Quatre questions (pour le moment) sans réponse à Khalid Ait Taleb

La décision de prolonger le confinement sanitaire a suscité de nombreuses interrogations. Maintenant que le gouvernement l'a annoncée au Parlement sans débat préalable, il doit assumer seul la suite des événements et il doit répondre aux interrogations et interpellations de l'opinion publique.

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 Confinement: 4 questions (pour le moment) sans réponse à Khalid Ait Taleb (Photo Médias24)

Le 19 mai 2020 à 20:40

Modifié le 20 mai 2020 à 08:33

Nos questions s'adressent à tout le gouvernement mais surtout au ministre de la Santé publique.

1. D'où vient le taux de reproduction officiel ?

Le Chef du gouvernement a expliqué que la seule raison qui a imposé la prolongation du confinement est la valeur trop élevée du taux de reproduction du virus.

Elotmani a en effet expliqué quels sont les prérequis pour sortir du confinement:

- Le taux de reproduction doit être inférieur à 1 pendant deux semaines, avec une stabilité pendant deux mois. De préférence, qu'il soit inférieur à 0,7. Aujourd'hui, le taux national est de 0,9.

- Le taux de létalité doit être inférieur à 3%. Ce matin [ndlr: lundi 18 mai], il était inférieur à 2,8%.

- Le taux de cas graves ou critiques doit être inférieur à 10%. Actuellement, il est de 1% au Maroc.

- Le taux d'utilisation des moyens de réanimation doit être inférieur à 30%. En réalité, il est de 4% au Maroc.

Le taux de reproduction du virus est donc la seule raison qui a conduit à la prolongation de l'état d'urgence. Elotmani le reconnaît d'ailleurs :"Tous les indicateurs sont bons, sauf le taux de reproduction".

D'où vient ce taux qui joue un rôle aussi central dans la vie des Marocains ? S'agit-il d'une science exacte ? d'un chiffre absolu calculé par des experts ? Qui sont ces experts qui le calculent ?

Pourquoi le gouvernement ne publie-t-il pas quotidiennement le taux de reproduction sur lequel il se base ? Quelle est la méthode de calcul ?  Que dire des autres taux de reproduction qui sont publiés ailleurs (par exemple ici) ?

La bande d'incertitude est indispensable pour étudier la situation marocaine: sa largeur est inversement proportionnelle au nombre de cas. Selon le ministère marocain de la Santé, ce taux était de 0,9 lundi. Quel que soit le mode de calcul, les taux marocains sont biaisés par le faible nombre de cas quotidiens et le faible nombre de tests (malgré leur hausse récente). Le calcul est en effet basé sur les cas détectés. Dans quelle mesure reflètent-ils le nombre de cas réels ? Impossible de le savoir, sauf si le ministère veut bien sortir de son silence.

Il se peut que le ministère de la Santé ait raison. Mais il doit expliquer et s'en expliquer.

2. Les clusters, sources de tous les maux ?

La communication officielle donne l'impression que les Marocains sont tranquillement confinés chez eux; mais de temps en temps, un méchant cluster surgit.

Lorsqu'un foyer infectieux apparaît dans une usine ou n'importe quelle collectivité fermée, à l'instar d'une prison, il ne s'agit pas de génération spontanée. Le virus vient de l'extérieur. Quelqu'un le ramène. Le virus circule à l'extérieur et parfois, trop souvent, porté par des individus asymptomatiques.

Nous l'avons constaté par des témoignages. Le chef d'une entreprise industrielle fermée pour cause de confinement, veut rouvrir. Il rappelle plusieurs dizaines ou quelques centaines d'ouvriers. Ils sont testés. 10 ou 30 sont positifs, sans toutefois présenter les symptômes.

S'agit-il d'un cluster ou pas ? Oui et non. Mais ce qu'il faut retenir ici, c'est le nombre de cas asymptomatiques qui sont parmi nous. Le meilleur moyen ou le seul, de les identifier, n'est-il pas de mener des tests de dépistage massifs ?

3. Le grand mystère des tests

Le public a pu obtenir des éclairages et des informations au sujet des tests. Les plus récentes infos annoncent l'ouverture de nouveaux laboratoires ainsi qu'une capacité de 10.000 tests par jour avant la fin du mois de mai.

Il y a deux sortes d'objectifs de tests, grosso modo : les tests de diagnostic (un médecin veut diagnostiquer un malade qui présente des symptômes évocateurs) et des tests de dépistage (rechercher dans des échantillons d'individus). Différentes études, très intéressantes, montrent la possibilité de réaliser des tests groupés, avec pour objectif de dépister plus, avec moins de kits (ici et ici).

