Khalil Hachimi Idrissi : "Sans ses nouveaux produits, la MAP serait agonisante"

Durant les 10 années après sa nomination à la tête de la MAP, Khalil Hachimi Idrissi semble avoir été saisi de frénésie créatrice. Une radio internationale, une chaîne de télévision, un magazine papier... Est-ce bien la vocation de la MAP ? L'agence nationale est-elle en train de se diversifier ou de se disperser ? Entretien sans langue de bois.

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Khalil Hachimi Idrissi : sans ses nouveaux produits, la MAP serait morte ou agonisante

Le 22 octobre 2020 à 18:45

Modifié le 23 octobre 2020 à 09:44

Médias24 : Comment expliquer votre longévité en tant que DG sachant qu'aucun de vos prédécesseurs, en dehors du fondateur et de son successeur, n’ont été en poste aussi longtemps ?

Khalil Hachimi Idrissi : Cela s’explique peut-être par le fait que j’ai eu la chance de développer un projet et d’avoir eu le temps de le réaliser.

En effet, j’ai pu concevoir une stratégie et avoir la durée pour la mettre en œuvre, car quand on a le temps pour développer ses projets, c’est une bénédiction.

- Venir du monde des médias vous-a-t-il aidé ?

- Certainement car le fait d’avoir pratiqué ce métier en étant client de la MAP m'a permis d'avoir une vision extérieure reformulée, une fois à l’intérieur, d’une manière dédiée vers l’usager et l’abonné.

De plus, mon background de dirigeant d’organes de presse, m’a sans doute permis de concevoir des projets dont je connaissais à l’avance l’impact au niveau des rédactions. 

- Chez vos anciens confrères ?

-En effet, je suis en mesure d’imaginer les besoins d’une rédaction pour des services et des angles particuliers.

- Pensez-vous que les nombreux services créés depuis votre arrivée (MAP TV, radio, infographies, news en anglais et en amazigh, magazine et quotidien papier …), sont vraiment essentiels ?

- Absolument car à mon arrivée à la MAP, j’ai constaté que c’était une agence qui avait un mono-produit à savoir la dépêche.

Ce service qui a été vendu et survendu pendant des années arrivait un peu à une espèce d’optimisation pour ne pas dire saturation.

La diversification des produits s’est donc imposée avec, dans un premier temps, une analyse préalable de l’activité de la MAP puis dans la vision stratégique que nous avons développée par la suite.

Nous sommes arrivés à la conclusion que cette situation ne pouvait pas durer, car elle constituait un frein à la productivité et à l’imagination des potentialités, sans parler d’un frein économique et financier dans la mesure où le chiffre d’affaires plafonnait.

L’idée de diversifier les produits a très vite pris le pas sachant que le benchmark international qui a été lancé a montré que la dépêche devait peser 30%, la photo 30% et les services audiovisuels 30%.

En effet, sachant qu’à mon arrivée, la dépêche pesait 90% de nos activités, la volonté de se diversifier s’est inscrite dans un contexte de mutation avec une digitalisation croissante et une presse électronique en plein essor où le web commençait à bouleverser l’ensemble du paysage médiatique.

Pour schématiser, nous n’étions plus dans le modèle classique dépêche-journal imprimé-impression papier-diffusion-distribution car le circuit devenait virtuel en quittant le circuit analogique.

Chaque type d’activité avait ses propres besoins comme par exemple un journal électronique qui pouvait désormais nous acheter du son, de l’image et du texte, car si vous ne lui proposez que du texte, il ne sera pas satisfait et ira forcément s’adresser ailleurs.

Ainsi, l’accueil qui a été réservé par la presse électronique et les sites web à notre nouveau service d’infographie a été formidable.

A partir de là, de fil en aiguille, l’agence s’est mise à segmenter de plus en plus ses produits jusqu’à les adapter à la finance, aux sports, à l’écologie ….

- Un nouveau modèle économique ?

- Oui, qui nous a permis de diversifier nos produits et d’être plus proches des besoins du secteur car face à ce big-bang médiatique, nous ne pouvions pas rester accrochés à une approche dépassée.

En termes de contenu, nous pouvions dans le cadre de notre mission continuer à relayer tous les communiqués publics mais au final, cela ne représentait que 5 à 7% dans la production de la MAP.

Tout en nous acquittant de notre mission institutionnelle relative à la communication et aux services publics, nous avons dû nous diversifier en matière de contenu en couvrant d’autres événements d’actualité liés à la culture, au sport, à la société, au syndical, au pluralisme, à la diversité...

- 10 ans après, comment cela s’est-il traduit au niveau des effectifs et du chiffre d’affaires ?

- Il y a eu beaucoup de changements dont une modification sociologique du personnel de la MAP.

Plusieurs pionniers sont partis à la retraite et il y a eu un renouvellement de la population professionnelle qui a abouti à un rajeunissement des effectifs et changé la vie de l’entreprise.

Il y a eu deux plans de départs volontaires pour s’adapter aux nouveaux besoins. Nous avons également fait baisser l’âge moyen des employés de la MAP d’une dizaine d’années. Nous avons aussi fait évoluer les qualifications des personnels.  

Cette mutation a permis l’arrivée d’une nouvelle génération de journalistes mieux formés au digital qui a apporté à l’agence un savoir-faire, un souffle nouveau et de la fraîcheur.

Pour ce qui est du chiffre d’affaires, il a simplement triplé en passant de 17 à 45 millions de dirhams.

- Avec quelle ventilation ?

- Jusqu’en 2011, l’essentiel des recettes venait des dépêches mais aujourd’hui les autres services ont pris le pas avec une nouvelle offre de packages qui ont été une source de revenus très intéressante.

- Est-ce qu’en 2020, la MAP est une entreprise publique lucrative ?

- Sachant que l’agence a un ADN de service public, j’essaye de revigorer sa dimension commerciale dédiée aux clients grâce à mon expérience antérieure de patron de presse mais sur le fond, nous ne sommes pas une société anonyme avec une vocation « lucrative » qui verse des dividendes en fin d’année.

