Dépistage en entreprises : La prise en charge du coût est encore à l'étude
Une campagne de dépistage du covid-19 dans le secteur privé a été lancée le 3 juin, suscitant plusieurs interrogations notamment au sujet de l'obligation de tester les effectifs avant la reprise et du coût que supporteront les entreprises. Premiers éléments de réponses.
Jusqu’au 1er juin, 160.000 tests ont été effectués en milieu professionnel dont 115.000 ont concerné des personnes travaillant dans 2.810 unités commerciales et industrielles. Les tests ont été également réalisés chez les fonctionnaires et les détenus au niveau des prisons, chez les chauffeurs de taxis, les employés au niveau des marchés de gros de poissons et de fruits et légumes, des abattoirs et des stations-services.
Ont été ciblées jusque-là des entreprises ou entités dont l'activité se poursuivait même en période de confinement. Comme nous l'avions annoncé précédemment, cette opération sera élargie et menée à grande échelle pour accompagner la reprise économique et le futur déconfinement.
Une large campagne pour le secteur privé
C'est ainsi que le 2 juin dernier, un courrier envoyé par la présidence de la CGEM à ses membres annonçait le lancement d'une campagne massif de dépistage. Ce courrier insistait sur un ensemble de points relatifs à cette campagne :
- La CGEM a été chargée, sur instructions royales, de coordonner, en partenariat avec le ministère de la Santé et le ministère de l’Intérieur, une très large campagne de dépistage du COVID-19.
- Toute reprise ou poursuite d’activité est désormais conditionnée à la participation à cette campagne de dépistage massif.
- Le tarif des tests sera au prix coûtant pour les entreprises.
- La démarche est de s'inscrire sur une plateforme en ligne et attendre d'être contacté par les autorités sanitaires.
Ce courrier a été suivi, le lendemain, par un communiqué conjoint du ministère de la Santé et de la CGEM, publié le 3 juin, annonçant officiellement le lancement d'une campagne de dépistage massif du Covid-19 dans le secteur privé dans la continuité de l'effort fait auparavant dans les milieux professionnels.
Le texte du communiqué n'évoque ni l'obligation de participation à cette campagne, ni son coût pour les entreprises, ni des explications pratiques et concrètes sur comment procéder pour participer à cette campagne de dépistage.
Des points qui, cinq jours après la publication du communiqué, restent flous. Ce flou risque de dissuader les entreprises à adhérer à cette initiative qui, pourtant, est essentielle pour réduire le risque d'une nouvelle vague épidémique suite à la reprise des activités économiques, qui s'opère progressivement depuis le 25 mai dernier.
On peut résumer les interrogations des entreprises comme suit :
- Le fait que toute reprise ou poursuite d’activité soit désormais conditionné à la participation à cette campagne de dépistage signifie-t-il que les entreprises doivent (re)fermer, le temps que leurs employés soient testés ? Celles qui n'ont pas encore démarré, doivent-elles temporiser le temps de faire les tests ?
- La campagne étant chapeautée par la CGEM, concerne-t-elle uniquement ses membres ?
- Connaissant la capacité de test des autorités sanitaires et le nombre élevé d’employés dans le secteur privé, combien de temps cette campagne va-t-elle durer ?
- Les tests se feront-ils juste à la reprise ou seront-ils périodiques ?
- Combien coûtera le dépistage aux entreprises ?
Aucune obligation à proprement dit
Médias24 a tenté de joindre les deux parties prenantes de cette campagne à savoir la CGEM et le ministère de la Santé. Ce dernier, principal concerné par le dossier et qui doit communiquer et expliquer, est resté injoignable.
Du côté de la CGEM nous avons pu obtenir des éléments de réponse à la majorité des questions qui relèvent de ses prérogatives.
Ainsi, le patronat tient à préciser que sur la question de la conditionnalité de la reprise par le dépistage, "les activités peuvent être poursuivies ou reprises avant le dépistage du personnel. La seule condition est d’entamer le processus, c’est-à-dire demander le dépistage, notamment en s’inscrivant sur le portail dédié", nous explique-t-on.
En d'autres termes, les entreprises qui ont repris ou envisagent de reprendre peuvent poursuivre leur planning tels qu'elles l'ont envisagé. En parallèle, elles doivent dans les plus brefs délais s'inscrire sur le portail du dépistage massif en entreprise et renseigner l'ensemble des informations demandées dans le formulaire. Une fois cela fait, le responsable de l'entreprise est contacté par les équipes du ministère de la Santé qui prennent le relais.