Nous savons que le Maroc a opté pour les technique PCR pour les tests de diagnostic, et c'est louable car ce sont les tests les plus efficaces.

Mais pour le dépistage, ne peut-on pas utiliser des tests rapides sérologiques, qui détectent les éventuels antigènes et anticorps ?

Le week-end dernier dans le cadre d'un webinar grand public, un responsable du ministère de la Santé a répondu à une question sur le dépistage, de la manière suivante: "Et cet individu que nous avons testé négatif, vous êtes sûr qu'il restera négatif le lendemain ?" Réponse étonnante de la part d'un épidémiologiste car il ne s'agit pas d'un test de diagnostic mais de dépistage. Ce qui signifie que l'objectif est de trouver les cas positifs, de les traiter et les isoler du reste de la population.

Question subsidiaire: si le Maroc avait réalisé beaucoup plus de tests depuis le 2 mars, aurions-nous été obligés de prolonger le confinement de trois nouvelles semaines ?

4. Le grand mystère des données

Le ministère ne publie plus que 4 chiffres, deux fois par jour: le nombre de cas cumulés, le nombre de guérisons, le nombre de décès et le nombre de cas exclus par des tests négatifs.

Quant à la répartition régionale, elle n'est publiée que sous forme de pourcentages, à charge pour ceux qui le souhaitent de reconstituer les valeurs absolues.

Les directions régionales de la Santé publique ne publient pas toutes, chaque jour, leurs données détaillées. Les moins régulières sont celle de Casablanca-Settat puis celle de Rabat-Salé-Kénitra.

Mais les données, ce n'est pas uniquement les 4 nombres cités ci-dessus.

Pourquoi ne pas publier ce fameux taux de reproduction si décisif dans la prise de décision ?

Et le nombre de lits de réanimation ? Le nombre de personnes en soins intensifs et en réa ? Le nombre de malades non-Covid traités par les établissements de la Santé depuis le confinement par rapport à la période précédente ?

Bref, les interrogations sont nombreuses, en voici un petit florilège. En attendant d'en publier d'autres. Si jamais nous recevons des réponses, nous les publierons également. Promis.

(Photo Médias24)

Quatre questions (pour le moment) sans réponse à Khalid Ait Taleb

Le 19 mai 2020 à20:36

Modifié le 20 mai 2020 à 08:33

La décision de prolonger le confinement sanitaire a suscité de nombreuses interrogations. Maintenant que le gouvernement l'a annoncée au Parlement sans débat préalable, il doit assumer seul la suite des événements et il doit répondre aux interrogations et interpellations de l'opinion publique.

Nos questions s'adressent à tout le gouvernement mais surtout au ministre de la Santé publique.

1. D'où vient le taux de reproduction officiel ?

Le Chef du gouvernement a expliqué que la seule raison qui a imposé la prolongation du confinement est la valeur trop élevée du taux de reproduction du virus.

Elotmani a en effet expliqué quels sont les prérequis pour sortir du confinement:

- Le taux de reproduction doit être inférieur à 1 pendant deux semaines, avec une stabilité pendant deux mois. De préférence, qu'il soit inférieur à 0,7. Aujourd'hui, le taux national est de 0,9.

- Le taux de létalité doit être inférieur à 3%. Ce matin [ndlr: lundi 18 mai], il était inférieur à 2,8%.

- Le taux de cas graves ou critiques doit être inférieur à 10%. Actuellement, il est de 1% au Maroc.

- Le taux d'utilisation des moyens de réanimation doit être inférieur à 30%. En réalité, il est de 4% au Maroc.

Le taux de reproduction du virus est donc la seule raison qui a conduit à la prolongation de l'état d'urgence. Elotmani le reconnaît d'ailleurs :"Tous les indicateurs sont bons, sauf le taux de reproduction".

D'où vient ce taux qui joue un rôle aussi central dans la vie des Marocains ? S'agit-il d'une science exacte ? d'un chiffre absolu calculé par des experts ? Qui sont ces experts qui le calculent ?

Pourquoi le gouvernement ne publie-t-il pas quotidiennement le taux de reproduction sur lequel il se base ? Quelle est la méthode de calcul ?  Que dire des autres taux de reproduction qui sont publiés ailleurs (par exemple ici) ?