La notion de service public reste donc prédominante et extrêmement importante dans notre ADN.

- Cela ne vous empêche pas d’avoir plus de moyens qu’à votre arrivée ?

- Si nous n’avons pas eu davantage de moyens financiers, nous avons cependant pu les réallouer en redistribuant différemment nos budgets sachant que nous avons moins de personnel qu’il y a 10 ans.

- C’est-à-dire ?

- Nous avions 600 employés contre 570 actuellement, ce qui nous a permis d’optimiser nos budgets et de mieux les ventiler.

En fait, l’idée de départ était de mettre au travail une rédaction de 300 personnes y compris à l’étranger qui constitue la première du Maroc, en termes de nombre de journalistes.

L’arrivée de la pandémie a d’ailleurs été l’occasion pour nous de « reformuler » notre réseau mondial qui compte 12 pôles et 80 correspondants à l’étranger.

- Sur un plan stratégique, vous avez reformaté le modèle économique; mais vous avez aussi investi dans la presse print alors que vous savez mieux que personne que ce n'est pas forcément le support du futur...

- Selon moi, les meilleures opportunités d’investissement se font en temps de crise à savoir dans une période où les cartes sont en train d’être rebattues.

Les publications print de la MAP s’inscrivent dans une volonté naturelle de retrouver le kiosque à un moment où le secteur dans sa globalité est à la recherche d’un nouveau souffle et un nouveau modèle économique.

Le fait d’y croire est donc un message très important car nous voulons que la voix du service public puisse s’exprimer partout, sur toutes les périodicités et dans tous les formats numériques ou print.

Sachant que c’est notre axiome principal et que nous avons une mission importante en termes de diffusion d’informations, il n’est pas normal que nous ne nous exprimions pas dans ce sens. Nous croyons que la démarche qui est la nôtre, celle d’un service d’information consolidé, est le meilleur gage pour la réussite de la libération à venir du secteur notamment télévisuel.

C’est justement parce que la presse imprimée connaît une crise que nous pensons qu’il est opportun de participer à son maintien avec des tirages très raisonnables.

- C’est-à-dire ?

- Entre 5.000 et 10.000 exemplaires pour préserver des tirages testimoniaux permettant de témoigner. 

Ce retour du service public dans les kiosques nous a semblé stratégiquement important parce que l’ensemble du secteur ne pouvait plus faire face aux contraintes des mutations numériques. Il fallait sauver l’essentiel…  

Comme nous avons la possibilité d’être présent dans les kiosques, nous avons fait en sorte que la voix du service public, y compris dans ces périodicités et ces différents formats soit présente. Personne ne peut s’accommoder du silence.  

- Contre vents et marées, la MAP fait en quelque sorte du mécénat ?

- Absolument pas, nous ne faisons que notre devoir de service public et je vais vous donner un exemple.

L’agence fait de l’information institutionnelle alors que la plupart de la presse considère à tort que cette information n’est pas vendeuse et n’attire pas les lecteurs dans le cadre de son modèle économique.

Face à ce constat, doit-on faire l’impasse sur le traitement de ce type d’information ou au contraire créer un support qui puisse donner une chance de débattre, par exemple, de la loi de finances qui est le moment le plus important de la nation sur le plan économique et fiscal.

Si nous ne le faisons pas, cette information va disparaître et notre mission ne nous permet pas d’assister sans réagir à cette disparition car il serait dommage que des moments comme ceux-là ne soit pas « imprimés » ou traités.

Tout cela pour dire que le retour du service public dans cette périodicité nous a semblé primordial et stratégiquement très important pour notre pays.

- Vous ne croyez donc pas à la disparition de la presse papier ?

- Je ne le pense pas, du moins pas totalement. D’ailleurs, la préfiguration de ce qui va advenir est déjà là, à savoir, outre le numérique avec ses abonnés payants, des tirages « analogiques » testimoniaux qui resteront toujours à la disposition d’une certaine clientèle particulière.

- Comme la bibliothèque nationale ?

- Pas du tout car il y aura toujours un segment de personnes, pas uniquement âgées qui vont continuer à lire des livres en format papier et à acheter des journaux en kiosque.

Le message des versions arabe et française de notre quotidien est de souligner qu’il y a toujours de l’avenir dans le print, en intéressant les lecteurs avec des informations utiles et sérieuses de secteur public

D’un autre côté, l’offre numérique doit sortir de la domination du lecteur digital amateur de gratuité et de clic pour passer à une culture de l’abonné qui doit payer pour une information recoupée et de qualité.

Au final, je pense que personne ne va disparaître car quoi qu’il arrive le journalisme restera.

- Avez-vous vocation à concurrencer la presse mal en point sur le terrain des recettes publicitaires ?

- Les statuts de la MAP permettent d’avoir accès comme tout le monde au marché publicitaire.

- Cela ne vous empêche pas de grignoter des parts, alors que vous êtes financés par l’Etat ?

- Contrairement à ce que disent certains qui font preuve de paresse intellectuelle, quand de nouveaux acteurs entrent dans un marché publicitaire, ils élargissent ce marché et il y en a pour tout le monde

En effet, cela fait 30 ans que l’on accuse les nouveaux entrants d’appauvrir ce secteur alors que notre marché n’a pas arrêté de croître.

Les panneaux n’ont pas tué la presse. Comme la télé n’a pas tué les radios. Les radios n’ont pas tué les journaux. Le marché s’adapte et se reconfigure. Maintenant le vrai problème est que la faible valeur de la publicité digitale ne permet pas de faire vivre des médias professionnels. Il faut que le lecteur-abonné payant entre en scène dans ce modèle pour le rendre viable et pérenne.

- Depuis quand récoltez-vous des recettes publicitaires ?

- Bien avant mon arrivée à la tête de la MAP, dont les statuts relatifs aux recettes sont très explicites.

