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ECONOMIE

Il ne faut pas espérer une forte baisse globale des taux d’intérêt (banquier)

Si la baisse du taux directeur sera répercutée immédiatement et avec la même ampleur sur les taux des crédits Relance, ce ne sera pas le cas pour les crédits conventionnels aux entreprises et aux ménages, prévient un DG de banque.

Il ne faut pas espérer une forte baisse globale des taux d’intérêt (banquier)
S.N.
Le 18 juin 2020 à 18h46 | Modifié 11 avril 2021 à 2h46

Bank Al-Maghrib a réduit son taux directeur de 50 points de base, ce mardi 16 juin, le ramenant à 1,5%. Il faut remonter à 2003 pour voir une baisse aussi forte du coût de l’argent. Cet abaissement a été précédé d’un autre d’une ampleur traditionnelle : 0,25 points de base en mars dernier.

En tout, le taux directeur a donc été abaissé de trois quarts de point en 3 mois pour soutenir la relance économique. Les attentes des différentes catégories d’emprunteurs sont fortes.

Sauf qu’il ne faut pas trop espérer de cette décision de politique monétaire en matière de coût des emprunts, prévient le DG d’une banque qui tient à garder l’anonymat. Du moins pas dans l’immédiat.

Les crédits Relance indexés sur le taux directeur, pas les autres

Certes, pour certaines catégories d’emprunteurs, l’impact de la baisse du taux directeur sera significatif sur le coût du financement.

Il s’agit en premier de toutes les entreprises qui vont contracter les crédits Relance garantis par l’Etat et dont le taux d’intérêt a été fixé par le CVE. Ce taux est équivalent au taux directeur, majoré de 200 points de base. Alors qu’il était de 4% avant mardi 16 juin, ce taux passe automatiquement à 3,5% compte tenu de l’indexation sur le taux directeur.

Il s’agit aussi de l’Etat pour ses emprunts sur le marché domestique. Le taux directeur étant la base de la courbe des taux obligataires, sa baisse tirera automatiquement cette dernière vers le bas, avec toutefois une ampleur différente en fonction des maturités des bons du Trésor et un certain décalage dans le temps.

Mais pour tous ceux (ménages et entreprises) qui solliciteront les banques pour les crédits conventionnels (consommation, habitat, fonctionnement et investissement), la baisse du coût des financements ne sera pas immédiate et de la même ampleur que celle du taux directeur.

Les avances de BAM ne représentent qu'une petite partie des ressources bancaires

Et pour cause. Le DG de la banque contacté par Médias24 explique que les avances de Bank Al-Maghrib accordées aux banques pour financer leur déficit de trésorerie, et qui sont facturées au taux directeur, ne constituent qu’une toute petite partie des ressources des banques (entre 5 à 10% de l’ensemble des ressources des banques, selon notre source). Une baisse du coût de ces avances n’induit donc qu’une petite baisse du coût global des ressources bancaires.

Et il ne s’agit que de financements à court terme, indique notre source : « les refinancements au taux directeur se font à 7 jours. Ils sont renouvelables bien sûr, mais ça reste des ressources qu’on mobilise sur le court terme. On ne peut donc pas s’engager par exemple sur des crédits immobiliers à très long terme sur la base du taux directeur ».

En 2018 (dernières données agrégées disponibles), les ressources des banques émanant des autres établissements de crédit ne représentaient que 10% de leur passif, et ce, malgré l’augmentation du recours aux avances de BAM. De plus, ces dernières représentaient moins de 60% des ressources contractées auprès des autres établissements de crédit.

En fait, l’essentiel des ressources des banques (70%) est constitué des dépôts de la clientèle. Certes, 60% de ces dépôts sont à vue, donc gratuits. Mais les 40% restants ont un coût. Les dépôts à terme coûtaient entre 2,6% et 3% en moyenne en avril, en fonction de la durée de placement. Et les comptes sur carnet coûtent 1,8% au premier semestre.

 En 2018, le coût moyen des dépôts s’élevait à près de 1%.

 A ces deux types de ressources s’ajoutent les financements des banques auprès du marché (dettes obligataires, certificats de dépôts…) qui représentent 8% et qui ont un coût supérieur au taux directeur ; ainsi que les capitaux propres (10%) dont le coût est encore plus élevé, les actionnaires exigeant généralement un ROE à deux chiffres.

Il faut attendre que le coût de toutes les catégories de ressources baisse

Il faut donc que le coût de toutes ces catégories de ressources baisse pour espérer obtenir un recul significatif des taux des crédits. En 2018, le coût moyen des ressources s’élevait à 1,37%, en légère baisse depuis 2017.

 Certes, la baisse du taux directeur tirera également vers le bas les taux créditeurs des dépôts rémunérés, ceux des obligations et certificats de dépôts… Mais il faudra attendre un certain temps, et la baisse ne sera pas de la même ampleur.

« Cette question dépend aussi de la concurrence entre banques, de la structure des ressources de chacune d’entre elles, des objectifs commerciaux... Il y en a qui vont consentir des baisses plus importantes que d’autres sur les prochains mois, mais ce qui est sûr c’est que ces baisses ne calqueront pas parfaitement la baisse du taux directeur, car c’est juste impossible »

Bank Al-Maghrib a souligné lors de son dernier conseil qu’elle veillera à la transmission par les banques des décisions de politique monétaire et que celles qui ne suivront pas seront pénalisées en termes de refinancement. Mais la structure et le coût des ressources sont ce qu’ils sont.

En attendant de voir comment les choses évolueront, rappelons que les taux des crédits à la consommation et à l’habitat ont augmenté au 1er trimestre 2020 par rapport à la même période en 2020, et ce, malgré l’abaissement du taux directeur de 0,25 point en mars. Les taux pour les TPME ont également augmenté. Preuve que la transmission de la politique monétaire à l’économie réelle n'a jamais été évidente…

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S.N.
Le 18 juin 2020 à 18h46

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