La bande d'incertitude est indispensable pour étudier la situation marocaine: sa largeur est inversement proportionnelle au nombre de cas. Selon le ministère marocain de la Santé, ce taux était de 0,9 lundi. Quel que soit le mode de calcul, les taux marocains sont biaisés par le faible nombre de cas quotidiens et le faible nombre de tests (malgré leur hausse récente). Le calcul est en effet basé sur les cas détectés. Dans quelle mesure reflètent-ils le nombre de cas réels ? Impossible de le savoir, sauf si le ministère veut bien sortir de son silence.

Il se peut que le ministère de la Santé ait raison. Mais il doit expliquer et s'en expliquer.

2. Les clusters, sources de tous les maux ?

La communication officielle donne l'impression que les Marocains sont tranquillement confinés chez eux; mais de temps en temps, un méchant cluster surgit.

Lorsqu'un foyer infectieux apparaît dans une usine ou n'importe quelle collectivité fermée, à l'instar d'une prison, il ne s'agit pas de génération spontanée. Le virus vient de l'extérieur. Quelqu'un le ramène. Le virus circule à l'extérieur et parfois, trop souvent, porté par des individus asymptomatiques.

Nous l'avons constaté par des témoignages. Le chef d'une entreprise industrielle fermée pour cause de confinement, veut rouvrir. Il rappelle plusieurs dizaines ou quelques centaines d'ouvriers. Ils sont testés. 10 ou 30 sont positifs, sans toutefois présenter les symptômes.

S'agit-il d'un cluster ou pas ? Oui et non. Mais ce qu'il faut retenir ici, c'est le nombre de cas asymptomatiques qui sont parmi nous. Le meilleur moyen ou le seul, de les identifier, n'est-il pas de mener des tests de dépistage massifs ?

3. Le grand mystère des tests

Le public a pu obtenir des éclairages et des informations au sujet des tests. Les plus récentes infos annoncent l'ouverture de nouveaux laboratoires ainsi qu'une capacité de 10.000 tests par jour avant la fin du mois de mai.

Il y a deux sortes d'objectifs de tests, grosso modo : les tests de diagnostic (un médecin veut diagnostiquer un malade qui présente des symptômes évocateurs) et des tests de dépistage (rechercher dans des échantillons d'individus). Différentes études, très intéressantes, montrent la possibilité de réaliser des tests groupés, avec pour objectif de dépister plus, avec moins de kits (ici et ici).

Nous savons que le Maroc a opté pour les technique PCR pour les tests de diagnostic, et c'est louable car ce sont les tests les plus efficaces.

Mais pour le dépistage, ne peut-on pas utiliser des tests rapides sérologiques, qui détectent les éventuels antigènes et anticorps ?

Le week-end dernier dans le cadre d'un webinar grand public, un responsable du ministère de la Santé a répondu à une question sur le dépistage, de la manière suivante: "Et cet individu que nous avons testé négatif, vous êtes sûr qu'il restera négatif le lendemain ?" Réponse étonnante de la part d'un épidémiologiste car il ne s'agit pas d'un test de diagnostic mais de dépistage. Ce qui signifie que l'objectif est de trouver les cas positifs, de les traiter et les isoler du reste de la population.

Question subsidiaire: si le Maroc avait réalisé beaucoup plus de tests depuis le 2 mars, aurions-nous été obligés de prolonger le confinement de trois nouvelles semaines ?

4. Le grand mystère des données

Le ministère ne publie plus que 4 chiffres, deux fois par jour: le nombre de cas cumulés, le nombre de guérisons, le nombre de décès et le nombre de cas exclus par des tests négatifs.

Quant à la répartition régionale, elle n'est publiée que sous forme de pourcentages, à charge pour ceux qui le souhaitent de reconstituer les valeurs absolues.

Les directions régionales de la Santé publique ne publient pas toutes, chaque jour, leurs données détaillées. Les moins régulières sont celle de Casablanca-Settat puis celle de Rabat-Salé-Kénitra.

Mais les données, ce n'est pas uniquement les 4 nombres cités ci-dessus.

Pourquoi ne pas publier ce fameux taux de reproduction si décisif dans la prise de décision ?

Et le nombre de lits de réanimation ? Le nombre de personnes en soins intensifs et en réa ? Le nombre de malades non-Covid traités par les établissements de la Santé depuis le confinement par rapport à la période précédente ?

Bref, les interrogations sont nombreuses, en voici un petit florilège. En attendant d'en publier d'autres. Si jamais nous recevons des réponses, nous les publierons également. Promis.

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