Sachant qu’on on ne prend pas de la poche des autres pour mettre dans la nôtre et qu’on élargit ce marché, nos confrères devraient prendre notre présence comme un message d’optimisme pour l’avenir

- J’ai du mal à comprendre comment la MAP élargit le marché de la publicité ?

- C’est très simple, plus il y a d’acteurs entrants plus le gâteau publicitaire s’agrandit. Encore une fois, il ne rétrécit pas car l’histoire des médias a prouvé que cette lecture était complètement fausse.

Ainsi quand il y a une quinzaine d’années, les ondes radiophoniques avaient été libérées mais qu’on avait refusé cette même libéralisation à la télévision, sous prétexte d’un marché publicitaire insuffisant, c’était une erreur car on a juste retardé politiquement un événement inéluctable.

Aujourd’hui, si le nombre des télévisions était plus important, il y aurait moins de problèmes et la publicité n’aurait pas manqué, comme partout ailleurs où elle se développe avec les nouveaux arrivants.

Sachant que le nombre d’entreprises recourant à la publicité pour leur communication est encore très limité, ce marché a donc son avenir devant lui et pas derrière, comme certains veulent nous le faire croire.

En effet, le jour où les PME feront toutes appel à des spots ou des encarts publicitaires, il y aura de quoi faire vivre un nombre bien plus important qu’aujourd’hui de médias.

- Pourtant, la bataille reste toujours aussi féroce pour décrocher des budgets publicitaires …

- Oui, car d’une part on n’a pas encore développé le marché de la publicité, et d’autre part, parce que l’offre médiatique devrait davantage correspondre aux besoins du marché en termes de prix, de format, de concepts…

- Passons à votre grand projet de nouvelle télévision, quel est son audimat ?

- Il est trop tôt pour le mesurer car pour l’instant nous sommes sur le net et pas encore sur la TNT.

Comme elle n’a pas encore été lancée officiellement et que nos plateaux ne sont pas encore achevés, nous sommes toujours sur un format expérimental.

- Quelle est la date de son démarrage ?

- Dans deux ou trois mois, cette télévision d’information en continu sera officiellement démarrée ; mais pour l’instant nous expérimentons un format « Euronews » qui nous permet de rôder les équipes

- Quel sera le modèle adopté, BFM TV ?

- Notre chaîne sera beaucoup moins agressive avec ce qu’on appelle la « slow-news » qui essaye de débattre, d’expliquer, de convaincre pour donner aux acteurs de la vie économique, politique et sociale le temps d’expliquer aux téléspectateurs ce qu’ils font.

- Cela sera donc la 1ère chaîne marocaine d’informations continues ?

- Oui car nous venons avec un produit en arabe qui n’existe pas. Les Marocains écoutent 45 minutes d’informations par jour, selon une étude.

Sachant que cette étude a montré que 20 minutes sont écoutées sur nos médias et 25 minutes sur des supports étrangers, nous voulons récupérer 10 à 15 mn sur les 25 des médias étrangers. C’est un projet de rapatriement d’audience en vue de consolider la souveraineté nationale en matière d’information. Laquelle souveraineté est aujourd’hui « attaquée » de toutes parts.

- Pourquoi ne pas investir les réseaux sociaux?

- Le problème de la MAP aujourd’hui est que son image réelle est différente de celle qu’ont les gens de notre agence, les clichés ont la vie dure et il faudrait donc que nos détracteurs se remettent en cause.

En d’autres termes, elle n’est donc pas du tout absente des réseaux sociaux comme Facebook, Instagram, Twitter.

- Avec des mises à jour quotidiennes ?

- Toutes les heures avec une équipe très motivée d’une dizaine de jeunes qui travaillent au siège.

Tout cela pour dire que nous sommes très présents sur les réseaux sociaux même s’il est plus facile pour certains de dire que la MAP est l’agence de « papa », alors qu’elle s’inscrit pleinement aujourd’hui dans la modernité.

D’ailleurs au terme de notre transition digitale, tous les vecteurs avec lesquels nous toucherons nos abonnés et nos clients seront numériques y compris sur les réseaux sociaux.

- Pourquoi cette image tenace d’une MAP qui se contente de balancer des dépêches alors que d’autres comme l’AFP envoient des correspondants pour des papiers critiques d’analyse ?

- Si on devait juger le travail des correspondants de l’agence officielle française, financée significativement par l’Etat français, l’AFP en Afrique, où malheureusement l’esprit « Françafrique » continue encore à souffler, on se rendrait compte très vite qu’ils ont des postures éditoriales inappropriées, voire surfaites.

En effet, ils sont toujours contre le régime en place et bien évidemment aux côtés de l’opposition qui peut parfois changer, avec un discours intrusif moralisateur et donneur de leçons en matière de droits de l’homme ou de liberté d’expression.

Au Maroc, cette agence se comporte le plus souvent de la même manière — où elle choisit les pétitions à soutenir et celles à enterrer —  alors qu’en Algérie, elle s’abstient car ses correspondants ont moins la possibilité de le faire ou plus simplement on ne les laisse pas faire.

Leur démarche est à géométrie variable car en Amérique latine, ils sont beaucoup plus dans le commerce, le business … mais au final, c’est une tradition chez l’AFP

- Vous n’y allez pas de main morte...

-Je le dis comme je le sens, en tant que professionnel, car ils sont clairement dans une posture de donneurs de leçon qui tranche avec la déontologie du métier.

Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à s’intéresser à leur politique de recrutement à Rabat. Il est significatif que cela fait des années que l’AFP ne recrute que des journalistes opposants au pouvoir. C’est étonnant non ?

Du côté de la MAP, l’image selon laquelle nous sommes absents des débats est entièrement fausse. Nous faisons vivre le débat.

Nous proposons de nombreux papiers d’analyse, mais il est vrai que nous ne diffuserons pas systématiquement tous les communiqués des organisations nihilistes.

- Pourquoi ?