Selon l'entreprise, son secteur d'activité, la taille de son effectif, le dépistage peut concerner l'ensemble du personnel ou un échantillon fixé par les autorités sanitaires.
Dans cette opération, la CGEM joue un rôle "de coordination, mobilisation et sensibilisation" des entreprises du secteur privé.
Cela justement interpelle les entreprises non membres de la CGEM. Sont-elles concernées ? "Même si elle est coordonnée par la CGEM, la campagne de dépistage concerne toutes les entreprises du secteur privé, qu’elles soient membres ou non" de la confédération.
Selon nos informations, à ce jour, plus de 270.000 salariés ont été déclarés dans la plateforme par leurs employeurs. 14.000 tests ont été effectués qui ont abouti à seulement 3 cas confirmés, tous asymptomatiques.
Si une entreprise détecte un cas positif parmi ses effectifs devra-t-elle fermer ? La réponse est "cela dépend des cas". Il n'y a pas de fermeture systématique.
Si cette entreprise observe les consignes de sécurité sanitaire et remplit les conditions exigées par les autorités et que le nombre de cas détectés est faible, "elle continuera à exercer. Elle ne subira aucune fermeture", nous explique une source sûre.
A contrario, si le nombre de cas détectés est élevé, en raison du non-respect des mesures de sécurité, il est évident que la fermeture s'impose.
Le coût supporté par l'entreprise à l'étude
En ce qui concerne la question du coût qui suscite le plus de commentaires dans le milieu des affaires, elle n'est pas encore tranchée.
Selon les explications qui nous ont été avancées, "la question de la prise en charge ou du coût du dépistage est toujours à l'étude entre les parties prenantes".
Quoi qu'il en soit, "la prise en charge de ces tests va se faire dans la continuité de l'élan de solidarité observé depuis le début de cette pandémie".
Mais valeur aujourd'hui, aucun paiement n'est exigé des entreprises dont les effectifs se sont fait ou se font tester actuellement. Si un coût est fixé par la suite, le système a été pensé pour que l'entreprise ne paie pas directement les autorités sanitaires. Le paiement se fera via un compte bancaire mis en place par la CGEM. C'est le compte dont il est fait référence dans le courrier de la présidence de la CGEM à ses membres.
La CGEM insiste sur l’importance d’adhérer à cette campagne de dépistage. Le redémarrage de la majorité des activités économiques fait en effet courir un grand risque de reprise des contaminations alors que la situation épidémiologique est sur la voie d’être maîtrisée. "Il ne faut pas qu’on gâche les efforts menés jusqu’ici".
PCR en pooling et échantillonnage pour augmenter la capacité de tests et réduire le coût
Sur la question de l'insuffisance des capacités de tests disponibles par rapport au nombre élevé d’employés dans le secteur privé, des pistes sont à l'étude. Une source bien informée nous a expliqué que "les autorités suggèrent de procéder aux tests par échantillonnage", ce qui concorde avec les réponses de la CGEM.
"Il est proposé de tester en priorité les personnes qui se déplacent le plus et de fragmenter les employés en sous-groupes homogènes et de préférence étanches entre eux. Et d’échantillonner par sondage ces sous-groupes. La taille de l’échantillon est décidée en fonction d’un questionnaire".
De plus, "il est proposé des tests PCR en pooling", nous confie-t-on. Le test en pooling, c'est le fait de regrouper les prélèvements de plusieurs individus (ici travaillant dans une même entreprise, service, ou département,...) et de les tester ensemble dans un seul tube. Si le résultat du pool est négatif ça veut dire que tous les individus testés le sont. Ainsi en un seul test on peut écarter les personnes non contaminées. Au contraire si le résultat du pool est positif, les prélèvements doivent ensuite être testés individuellement.
Dans un contexte où le taux de reproduction du virus est faible comme c'est le cas actuellement au Maroc, les tests en pool permettent d'augmenter considérablement la capacité de test.
Par ailleurs, cette technique si elle est adoptée pour le dépistage en entreprises, combinée à l'échantillonnage, permettra de réduire les coûts pour l'entreprise au cas où celle-ci doit prendre en charge le coût des tests pour ses employés.
Enfin, en ce qui concerne la périodicité des tests, ce sont les autorités sanitaires, restées injoignables, qui doivent préciser si le dépistage devra se faire une seule ou plusieurs fois.
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