité bancaire classique exercée au Maroc, les bénéfices demeurent importants : plus de 11 milliards de DH.
Les banques marocaines gagnent-elles trop d’argent ? La rentabilité s’apprécie en tenant compte des capitaux investis par les actionnaires.
Les capitaux propres des 9 grands groupes bancaires marocains s’élèvent à 128 milliards de DH. Ce qui donne un taux de rentabilité des fonds propres de 10,8%.
Ce taux s’améliore d’année en année : il était de 9,8% en 2016. Et ce, malgré l’augmentation des fonds propres (ils étaient de 124 milliards en 2016) suite au durcissement des règles prudentielles et à l’augmentation des besoins de développement des banques.
On peut donc dire que les actionnaires des banques tirent bien leur épingle du jeu, malgré une réglementation et un marché plus contraignants.
Une rentabilité de 10% ou 11% peut paraître raisonnable. Certaines industries consommatrices de fonds propres affichent des niveaux similaires ou même supérieurs. Ceci sans parler de certaines activités comme le ciment et l’immobilier dont les taux de rentabilité sont très élevés.
Mais le résultat est surprenant quand on compare le secteur bancaire marocain à celui de la France par exemple, pays qui a ouvert les premières banques au Maroc et qui y est toujours représenté par trois établissements.
Des marges moins élevées en France
Selon les données de la Banque de France pour l’année 2017 (derniers chiffres disponibles), les banques françaises ont réalisé 30,5 milliards d’euros de bénéfices. C’est énorme, mais les ordres de grandeur ne sont pas les mêmes.
Alors que les banques marocaines disposent de 1.030 milliards de DH de crédits distribués, les banques françaises en ont 2.730 milliards d’euros.
Surtout, les capitaux propres des établissements bancaires en France s’élèvent à 492 milliards d’euros, contre 128 milliards de DH au Maroc.
Au final, la rentabilité des fonds propres des banques françaises se limite à 6,2% contre 10,8% au Maroc.
Il est clair que les établissements français opèrent dans un marché local et mondial beaucoup plus grand et servent une clientèle beaucoup plus bancarisée et consommatrice de services financiers, ce qui leur assure en principe une rentabilité importante en termes absolus même si, en termes relatifs, elle peut paraître faible.
Il n’en demeure pas moins qu’elles sont "moins gourmandes" que les banques marocaines qui, justement, gagneraient à réduire leurs marges pour élargir le marché et développer la consommation des services financiers.
En France, le coût moyen des ressources des banques s’élève à 1,07% et le rendement moyen des crédits à 2,93%. Ce qui donne une marge d’intermédiation de 1,86%. En intégrant les autres activités (titres, trésorerie interbancaire…), la marge globale descend à 1,14%.
Au Maroc, le coût moyen des dépôts est moins élevé qu’en France (0,93%) mais le rendement des crédits est beaucoup plus important (4,81%). Ce qui donne une marge d’intermédiation avec la clientèle de 3,87%. En intégrant les autres emplois et ressources, la marge globale des banques est de 2,98%, soit presque 3 fois celle des banques françaises.
Il est vrai que celles-ci génèrent 36% de leurs revenus (Produit net bancaire) des commissions, contre 15% au Maroc, ce qui pourrait justifier qu’elles peuvent se permettre de demander des taux d’intérêts bas pour les crédits (1,70% pour les PME, 1,49% pour les particuliers, selon la Fédération bancaire française).
Des charges d'exploitation moins élevées au Maroc
Mais les marges d’intermédiation des banques au Maroc sont très élevées. Supportent-elles des charges d’exploitation plus importantes que leurs consœurs françaises ? Font-elles face à un risque d’impayés plus important ? Seuls ces deux facteurs pourraient justifier des marges d’intermédiation plus élevées.
Il se trouve que les banques françaises ont un coefficient d’exploitation (charges rapportées au PNB) de 69,6% contre 52,6% pour les banques marocaines. On peut donc dire qu’en France, les déposants, les salariés et les prestataires des banques sont mieux rémunérés qu’au Maroc.
Cela dit, les banques marocaines supportent bel et bien un risque plus élevé. Le taux d’impayés bancaires s’élève à 7,3% de l’encours des crédits contre 3,4% en France. Ces impayés sont couverts par des provisions à hauteur de 69% au Maroc contre 61% en France.
Mais in fine, et malgré un taux d’impayés élevé, les banques marocaines arrivent à dégager une rentabilité élevée de 10%. Certes, une partie des bénéfices n’est pas distribuée et ce, pour renforcer les fonds propres et financer le développement. Mais environ 60% de ces bénéfices sont empochés chaque année par les actionnaires sous forme de dividendes.
Un secteur à réanalyser par le Conseil de la concurrence ?
Dans son rapport annuel de 2013, l’ancien Conseil de la concurrence avait estimé que le secteur bancaire marocain est dans une situation d’oligopole avec une frange compétitive. En gros, il avait conclu que la concurrence gagnerait à s’améliorer dans le secteur mais qu’il n’y avait pas d’entente ou de convergence des tarifs entre les acteurs.
Cela dit, quand on sait que les 3 premières banques marocaines contrôlent près des deux tiers des actifs et que les taux d’intérêts, malgré leur baisse et les efforts menés par certains établissements, demeurent à un niveau relativement élevé, l’actuel Conseil de la concurrence devrait peut-être se pencher une nouvelle fois sur le niveau de la concurrence dans ce secteur ainsi que d’autres comme le secteur cimentier.
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