- Parce que si c’est une question, par exemple, stricto sensu des droits de l’homme, nous les diffuserons bien évidemment ; mais si c’est une démarche institutionnelle de ces organisations qui ne s’inscrivent pas dans le cadre de la constitution marocaine, pourquoi voulez-vous qu’un service public d’information les diffuse ?

Côté production, en couvrant toute l’activité institutionnelle d’une journée, la MAP n’arrive pas à dépasser 7% de dépêches.

Il est quand même bizarre que les personnes qui nous donnent des leçons et nous font des procès d’intention ne voient que ces 7%, à savoir les communiqués des autorités ou des activités officielles. C’est une obsession.

Mieux que cela, les gens qui sont les plus sévères à notre égard sont les mêmes que ceux qui nous disent qu’ils ne peuvent pas vivre sans notre fil d’actualités pour élaborer leur journal.

- Que répondez-vous à ceux qui qualifient la MAP d’être la voix de son maître ?

- Je ne comprends pas que l’on puisse demander à une agence de presse financée par les pouvoirs publics et qui travaille dans un cadre légal précis de ne pas être la voix de son maître comme vous dites. La MAP porte la voix de la Nation dans toute sa diversité.

- Cela a au moins le mérite d’être clair…

- Qu’est-ce qu’elle peut être, une voix extraconstitutionnelle, extra-légale ou extra-gouvernementale ?

Pourquoi veulent-ils qu’une agence publique chargée de couvrir les informations institutionnelles devienne « nihiliste » alors qu’elle respecte le pluralisme et la différence des uns et des autres ?

En fait, ils veulent que nous sortions du cadre de la Constitution ou de notre mission légale alors que tous les partis politiques, les ONG sérieuses et les syndicats … sont présents dans le fil de la MAP. 

Ce n’est pas sérieux car nous n’avons pas vocation à devenir une annexe de milieux radicalisés ou nihilistes mais de faire vivre une agence de presse multi-formats, 360 degrés ouverte sur le pluralisme et la diversité dans le cadre d’un Etat de droit constitutionnel qui donne la parole à tout le monde

- Qu’en est-il de votre situation financière, serez-vous bientôt indépendants par rapport à l’Etat ?

- Pas encore car il faut d’abord qu’un certain nombre de produits récemment lancés se stabilisent dans le cadre d’un marché post-Covid.

- Justement, qu’est-ce qui a changé avec la pandémie ?

- Une prise de conscience généralisée de la fragilité de notre système.

En effet, toutes nos réalisations peuvent du jour au lendemain être complètement remises en question.

-  Avec par exemple un plan social à la clé comme dans certains journaux ?

- Je ne pense pas, car compte tenu de la nature stratégique de notre entreprise, nous nous sommes adaptés à la conjoncture actuelle.

- Quid de l’avenir ?

- Nous devons encore développer davantage les nouveaux formats qui sont toujours en période de lancement.

- Quand serez-vous fixés sur leur rentabilité ?

- Il faut d’abord les lancer. Il faudra 2 à 3 ans pour mesurer l’impact réel de la télévision et de la radio d’information en continu, ainsi que celui de notre présence dans les kiosques.  

- D’ici-là, comment sera financé le fonctionnement de la télévision et de la radio ?

- Etre adossé à une agence de presse qui dispose d’un grand siège et d’un réseau mondial d’une centaine de personnes est un atout considérable en termes d’économies et d’optimisation.

En effet, il n’y aura pas de frais supplémentaires car nous avons créé ex nihilo un média en optimisant les moyens dont dispose déjà l’agence ; ce qui a permis de réduire fortement les charges.

- En dehors des moyens de la MAP, ces médias seront financés par la publicité ?

- Au moment venu, nous espérons récupérer un chiffre d’affaires publicitaire pour équilibrer nos comptes et soulager l’agence des nouvelles charges occasionnées par ces deux médias.

- Quel est votre objectif en termes de recettes publicitaires ?

- A mon arrivée, la MAP réalisait 17 millions de dirhams de chiffre d’affaires contre 45 aujourd’hui mais à terme, nous tablons sur 100 millions DH de revenus auxquels contribueront tous les services que nous proposons (dépêches, photos, publicité…).

- Ventilés de quelle manière et à quel horizon ?

- 8 à 10 millions de recettes pour la radio RIM, 25 à 30 MDH pour la dépêche, 5 à 6 MDH pour la photo, autour de 15 pour la télévision, etc.

Sachant que nous ne sommes pas dans le fameux milliard de dirhams, c’est un objectif très modeste qui peut être atteint en 2022 ou 2023.

- Si vous n’aviez pas engagé toutes les réformes, que serait devenue la MAP ?

- Elle serait morte ou au minimum agonisante.

- Et contrainte de faire la manche auprès de l’Etat ?

- Votre image est désobligeante. Nous serions surtout dans une activité obsolète complètement dépassée par les événements et absente du paysage médiatique marocain ; car toutes les agences de presse qui ne se sont pas diversifiées vont disparaître un jour ou l’autre.

Quelqu’un m’a dit un jour que j’avais changé le modèle économique de la MAP qui était neutre à mon arrivée. En effet, elle se contentait de toucher de l’argent public et si elle n’arrivait pas à vendre suffisamment de dépêches, l’agence pouvait toujours compter sur une aide de l’Etat. Nous avons changé cet état d’esprit.

- Vous ne voulez donc plus compter uniquement sur les 200 MDH de subventions annuelles ?

- En effet, nous sommes dans les clous pour passer d’un contrôle a priori de l’Etat à un contrôle a posteriori avec une mise à niveau actée pour gagner en autonomie financière.

- Quelle image voulez-vous laisser après votre départ ?

- Celle d’un professionnel, qui aidé par une équipe formidable et compétente, a transformé une institution publique et surtout qui a fait son travail correctement en renforçant la présence qualitative et professionnelle de cet outil dans la vie médiatique marocaine.

