Une alliance indéfectible à l’épreuve du temps
Malgré les tensions apparues ces derniers jours entre Washington et Tel-Aviv, sur fond de divergences autour de l'Iran, du Liban et de Gaza, l'alliance entre les États-Unis et Israël demeure un "partenariat stratégique fondé sur des intérêts historiques, politiques et militaires". Une lecture d'Ahmed Faouzi, ancien ambassadeur, chercheur en relations internationales.
Les relations entre les États-Unis et Israël sont profondes, uniques et stratégiques. Elles constituent l'une des alliances les plus solides et les plus emblématiques de la politique étrangère américaine, tant à l'échelle mondiale qu'au Moyen-Orient. Ces liens étroits reposent sur des fondements historiques, culturels, économiques et militaires solides. Si ces relations traversent parfois, comme c'est le cas aujourd'hui, des périodes de fortes tensions et de turbulences, celles-ci ne remettent jamais en cause les bases de ce partenariat d'exception.
Les deux pays ont pris l’habitude qu’à chaque crise qui surgit, ils la saisissent comme une opportunité de réajustement de leurs visions, et une occasion de réadapter leur partenariat en fonction des contraintes qui apparaissent. La mésentente observée ces derniers jours, sur fond de l’accord de paix signé récemment à Versailles entre Washington et Téhéran, est emblématique à cet égard. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a jugé sévèrement le compromis trouvé avec l’Iran, le qualifiant de menace à la sécurité de son pays. Quant à Trump, qui cherche à sortir du guêpier iranien dans lequel l’Israélien l’a entrainé, il lui reproche son manque de discernement sur le dossier iranien et sur sa guerre insensée qu’il mène au Liban.
Dans toutes ses sorties, Netanyahou refuse catégoriquement tous les efforts que mène Trump pour dialoguer avec l’Iran car ils sont contre les intérêts de son pays. Or pour Trump ce dialogue est nécessaire, et même prioritaire, pour permettre l’ouverture dans les meilleurs délais du détroit d’Ormuz par lequel transite le quart des besoins énergétiques de la planète, et dont la fermeture a impacté sévèrement l’économie mondiale. En coulisses, Netanyahou, qui a réussi, sans coup férir, à enrôler Trump dans sa croisade contre l’Iran, critique les lignes rouges que la Maison Blanche lui impose. Elles concernent l’interdiction d’annexer la Cisjordanie, le comportement de l’armée israélienne à Gaza et la guerre au Liban, entre autres.
Ce sont ces interminables guerres, sans objectifs politiques précis, qui cristallisent les critiques américaines contre la politique poursuivie par Netanyahou. Trump s’agace des bombardements intensifs au Liban qui touchent plus les civils que les membres du Hezbollah. Il lui reproche de mener des frappes non coordonnées, et de braquer l’opinion américaine et internationale contre Israël, qui est maintenant bien isolé, lui a-t-il lancé. A l’égard de Netanyahou, il lui a déclaré ouvertement que tout le monde le déteste maintenant. En réalité Trump, que la presse américaine traite comme une marionnette manipulée par Netanyahou, cherche à s’afficher aux yeux de ses citoyens comme le seul patron à bord et l’ultime décideur dans le pays.
Pour s’alléger du fardeau de trop critiquer Israël, qui demeure aux yeux d’une frange d’Américains un domaine qui relève presque du sacré, Trump a délégué à son vice-président JD Vance le rôle de mener les négociations avec les Iraniens, et d’attaquer de front Netanyahou quand cela s’avère nécessaire. Vance a été, dès l’annonce des attaques conjointes américano-israéliennes, très sceptique à cette aventure mal calculée. On se rappelle de ses échanges téléphoniques avec Netanyahou en mars dernier quand il lui a reproché d’avoir vendu à Trump un scénario de guerre contre l’Iran totalement irréaliste et irréalisable.
