Un euro plus faible au secours d’une Europe affaiblie
VIENNE, 7 août 2013 – Que faire pour aider les «économies en crise» du sud de l’Europe à réduire leur déficit extérieur ? Ce débat est souvent présenté comme opposant d’un côté des PIIGS (Portugal, Italie, Irlande, Grèce et Espagne) écrasés par le déficit et d’un autre côté un certain nombre d’États de la zone euro présentant une balance courante excédentaire, en premier desquels l’Allemagne. Or, un nouveau déséquilibre plus significatif a émergé ces dernières années : les déficits de la balance des biens et services des PIIGS auprès de la Chine, ce qui suggèrerait une éventuelle solution au malaise économique de l’Europe du Sud – à savoir un yuan plus fort.
Jusqu’en 2004, les plus importants déficits de la balance des biens et des services des PIIGS s’observaient auprès des autres États de la zone euro. Mais en 2005, leur déficit combiné vis-à-vis du reste du monde, atteignant 37,2 milliards € (48,6 milliards $), a dépassé de plus de 4 milliards € leur déficit combiné auprès des autres États membres de la zone euro. Par la suite, en 2008, avant que le pire de la crise financière mondiale ne soit arrivé, le déficit global des PIIGS a atteint un niveau record de 116,5 milliards €, dont 34,8 milliards € vis-à-vis de la Chine, dépassant pour la première fois leur déficit avec l’Allemagne – de plus de 2 milliards € (cf. tableau).
Aspect crucial, si le déficit combiné des PIIGS auprès de l’Allemagne, de la zone euro et du reste du monde s’est sensiblement réduit ces quatre dernières années, il est demeuré considérable vis-à-vis de la Chine – ayant atteint 33 milliards € en 2010, et 29 milliards € en 2011.
Deux principaux facteurs contribuent à expliquer la manière dont cette situation s’est produite. Le premier a résidé dans l’appréciation rapide de l’euro contre le yuan au début des années 2000. L’euro a augmenté en passant d’un taux moyen de 7,4 yuan en 2001 à 10,4 yuan en 2007, avant de se déprécier à nouveau pour atteindre 7,8 yuan en août 2012. Ceci s’explique en partie par le fait que le yuan a suivi le dollar américain, lequel s’est considérablement déprécié par rapport à l’euro entre 2002 et 2004.
En conséquence de cette forte appréciation nominale de l’euro, la zone euro dans son ensemble est devenue moins compétitive. L’impact s’est fait particulièrement sentir au sein des PIIGS, dont les économies en pleine expansion engendraient d’importantes entrées de capitaux, qui ont fait augmenter l’inflation et les salaires.
Cet impact négatif sur la compétitivité a été aggravé par une seconde tendance. Les économies du sud de l’Europe, fortement dépendantes de leurs industries du textile, du prêt-à-porter ainsi que de la chaussure, ont commencé à être confrontées à la concurrence intense d’importations chinoises moins chères. Selon des recherches publiées par le Fonds monétaire international, les exportations textiles chinoises ont été en grande partie responsables des déficits commerciaux colossaux du Portugal, de l’Italie, de la Grèce et de l’Espagne. En revanche, les balances courantes de l’Allemagne, de la Finlande, de l’Autriche et de la France ont été beaucoup moins affectées, en raison d’une meilleure solidité de ces États dans un certain nombre de secteurs d’exportation, tels que celui des machines, dans lesquels la Chine était relativement peu efficace.
D’autres études du FMI ont également mis en évidence le fait que, parallèlement à l’ascension de la Chine, l’intégration des pays d’Europe centrale et d’Europe de l’Est, ainsi que la hausse des prix du pétrole, avaient affecté de différentes manières la position commerciale des économies de la zone euro, les PIIGS ayant compté parmi les pays les plus durement touchés.
Le pire a cependant pu être évité, dans la mesure où les États de la zone euro présentant une balance courante excédentaire ont financé les déficits extérieurs des PIIGS, malgré l’existence en leur propre sein d’importants déséquilibres commerciaux vis-à-vis du reste du monde. Les investisseurs extérieurs à la zone euro ont tout simplement davantage concentré leurs projets sur l’Allemagne, la France, et les autres économies excédentaires.
Que peuvent alors faire les dirigeants de la zone euro pour arranger les choses ? La présence de taux d’intérêt faibles, de dettes élevées et d’importants déficits ne laisse que peu de marges de manœuvre en direction de davantage d’expansion monétaire ou budgétaire. Le caractère opportun d’une modération des salaires présente par ailleurs des limites ; une démarche en ce sens peut en effet s’avérer contreproductive dans la mesure où elle est de nature à réduire la demande domestique, et ainsi à accroître le risque de récession.
Les économies en crise pourraient en revanche avoir plus de facilité à procéder aux ajustements externes nécessaires si trois conditions étaient réunies : une demande extérieure plus réduite, un environnement financier moins onéreux, et un euro plus faible. Ceci serait en grande partie possible à travers une réévaluation du yuan par rapport à l’euro, ainsi qu’aux monnaies des principaux autres partenaires commerciaux.
Cela permettrait aux économies du sud de l’Europe de bénéficier d’une dynamisation essentielle de la demande extérieure, tout en leur ménageant une marge suffisante pour pouvoir réduire leurs déficits budgétaires et extérieurs. C’est en effet l’accroissement de la demande extérieure qui a permis à l’Allemagne de réduire son déficit budgétaire ces dernières années.
Il serait tout à fait logique pour les dirigeants politiques de la zone euro de s’attaquer aux difficultés que la faiblesse de la demande extérieure et les exportations chinoises ont créées à l’endroit des États d’Europe du Sud. Dans de telles circonstances, l’existence d’un euro plus faible pourrait bénéficier à une Europe affaiblie.
Balance combinée des biens et services de la Grèce, de l’Italie, de l’Irlande, du Portugal et de l’Espagne, 2004-2011 (en milliards d’euros)
|
|
Monde |
Zone euro |
Allemagne |
Reste du monde |
Chine |
|
2004 |
-40,789 |
-31,394 |
-22,830 |
-9,395 |
-13,644 |
|
2005 |
-69,984 |
-32,786 |
-24,479 |
-37,199 |
-17,961 |
|
2006 |
-103,934 |
-43,244 |
-28,995 |
-60,690 |
-23,797 |
|
2007 |
-104,101 |
-48,185 |
-38,331 |
-55,916 |
-30,923 |
|
2008 |
-116,466 |
-48,219 |
-31,600 |
-68,246 |
-33,840 |
|
2009 |
-41,424 |
-21,153 |
-16,214 |
-20,269 |
-20,425 |
|
2010 |
-63,841 |
-23,156 |
-17,939 |
-40,683 |
-33,417 |
|
2011 |
-22,887 |
-8,227 |
-13,494 |
-14,658 |
-29,220 |
Source : Eurostat
Traduit de l’anglais par Martin Morel
© Project Syndicate 1995–2013
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