Pour résumer, c’est un vrai pôle public multisupport d’information qui a été créé …

Khalil Hachimi Idrissi : "Sans ses nouveaux produits, la MAP serait agonisante"

Le 22 octobre 2020 à18:45

Modifié le 23 octobre 2020 à 09:44

Durant les 10 années après sa nomination à la tête de la MAP, Khalil Hachimi Idrissi semble avoir été saisi de frénésie créatrice. Une radio internationale, une chaîne de télévision, un magazine papier... Est-ce bien la vocation de la MAP ? L'agence nationale est-elle en train de se diversifier ou de se disperser ? Entretien sans langue de bois.

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Médias24 : Comment expliquer votre longévité en tant que DG sachant qu'aucun de vos prédécesseurs, en dehors du fondateur et de son successeur, n’ont été en poste aussi longtemps ?

Khalil Hachimi Idrissi : Cela s’explique peut-être par le fait que j’ai eu la chance de développer un projet et d’avoir eu le temps de le réaliser.

En effet, j’ai pu concevoir une stratégie et avoir la durée pour la mettre en œuvre, car quand on a le temps pour développer ses projets, c’est une bénédiction.

- Venir du monde des médias vous-a-t-il aidé ?

- Certainement car le fait d’avoir pratiqué ce métier en étant client de la MAP m'a permis d'avoir une vision extérieure reformulée, une fois à l’intérieur, d’une manière dédiée vers l’usager et l’abonné.

De plus, mon background de dirigeant d’organes de presse, m’a sans doute permis de concevoir des projets dont je connaissais à l’avance l’impact au niveau des rédactions. 

- Chez vos anciens confrères ?

-En effet, je suis en mesure d’imaginer les besoins d’une rédaction pour des services et des angles particuliers.

- Pensez-vous que les nombreux services créés depuis votre arrivée (MAP TV, radio, infographies, news en anglais et en amazigh, magazine et quotidien papier …), sont vraiment essentiels ?

- Absolument car à mon arrivée à la MAP, j’ai constaté que c’était une agence qui avait un mono-produit à savoir la dépêche.

Ce service qui a été vendu et survendu pendant des années arrivait un peu à une espèce d’optimisation pour ne pas dire saturation.

La diversification des produits s’est donc imposée avec, dans un premier temps, une analyse préalable de l’activité de la MAP puis dans la vision stratégique que nous avons développée par la suite.

Nous sommes arrivés à la conclusion que cette situation ne pouvait pas durer, car elle constituait un frein à la productivité et à l’imagination des potentialités, sans parler d’un frein économique et financier dans la mesure où le chiffre d’affaires plafonnait.

L’idée de diversifier les produits a très vite pris le pas sachant que le benchmark international qui a été lancé a montré que la dépêche devait peser 30%, la photo 30% et les services audiovisuels 30%.

En effet, sachant qu’à mon arrivée, la dépêche pesait 90% de nos activités, la volonté de se diversifier s’est inscrite dans un contexte de mutation avec une digitalisation croissante et une presse électronique en plein essor où le web commençait à bouleverser l’ensemble du paysage médiatique.

Pour schématiser, nous n’étions plus dans le modèle classique dépêche-journal imprimé-impression papier-diffusion-distribution car le circuit devenait virtuel en quittant le circuit analogique.

Chaque type d’activité avait ses propres besoins comme par exemple un journal électronique qui pouvait désormais nous acheter du son, de l’image et du texte, car si vous ne lui proposez que du texte, il ne sera pas satisfait et ira forcément s’adresser ailleurs.

Ainsi, l’accueil qui a été réservé par la presse électronique et les sites web à notre nouveau service d’infographie a été formidable.

A partir de là, de fil en aiguille, l’agence s’est mise à segmenter de plus en plus ses produits jusqu’à les adapter à la finance, aux sports, à l’écologie ….

- Un nouveau modèle économique ?

- Oui, qui nous a permis de diversifier nos produits et d’être plus proches des besoins du secteur car face à ce big-bang médiatique, nous ne pouvions pas rester accrochés à une approche dépassée.

En termes de contenu, nous pouvions dans le cadre de notre mission continuer à relayer tous les communiqués publics mais au final, cela ne représentait que 5 à 7% dans la production de la MAP.

Tout en nous acquittant de notre mission institutionnelle relative à la communication et aux services publics, nous avons dû nous diversifier en matière de contenu en couvrant d’autres événements d’actualité liés à la culture, au sport, à la société, au syndical, au pluralisme, à la diversité...

- 10 ans après, comment cela s’est-il traduit au niveau des effectifs et du chiffre d’affaires ?

- Il y a eu beaucoup de changements dont une modification sociologique du personnel de la MAP.

Plusieurs pionniers sont partis à la retraite et il y a eu un renouvellement de la population professionnelle qui a abouti à un rajeunissement des effectifs et changé la vie de l’entreprise.

Il y a eu deux plans de départs volontaires pour s’adapter aux nouveaux besoins. Nous avons également fait baisser l’âge moyen des employés de la MAP d’une dizaine d’années. Nous avons aussi fait évoluer les qualifications des personnels.  

Cette mutation a permis l’arrivée d’une nouvelle génération de journalistes mieux formés au digital qui a apporté à l’agence un savoir-faire, un souffle nouveau et de la fraîcheur.

Pour ce qui est du chiffre d’affaires, il a simplement triplé en passant de 17 à 45 millions de dirhams.

- Avec quelle ventilation ?

- Jusqu’en 2011, l’essentiel des recettes venait des dépêches mais aujourd’hui les autres services ont pris le pas avec une nouvelle offre de packages qui ont été une source de revenus très intéressante.

- Est-ce qu’en 2020, la MAP est une entreprise publique lucrative ?

- Sachant que l’agence a un ADN de service public, j’essaye de revigorer sa dimension commerciale dédiée aux clients grâce à mon expérience antérieure de patron de presse mais sur le fond, nous ne sommes pas une société anonyme avec une vocation « lucrative » qui verse des dividendes en fin d’année.

