Abdelouahed Jraifi
Auteur et chercheur en TICRésilience des télécoms : une leçon des inondations à Ksar El Kébir
Les récentes inondations qui ont touché le nord du Maroc, notamment la ville de Ksar El Kébir, ont rappelé une réalité souvent sous-estimée : face aux crises climatiques, la continuité des services essentiels dépend avant tout de l’anticipation et de la résilience des systèmes. Les télécommunications, au coeur de la gestion de crise, en sont une illustration majeure.
Les événements climatiques extrêmes ne sont plus des scénarios exceptionnels. Ils s’imposent désormais comme une donnée structurelle avec laquelle les pays doivent composer. Le Maroc, à l’instar de nombreuses régions du monde, est concerné. Les fortes pluies et les inondations observées récemment dans le nord du Royaume ont mis en évidence la complexité de la gestion des crises lorsque plusieurs facteurs se cumulent : intempéries, accès difficile aux territoires et interruptions d’alimentation électrique.
Dans ce contexte, une évidence s’impose : en présence de l’inondation, il y a coupure de l’électricité, et sans électricité, il n’y a pas de télécoms. Sans télécoms, la gestion de crise devient aveugle.
Des télécoms au cœur de la gestion des crises
En situation d’urgence, les réseaux de télécommunications jouent un rôle central. Ils permettent d’alerter les populations, de coordonner les services de secours, de soutenir la prise de décision et de maintenir le lien entre les autorités et les citoyens. Leur importance dépasse largement le cadre technologique : ils constituent un outil stratégique de gestion de crise.
Les coupures d’électricité observées lors des inondations, souvent décidées pour des raisons de sécurité, rappellent l’interdépendance étroite entre énergie et télécommunications. Cette relation est bien connue, mais elle devient critique lorsque les crises s’inscrivent dans la durée.
Robustesse et résilience : un changement de paradigme
Le déploiement d’infrastructures télécoms performantes et robustes reste indispensable. Toutefois, face aux changements climatiques, cela ne suffit plus. Le véritable défi est celui de la résilience, c’est-à-dire la capacité des réseaux à continuer de fonctionner, à s’adapter ou à être rétablis rapidement dans des conditions exceptionnelles.
La résilience ne se limite pas à la technologie. Elle repose aussi sur l’anticipation, la planification, la coordination entre acteurs et l’intégration des risques climatiques dans les politiques publiques. Elle suppose de considérer les télécommunications comme un service essentiel, au même titre que l’électricité ou l’eau.
L’anticipation, clé de la préparation
Les crises climatiques ne sont plus imprévisibles. Ce qui reste perfectible, c’est la capacité collective à les anticiper. Identifier les sites stratégiques, renforcer la continuité énergétique, tester régulièrement les dispositifs de gestion de crise et améliorer la coordination entre les secteurs concernés sont autant de leviers à consolider.
Il ne s’agit pas de désigner des responsabilités, mais de tirer les enseignements nécessaires pour mieux préparer l’avenir. L’anticipation coûte souvent moins cher que la gestion de l’urgence ou la reconstruction.
Dans un Maroc engagé dans une transformation numérique ambitieuse et confronté aux effets croissants du changement climatique, la résilience des réseaux télécoms doit être pensée comme un investissement stratégique. Elle conditionne l’efficacité de la gestion des crises, la protection des citoyens et la continuité de l’action publique.
Les inondations de Ksar El Kébir constituent ainsi une leçon à méditer. Elles rappellent que, face aux aléas climatiques, anticiper n’est pas accuser. Anticiper, c’est protéger, coordonner et préparer le pays aux défis de demain.
Avec la volonté de l’ensemble des acteurs et une collaboration étroite entre eux, le Maroc saura traverser avec succès cette période difficile.
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