Evasion fiscale: voici la portée des deux conventions approuvées par le Roi
Les deux conventions multilatérales pour la lutte contre l’évasion fiscale ont été approuvées en conseil des ministres, mercredi 11 décembre. Après leur entrée en vigueur, elles permettront au Maroc de verrouiller ses conventions fiscales internationales et de mieux contrôler les pratiques d’évasion fiscale.
Le Conseil des ministres, réuni mercredi 11 décembre, a approuvé, entre autres, la convention multilatérale pour la mise en œuvre des mesures relatives aux conventions fiscales pour prévenir l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices (BEPS), et l'Accord multilatéral entre autorités compétentes portant sur l'échange des déclarations pays par pays, ainsi que les projets de loi pour leur ratification.
Ces textes, déjà adoptés en conseil de gouvernement, devront maintenant atterrir au Parlement. Une fois votés et publiés au Bulletin officiel, les instruments de ratification devront être déposés auprès de l’OCDE. C’est à ce moment là que la date d’entrée en vigueur des conventions sera connue.
Le Maroc a signé ces deux conventions le 25 juin 2019. Son adhésion répond à un double objectif :
- Lutter contre l’évasion fiscale à travers le renforcement des conventions fiscales bilatérales et du contrôle des pratiques d’évasion à travers l’échange de données.
- Sortir de la liste grise de l’UE sur les paradis fiscaux, l’adhésion aux deux conventions étant une des conditions posées au Maroc qui a pris l’engagement de s’y conformer avant fin 2019.
L'instrument multilatéral sur les conventions fiscales
En effet, la convention multilatérale pour la mise en œuvre des mesures relatives aux conventions fiscales pour prévenir l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices est un instrument qui permet aux gouvernements de colmater les brèches dans les règles internationales actuelles en transposant les mesures développées par l'OCDE et le G20 dans les conventions fiscales bilatérales.
Cet instrument multilatéral modifie l'application des conventions fiscales bilatérales conclues afin d'éliminer les situations de double imposition et sert de référence pour la conclusion de nouveaux accords de non-double imposition.
Il met également en œuvre les standards minimums afin de prévenir l'utilisation abusive des conventions fiscales et améliore le règlement des différends (à travers l’arbitrage), tout en garantissant un degré suffisant de souplesse pour prendre en compte les politiques fiscales spécifiques relatives aux conventions fiscales.
Selon l’OCDE, l’objectif est de se protéger contre les stratégies d´évasion fiscale, notamment des multinationales, qui utilisent de manière inappropriée les conventions fiscales pour transférer artificiellement les profits des entreprises dans des juridictions où ils seront peu ou pas imposés.
"Ces pratiques induisent un manque à gagner pour les recettes publiques qui représenterait, selon des hypothèses prudentes, 100 à 240 milliards USD par an, soit l’équivalent de 4 à 10 % des recettes issues de l’impôt sur les sociétés dans le monde".
Jusqu’au 26 novembre, 92 pays ou juridictions avaient signé la convention. Mais seulement 33 avaient déposé les instruments de ratification. L’entrée en vigueur a déjà eu lieu ou aura lieu bientôt pour ces pays.
Le Maroc dispose de conventions fiscales bilatérales avec 35 pays.
Pour rappel, le projet BEPS a été lancé en février 2013. L’instrument multilatéral a été adopté en novembre 2016 par plus de 100 juridictions et la première cérémonie de signature a eu lieu en juin 2017 (70 gouvernements).
L'échange de déclarations pays par pays
Pour sa part, l'Accord sur l'échange des déclarations pays par pays définit les règles sur la base desquelles les autorités compétentes vont échanger automatiquement les déclarations préparées par les entreprises et remises chaque année aux autorités fiscales du pays de résidence fiscale, avec les autorités fiscales de tous les autres pays dans lesquels l’entreprise exerce des activités.
La mise en œuvre de ces déclarations nécessite d'abord une législation pour rendre leur dépôt par les entreprises obligatoire. L’OCDE a préparé un modèle de législation duquel le Maroc s’est inspiré pour préparer son projet de loi.
Il y a ensuite les accords bilatéraux qui doivent être conclus avec les pays pour faciliter l’échange effectif des déclarations. Ces accords doivent se baser entre autres sur ceux relatifs à l'échange de renseignements fiscaux.
A l’occasion de la présentation de nouvelle amnistie des changes, le gouvernement avait assuré que l’échange automatique des données démarrera en 2021.
Lire aussi: Avoirs à l’étranger: les pays qui pourraient renseigner le Maroc dès 2021
À découvrir
à lire aussi
Article : SIEL : le Prince héritier Moulay El Hassan préside à Rabat l’ouverture de la 31e édition
Le Prince héritier Moulay El Hassan a présidé, le jeudi 30 avril 2026 à Rabat, l’ouverture de la 31e édition du Salon international de l’édition et du livre (SIEL), organisée du 1er au 10 mai sous le haut patronage du Roi Mohammed VI.
Article : Maroc-Chine : l’ambassadeur du Royaume à Pékin mise sur le zéro droit de douane pour stimuler les exportations
Dans un entretien à CGTN, Abdelkader El Ansari indique que des discussions techniques sont en cours pour appliquer la mesure chinoise prévue le 1er mai 2026 pour 53 pays africains.
Article : Cuivre : des résultats de forage prometteurs pour CMR sur le projet d’Agadir Melloul au Maroc
Le groupe britannique annonce des intercepts allant jusqu’à 5 mètres à 1,20% avec or et argent associés, et vise une première estimation de ressource dès le troisième trimestre 2026 sur un site encore très peu exploré.
Article : Gaz : Predator accélère ses projets au Maroc et prépare un pilote de production à Guercif
Le groupe britannique cible en priorité un réservoir estimé à près de 62 milliards de pieds cubes, avec des forages prévus en 2026 après des travaux techniques sur le puits MOU-3.
Article : TPME : le Maroc lance un plan 2026-2030 pour accélérer la croissance des petites entreprises
Porté par Maroc PME autour de quatre axes d’accompagnement, le dispositif doit faciliter l’accès des petites structures à des expertises en digitalisation et en management, avec l’appui de la CGEM et des régions.
Article : Paiements : UnionPay obtient le statut CFC et renforce son ancrage au Maroc
Déjà présente dans 51 pays africains, la filiale du réseau chinois entend faire de Casablanca sa base régionale pour accélérer le déploiement de services transfrontaliers auprès des entreprises et des particuliers.