La notion de service public reste donc prédominante et extrêmement importante dans notre ADN.

- Cela ne vous empêche pas d’avoir plus de moyens qu’à votre arrivée ?

- Si nous n’avons pas eu davantage de moyens financiers, nous avons cependant pu les réallouer en redistribuant différemment nos budgets sachant que nous avons moins de personnel qu’il y a 10 ans.

- C’est-à-dire ?

- Nous avions 600 employés contre 570 actuellement, ce qui nous a permis d’optimiser nos budgets et de mieux les ventiler.

En fait, l’idée de départ était de mettre au travail une rédaction de 300 personnes y compris à l’étranger qui constitue la première du Maroc, en termes de nombre de journalistes.

L’arrivée de la pandémie a d’ailleurs été l’occasion pour nous de « reformuler » notre réseau mondial qui compte 12 pôles et 80 correspondants à l’étranger.

- Sur un plan stratégique, vous avez reformaté le modèle économique; mais vous avez aussi investi dans la presse print alors que vous savez mieux que personne que ce n'est pas forcément le support du futur...

- Selon moi, les meilleures opportunités d’investissement se font en temps de crise à savoir dans une période où les cartes sont en train d’être rebattues.

Les publications print de la MAP s’inscrivent dans une volonté naturelle de retrouver le kiosque à un moment où le secteur dans sa globalité est à la recherche d’un nouveau souffle et un nouveau modèle économique.

Le fait d’y croire est donc un message très important car nous voulons que la voix du service public puisse s’exprimer partout, sur toutes les périodicités et dans tous les formats numériques ou print.

Sachant que c’est notre axiome principal et que nous avons une mission importante en termes de diffusion d’informations, il n’est pas normal que nous ne nous exprimions pas dans ce sens. Nous croyons que la démarche qui est la nôtre, celle d’un service d’information consolidé, est le meilleur gage pour la réussite de la libération à venir du secteur notamment télévisuel.

C’est justement parce que la presse imprimée connaît une crise que nous pensons qu’il est opportun de participer à son maintien avec des tirages très raisonnables.

- C’est-à-dire ?

- Entre 5.000 et 10.000 exemplaires pour préserver des tirages testimoniaux permettant de témoigner. 

Ce retour du service public dans les kiosques nous a semblé stratégiquement important parce que l’ensemble du secteur ne pouvait plus faire face aux contraintes des mutations numériques. Il fallait sauver l’essentiel…  

Comme nous avons la possibilité d’être présent dans les kiosques, nous avons fait en sorte que la voix du service public, y compris dans ces périodicités et ces différents formats soit présente. Personne ne peut s’accommoder du silence.  

- Contre vents et marées, la MAP fait en quelque sorte du mécénat ?

- Absolument pas, nous ne faisons que notre devoir de service public et je vais vous donner un exemple.

L’agence fait de l’information institutionnelle alors que la plupart de la presse considère à tort que cette information n’est pas vendeuse et n’attire pas les lecteurs dans le cadre de son modèle économique.

Face à ce constat, doit-on faire l’impasse sur le traitement de ce type d’information ou au contraire créer un support qui puisse donner une chance de débattre, par exemple, de la loi de finances qui est le moment le plus important de la nation sur le plan économique et fiscal.

Si nous ne le faisons pas, cette information va disparaître et notre mission ne nous permet pas d’assister sans réagir à cette disparition car il serait dommage que des moments comme ceux-là ne soit pas « imprimés » ou traités.

Tout cela pour dire que le retour du service public dans cette périodicité nous a semblé primordial et stratégiquement très important pour notre pays.

- Vous ne croyez donc pas à la disparition de la presse papier ?

- Je ne le pense pas, du moins pas totalement. D’ailleurs, la préfiguration de ce qui va advenir est déjà là, à savoir, outre le numérique avec ses abonnés payants, des tirages « analogiques » testimoniaux qui resteront toujours à la disposition d’une certaine clientèle particulière.

- Comme la bibliothèque nationale ?

- Pas du tout car il y aura toujours un segment de personnes, pas uniquement âgées qui vont continuer à lire des livres en format papier et à acheter des journaux en kiosque.

Le message des versions arabe et française de notre quotidien est de souligner qu’il y a toujours de l’avenir dans le print, en intéressant les lecteurs avec des informations utiles et sérieuses de secteur public

D’un autre côté, l’offre numérique doit sortir de la domination du lecteur digital amateur de gratuité et de clic pour passer à une culture de l’abonné qui doit payer pour une information recoupée et de qualité.

Au final, je pense que personne ne va disparaître car quoi qu’il arrive le journalisme restera.

- Avez-vous vocation à concurrencer la presse mal en point sur le terrain des recettes publicitaires ?

- Les statuts de la MAP permettent d’avoir accès comme tout le monde au marché publicitaire.

- Cela ne vous empêche pas de grignoter des parts, alors que vous êtes financés par l’Etat ?

- Contrairement à ce que disent certains qui font preuve de paresse intellectuelle, quand de nouveaux acteurs entrent dans un marché publicitaire, ils élargissent ce marché et il y en a pour tout le monde

En effet, cela fait 30 ans que l’on accuse les nouveaux entrants d’appauvrir ce secteur alors que notre marché n’a pas arrêté de croître.

Les panneaux n’ont pas tué la presse. Comme la télé n’a pas tué les radios. Les radios n’ont pas tué les journaux. Le marché s’adapte et se reconfigure. Maintenant le vrai problème est que la faible valeur de la publicité digitale ne permet pas de faire vivre des médias professionnels. Il faut que le lecteur-abonné payant entre en scène dans ce modèle pour le rendre viable et pérenne.

- Depuis quand récoltez-vous des recettes publicitaires ?

- Bien avant mon arrivée à la tête de la MAP, dont les statuts relatifs aux recettes sont très explicites.