La rupture entre Vance et Netanyahou, que tout oppose, est brutale et profonde. Vance a eu des mots d’une extrême sévérité pour Israël et plus particulièrement pour Netanyahou, dont l’influence au sein de l’administration américaine inquiète. Dans toutes ses sorties pour défendre les intérêts américains, Vance a été ferme, et par moments très menaçant. Il lui a fait savoir que Trump est le seul chef au monde à être bienveillant envers la nation d’Israël, et il se trouve qu’il est le chef d’Etat de la première puissance, a-t-il ajouté. Puis lui prodigue un conseil : si je faisais partie du cabinet israélien, je n’attaquerai jamais le seul allié puissant qu’il me reste encore. Traduction : sans l’Amérique, Israël est isolé à l’échelle internationale.
Sans doute que Vance cherchait à répliquer aux critiques qui ont fusé en Israël de la part de certains membres du gouvernement Netanyahou, comme Itamar ben-Gvir ou Bezalel Smotrich. Ces derniers n’ont pas admis l’accord signé entre Washington et Téhéran pour mettre fin à la guerre et permettre l’ouverture du détroit d’Ormuz. Ces remontrances israéliennes acerbes contre les Etats-Unis, pays somme toute souverain, et qui se trouve être la première puissance mondiale, n’ont pas plu à Vance. Quiconque en Israël leur a-t-il dit, qui pense que son plus grand problème est le président Trump, doit se réveiller et ouvrir les yeux sur la réalité de la situation dans laquelle se trouve Israël.
Aux désaccords sur la gestion de la guerre contre l’Iran s’est ajoutée l’offensive israélienne contre le Liban, après celle sur Gaza, et qui a touché plus les civils libanais que les militants de Hizbollah. Des voix américaines, issues des milieux politiques et intellectuels, questionnent déjà les objectifs de ces guerres israéliennes sans fin ni buts clairs, et qui, de surcroît, nuisent aux autres alliés de l’Amérique dans la région, à commencer par les pays arabes et la Turquie. Pour eux, le coût matériel et politique de cet engagement illimité de l’administration Trump avec un gouvernement israélien d’extrême droite est excessif. Et il n’est en aucun cas dans l’intérêt de leur pays et de la paix mondiale.
Mais face à l’isolement continu de son pays, Netanyahou, lui, n’en a cure. Il refuse toujours de retirer son armée du sud du Liban comme le lui demande Trump. Aux Israéliens, il répète que les combats au Liban et contre l’Iran ne sont pas encore finis. Il ajoute même que d’autres défis, encore plus durs, les attendent au tournant. Ces défis exigent, selon lui, du discernement et une défense résolue des intérêts sécuritaires d’Israël. Il n’oublie pas cependant de rappeler la nécessité de préserver la relation vitale avec "nos amis américains qui se sont tenus à nos côtés dans ce combat, et à notre partenariat avec eux que nous apprécions profondément", dixit Netanyahou.
Ainsi va la politique israélienne à l’égard de son premier allié et soutien que sont les États-Unis. Tous les Premiers ministres qui se sont succédé à la tête d’Israël, de David Ben Gourion à Benjamin Netanyahou, ont trouvé en Amérique une diaspora, bien plus active que le gouvernement israélien lui-même, pour défendre âprement et sans compter les intérêts d’Israël. C’est en raison de ces appuis qu’Israël est devenu le plus grand bénéficiaire des aides américaines, généreuses à bien des égards, ce qui l’encourage à mener des guerres continues contre ses voisins sans se soucier de leurs conséquences. Cependant, jamais les rapports entre les chefs d’Etat des Etats-Unis et d’Israël ne se sont dégradés à ce point. Sans moi, a dit Trump à Netanyahou dernièrement, tu serais déjà en prison. L’histoire entre ces deux pays nous enseigne que les relations américano-israéliennes sont passées par d’autres disputes qu’on nous a vendues comme des ruptures imminentes, pour les voir par la suite relancées de plus belle.
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