Vieillissement de la population : mieux comprendre pour mieux agir
Plutôt que de déplorer le vieillissement de la population, John McInnes et Jeroen Spijker insistent sur la prise en compte d’un indicateur plus pertinent : le ratio de dépendance des personnes âgées.
EDIMBOURG – Il y a un siècle, les enfants étaient dix fois plus nombreux que les personnes âgées dans la plupart des pays européens. Aujourd’hui, le nombre de personnes âgées de plus de 65 ans est le même que sur huit aux Etats-Unis et une sur quatre au Japon.
Cette évolution s’explique par une baisse du taux de natalité et de la mortalité infantile dans la première moitié du XXe siècle, couplée à l’augmentation de l’espérance de vie au cours des dernières décennies. Mais quelles qu’en soient les causes, nombreux sont ceux à s’inquiéter du fait que dans les prochaines décennies, un vieillissement rapide de la population pèsera sur les systèmes de santé, de protection et d’assurance sociales, exerçant des pressions intenables sur les finances publiques.
Bien que ces craintes ne soient pas sans fondement, les débats sur le vieillissement de la population tendant à exagérer l’ampleur, la rapidité et les effets de cette tendance, en raison d’une méconnaissance fondamentale de la manière dont vieillissent les populations. Contrairement aux individus, les populations ne suivent pas un cycle de naissance, de vieillissement et de mort. Et si la répartition des âges peut varier, l’âge lui-même n’est pas une manière fiable de mesurer la productivité d’une population à mesure que s’accroît la durée de vie.
L’âge comporte deux éléments : d’une part, le nombre d’années de vie d’un individu (facile à mesurer pour les individus comme pour les populations) et le nombre d’années qu’il lui reste à vivre (inconnu pour les individus, mais possible à prédire pour les populations). A mesure que baisse le taux de mortalité, l’espérance de vie restante augmente pour toutes les tranches d’âge de la population. Cette distinction est fondamentale, parce que de nombreux comportements et attitudes (y compris ceux ayant trait à la santé) sont plus fortement liés à l’espérance de vie qu’à l’âge.
L’indicateur standard du vieillissement de la population est le ratio de dépendance des personnes âgées (RDPA) qui divise le nombre de personnes en âge de partir en retraire par le nombre de personnes en âge de travailler. Mais cet indicateur ne fait pas la distinction entre le fait d’être en âge de travailler et le fait de réellement occuper un emploi, tout en classant toutes les personnes en âge de percevoir une retraite comme « dépendantes ».
En fait, les évolutions économiques et sociales ont rompu le lien entre l’âge et la dépendance. Les jeunes adultes poursuivent plus longtemps leurs études, tandis qu’un nombre important de salariés plus âgés partent prématurément en retraite, en général parce qu’ils ont pu économiser suffisamment pour assurer leurs vieux jours. Au Royaume-Uni, les 9,5 millions de dépendants en âge de travailler (ceux qui n’occupent pas un emploi salarié) dépassent le nombre de ceux qui ont dépassé l’âge légal de départ à la retraite et qui ne travaillent pas.
En outre, le RDPA ne tient pas compte de la manière dont l’augmentation de l’espérance de vie a, au fil du temps, rendu plus jeunes de fait des personnes ayant le même âge chronologique. En 1950, une femme britannique de 65 ans avait une espérance de vie de 14 ans ; elle peut aujourd’hui s’attendre à vivre 21 années de plus (ces chiffres sont de 12 et 18 ans respectivement pour les hommes).
Plusieurs autres pays, en particulier des économies avancées, ont enregistré des évolutions similaires, le Japon étant le pays où l’espérance de vie a le plus augmenté. Des pays d’Europe de l’Est sont par contre à la traîne, tandis que la Russie n’a connu aucune progression depuis 1950.
Une meilleure mesure de l’effet du vieillissement de la population est le ratio de dépendance des personnes véritablement âgées (RDPVA), qui divise le nombre de personnes ayant une espérance de vie de 15 ans ou moins par le nombre de personnes occupant un emploi, quel que soit leur âge. Cette mesure rend compte de l’effet réel des évolutions de la mortalité, en permettant à la limite de la vieillesse véritable de se déplacer à mesure que les progrès dans le domaine de la santé prolongent la vie active des individus.
Ces dernières décennies, alors que le ratio de dépendance des personnes âgées a augmenté dans les économies avancées, le RDVPA a décliné. Ce taux s’est à présent stabilisé et il est probable qu’il augmente progressivement au cours des deux prochaines décennies (voir chiffres). En Allemagne et en Italie, le RDVPA se maintient à peu près au même niveau depuis vingt ans, en raison d’une croissance plus faible de l’emploi et d’une natalité moindre qu’ailleurs dans le monde développé.
L’immigration a joué un rôle important dans la baisse du RDVPA de plusieurs pays en relevant les taux d’emploi. La participation accrue des femmes au marché du travail – dont la vie active est bien plus longue qu’il y a 50 ans, lorsque la plupart des femmes quittaient leur emploi lors de leur mariage ou à la naissance de leur premier enfant – a également contribué à abaisser le RDVPA.
Ne pas soutenir ces tendances a bien sûr eu un effet opposé. Le Japon – où l’opposition à l’immigration et une réticence marquée à l’égalité des genres ont conduit à une nette augmentation du RDVPA – en est un exemple type. Le RDVPA de l’Inde a également progressé, mais moins, en raison du faible taux d’emploi des femmes.
La Russie a également enregistré une nette augmentation de son RDVPA à cause de la dislocation économique post-communiste. Mais les autres principales économies émergentes affichent toujours des ratios relativement bas de dépendance des personnes véritablement âgées.
En bref, le RDVPA brosse un tableau très différent du RDPA, avec au moins trois implications politiques majeures. Premièrement, le vieillissement de la population n’est pas une excuse valable pour réduire l’État providence ou considérer les régimes de retraite comme invivables. Après tout, ce phénomène est en cours depuis plus d’un siècle, et sous certains aspects, ses répercussions sociales et économiques se sont atténuées ces dernières décennies.
De plus, le RDVPA révèle que la demande croissante pour les soins de santé et les services sociaux n’est pas fonction d’une proportion plus importante de personnes au-delà d’un âge spécifique. Des facteurs comme les progrès en matière de connaissances et de technologies médicales, et la complexité croissante des pathologies liées à l’âge, sont bien plus pertinents.
En fait, si les taux d’invalidité spécifiques à l’âge semblent diminuer, les générations récentes ont un profil de facteurs de risques moins favorable, notamment à cause d’une incidence accrue de l’obésité. La capacité des systèmes de soins de santé à faire face à une plus grande longévité dépendra donc de l’évolution de la relation entre la morbidité et l’espérance de vie restante.
La troisième implication a trait aux études supérieures. Les personnes âgées ayant un diplôme universitaire (une petite minorité de leur génération) bénéficient d’un gain substantiel de longévité. Si cet effet des études supérieures sur la durée de vie persiste, il faut s’attendre à une nouvelle progression du vieillissement de la population, à mesure que vieillissent les nouvelles générations, plus nombreuses et plus instruites.
Se préparer à et faire face aux changements démographiques implique d’avoir une compréhension plus nuancée de ce que veut vraiment dire le vieillissement de la population. A cette fin, un indicateur adéquat – le RDPVA – est essentiel.
Traduit de l’anglais par Julia Gallin
© Project Syndicate 1995–2014
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