Sachant qu’on on ne prend pas de la poche des autres pour mettre dans la nôtre et qu’on élargit ce marché, nos confrères devraient prendre notre présence comme un message d’optimisme pour l’avenir

- J’ai du mal à comprendre comment la MAP élargit le marché de la publicité ?

- C’est très simple, plus il y a d’acteurs entrants plus le gâteau publicitaire s’agrandit. Encore une fois, il ne rétrécit pas car l’histoire des médias a prouvé que cette lecture était complètement fausse.

Ainsi quand il y a une quinzaine d’années, les ondes radiophoniques avaient été libérées mais qu’on avait refusé cette même libéralisation à la télévision, sous prétexte d’un marché publicitaire insuffisant, c’était une erreur car on a juste retardé politiquement un événement inéluctable.

Aujourd’hui, si le nombre des télévisions était plus important, il y aurait moins de problèmes et la publicité n’aurait pas manqué, comme partout ailleurs où elle se développe avec les nouveaux arrivants.

Sachant que le nombre d’entreprises recourant à la publicité pour leur communication est encore très limité, ce marché a donc son avenir devant lui et pas derrière, comme certains veulent nous le faire croire.

En effet, le jour où les PME feront toutes appel à des spots ou des encarts publicitaires, il y aura de quoi faire vivre un nombre bien plus important qu’aujourd’hui de médias.

- Pourtant, la bataille reste toujours aussi féroce pour décrocher des budgets publicitaires …

- Oui, car d’une part on n’a pas encore développé le marché de la publicité, et d’autre part, parce que l’offre médiatique devrait davantage correspondre aux besoins du marché en termes de prix, de format, de concepts…

- Passons à votre grand projet de nouvelle télévision, quel est son audimat ?

- Il est trop tôt pour le mesurer car pour l’instant nous sommes sur le net et pas encore sur la TNT.

Comme elle n’a pas encore été lancée officiellement et que nos plateaux ne sont pas encore achevés, nous sommes toujours sur un format expérimental.

- Quelle est la date de son démarrage ?

- Dans deux ou trois mois, cette télévision d’information en continu sera officiellement démarrée ; mais pour l’instant nous expérimentons un format « Euronews » qui nous permet de rôder les équipes

- Quel sera le modèle adopté, BFM TV ?

- Notre chaîne sera beaucoup moins agressive avec ce qu’on appelle la « slow-news » qui essaye de débattre, d’expliquer, de convaincre pour donner aux acteurs de la vie économique, politique et sociale le temps d’expliquer aux téléspectateurs ce qu’ils font.

- Cela sera donc la 1ère chaîne marocaine d’informations continues ?

- Oui car nous venons avec un produit en arabe qui n’existe pas. Les Marocains écoutent 45 minutes d’informations par jour, selon une étude.

Sachant que cette étude a montré que 20 minutes sont écoutées sur nos médias et 25 minutes sur des supports étrangers, nous voulons récupérer 10 à 15 mn sur les 25 des médias étrangers. C’est un projet de rapatriement d’audience en vue de consolider la souveraineté nationale en matière d’information. Laquelle souveraineté est aujourd’hui « attaquée » de toutes parts.

- Pourquoi ne pas investir les réseaux sociaux?

- Le problème de la MAP aujourd’hui est que son image réelle est différente de celle qu’ont les gens de notre agence, les clichés ont la vie dure et il faudrait donc que nos détracteurs se remettent en cause.

En d’autres termes, elle n’est donc pas du tout absente des réseaux sociaux comme Facebook, Instagram, Twitter.

- Avec des mises à jour quotidiennes ?

- Toutes les heures avec une équipe très motivée d’une dizaine de jeunes qui travaillent au siège.

Tout cela pour dire que nous sommes très présents sur les réseaux sociaux même s’il est plus facile pour certains de dire que la MAP est l’agence de « papa », alors qu’elle s’inscrit pleinement aujourd’hui dans la modernité.

D’ailleurs au terme de notre transition digitale, tous les vecteurs avec lesquels nous toucherons nos abonnés et nos clients seront numériques y compris sur les réseaux sociaux.

- Pourquoi cette image tenace d’une MAP qui se contente de balancer des dépêches alors que d’autres comme l’AFP envoient des correspondants pour des papiers critiques d’analyse ?

- Si on devait juger le travail des correspondants de l’agence officielle française, financée significativement par l’Etat français, l’AFP en Afrique, où malheureusement l’esprit « Françafrique » continue encore à souffler, on se rendrait compte très vite qu’ils ont des postures éditoriales inappropriées, voire surfaites.

En effet, ils sont toujours contre le régime en place et bien évidemment aux côtés de l’opposition qui peut parfois changer, avec un discours intrusif moralisateur et donneur de leçons en matière de droits de l’homme ou de liberté d’expression.

Au Maroc, cette agence se comporte le plus souvent de la même manière — où elle choisit les pétitions à soutenir et celles à enterrer —  alors qu’en Algérie, elle s’abstient car ses correspondants ont moins la possibilité de le faire ou plus simplement on ne les laisse pas faire.

Leur démarche est à géométrie variable car en Amérique latine, ils sont beaucoup plus dans le commerce, le business … mais au final, c’est une tradition chez l’AFP

- Vous n’y allez pas de main morte...

-Je le dis comme je le sens, en tant que professionnel, car ils sont clairement dans une posture de donneurs de leçon qui tranche avec la déontologie du métier.

Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à s’intéresser à leur politique de recrutement à Rabat. Il est significatif que cela fait des années que l’AFP ne recrute que des journalistes opposants au pouvoir. C’est étonnant non ?

Du côté de la MAP, l’image selon laquelle nous sommes absents des débats est entièrement fausse. Nous faisons vivre le débat.

Nous proposons de nombreux papiers d’analyse, mais il est vrai que nous ne diffuserons pas systématiquement tous les communiqués des organisations nihilistes.

- Pourquoi ?

- Parce que si c’est une question, par exemple, stricto sensu des droits de l’homme, nous les diffuserons bien évidemment ; mais si c’est une démarche institutionnelle de ces organisations qui ne s’inscrivent pas dans le cadre de la constitution marocaine, pourquoi voulez-vous qu’un service public d’information les diffuse ?

Côté production, en couvrant toute l’activité institutionnelle d’une journée, la MAP n’arrive pas à dépasser 7% de dépêches.

Il est quand même bizarre que les personnes qui nous donnent des leçons et nous font des procès d’intention ne voient que ces 7%, à savoir les communiqués des autorités ou des activités officielles. C’est une obsession.

Mieux que cela, les gens qui sont les plus sévères à notre égard sont les mêmes que ceux qui nous disent qu’ils ne peuvent pas vivre sans notre fil d’actualités pour élaborer leur journal.

- Que répondez-vous à ceux qui qualifient la MAP d’être la voix de son maître ?

- Je ne comprends pas que l’on puisse demander à une agence de presse financée par les pouvoirs publics et qui travaille dans un cadre légal précis de ne pas être la voix de son maître comme vous dites. La MAP porte la voix de la Nation dans toute sa diversité.

- Cela a au moins le mérite d’être clair…

- Qu’est-ce qu’elle peut être, une voix extraconstitutionnelle, extra-légale ou extra-gouvernementale ?

Pourquoi veulent-ils qu’une agence publique chargée de couvrir les informations institutionnelles devienne « nihiliste » alors qu’elle respecte le pluralisme et la différence des uns et des autres ?

En fait, ils veulent que nous sortions du cadre de la Constitution ou de notre mission légale alors que tous les partis politiques, les ONG sérieuses et les syndicats … sont présents dans le fil de la MAP. 

Ce n’est pas sérieux car nous n’avons pas vocation à devenir une annexe de milieux radicalisés ou nihilistes mais de faire vivre une agence de presse multi-formats, 360 degrés ouverte sur le pluralisme et la diversité dans le cadre d’un Etat de droit constitutionnel qui donne la parole à tout le monde

- Qu’en est-il de votre situation financière, serez-vous bientôt indépendants par rapport à l’Etat ?

- Pas encore car il faut d’abord qu’un certain nombre de produits récemment lancés se stabilisent dans le cadre d’un marché post-Covid.

- Justement, qu’est-ce qui a changé avec la pandémie ?

- Une prise de conscience généralisée de la fragilité de notre système.

En effet, toutes nos réalisations peuvent du jour au lendemain être complètement remises en question.

-  Avec par exemple un plan social à la clé comme dans certains journaux ?

- Je ne pense pas, car compte tenu de la nature stratégique de notre entreprise, nous nous sommes adaptés à la conjoncture actuelle.

- Quid de l’avenir ?

- Nous devons encore développer davantage les nouveaux formats qui sont toujours en période de lancement.

- Quand serez-vous fixés sur leur rentabilité ?

- Il faut d’abord les lancer. Il faudra 2 à 3 ans pour mesurer l’impact réel de la télévision et de la radio d’information en continu, ainsi que celui de notre présence dans les kiosques.  

- D’ici-là, comment sera financé le fonctionnement de la télévision et de la radio ?

- Etre adossé à une agence de presse qui dispose d’un grand siège et d’un réseau mondial d’une centaine de personnes est un atout considérable en termes d’économies et d’optimisation.

En effet, il n’y aura pas de frais supplémentaires car nous avons créé ex nihilo un média en optimisant les moyens dont dispose déjà l’agence ; ce qui a permis de réduire fortement les charges.

- En dehors des moyens de la MAP, ces médias seront financés par la publicité ?

- Au moment venu, nous espérons récupérer un chiffre d’affaires publicitaire pour équilibrer nos comptes et soulager l’agence des nouvelles charges occasionnées par ces deux médias.

- Quel est votre objectif en termes de recettes publicitaires ?

- A mon arrivée, la MAP réalisait 17 millions de dirhams de chiffre d’affaires contre 45 aujourd’hui mais à terme, nous tablons sur 100 millions DH de revenus auxquels contribueront tous les services que nous proposons (dépêches, photos, publicité…).

- Ventilés de quelle manière et à quel horizon ?

- 8 à 10 millions de recettes pour la radio RIM, 25 à 30 MDH pour la dépêche, 5 à 6 MDH pour la photo, autour de 15 pour la télévision, etc.

Sachant que nous ne sommes pas dans le fameux milliard de dirhams, c’est un objectif très modeste qui peut être atteint en 2022 ou 2023.

- Si vous n’aviez pas engagé toutes les réformes, que serait devenue la MAP ?

- Elle serait morte ou au minimum agonisante.

- Et contrainte de faire la manche auprès de l’Etat ?

- Votre image est désobligeante. Nous serions surtout dans une activité obsolète complètement dépassée par les événements et absente du paysage médiatique marocain ; car toutes les agences de presse qui ne se sont pas diversifiées vont disparaître un jour ou l’autre.

Quelqu’un m’a dit un jour que j’avais changé le modèle économique de la MAP qui était neutre à mon arrivée. En effet, elle se contentait de toucher de l’argent public et si elle n’arrivait pas à vendre suffisamment de dépêches, l’agence pouvait toujours compter sur une aide de l’Etat. Nous avons changé cet état d’esprit.

- Vous ne voulez donc plus compter uniquement sur les 200 MDH de subventions annuelles ?

- En effet, nous sommes dans les clous pour passer d’un contrôle a priori de l’Etat à un contrôle a posteriori avec une mise à niveau actée pour gagner en autonomie financière.

- Quelle image voulez-vous laisser après votre départ ?

- Celle d’un professionnel, qui aidé par une équipe formidable et compétente, a transformé une institution publique et surtout qui a fait son travail correctement en renforçant la présence qualitative et professionnelle de cet outil dans la vie médiatique marocaine.

Pour résumer, c’est un vrai pôle public multisupport d’information qui a été créé …

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