img_pub
Rubriques

Dr Taoufik Talhaoui

Cadre chercheur au Maroc.

Quels horizons pour le MASI en 2025 ? (2/4)

Depuis le début de l’année 2025, le MASI n’a pas cessé de progresser pour atteindre un sommet historique de 18.690 points le 5 juin 2025. Considérant la situation de l’économie marocaine dans toutes ses dimensions, mais aussi les horizons prometteurs des entreprises cotées à la bourse de Casablanca (augmentation du CA de 7,6% le premier trimestre 2025, même avec un mois de ramadan en mars), l'indicateur boursier marocain MASI n’a pas l’air de revenir en arrière ni de changer de tendance et ce, malgré les chocs externes.

Le 23 juin 2025 à 13h19

Au premier semestre 2025, le MASI a connu trois corrections, dont deux sévères. La première le mois de mars en consolidation naturelle, suite à la publication des résultats –modestes– des sociétés cotées à la BVC au titre du dernier trimestre de l’année 2024 ; la seconde le mois d’avril en réaction à la situation de panique qu’ont vécue des places financières internationales, suite à la mise en place par le président américain Donald Trump de barrières douanières contre un grand nombre de pays ; et la dernière –en cours– le mois de juin, suite au déclenchement d’une guerre au Moyen-Orient entre Israël et l’Iran.

Cette étude (partie 2/4) intervient à la veille de la deuxième réunion trimestrielle de Bank Al-Maghrib en 2025, le 24 juin 2025. Elle se veut un prolongement de l’analyse déjà développée et mise en ligne le 17 mars 2025 sur Médias24 et ce, à la lumière des évènements ayant marqué le MASI dernièrement, en intégrant les changements des trois derniers mois, mais également en se projetant dans l’avenir (le reste de l’année 2025). Il est important de signaler à ce niveau que l’essentiel de l’étude est fondé sur l’hypothèse d’un apaisement des tensions au Moyen-Orient et ce, malgré la sensibilité de l’objet du conflit (le dossier nucléaire iranien).

La conjoncture internationale et ses répercussions sur le MASI

Depuis l’investiture de Donald Trump au début de l’année 2025, on assiste au niveau international à deux tendances majeures impulsées par les USA. D’un côté, l’incitation au règlement de conflits géopolitiques et de l’autre côté, la mise en place de barrières douanières pour renforcer la souveraineté économique des USA.

Concernant ce dernier point, à savoir l’instauration de droits de douane par les États-Unis, une telle action a engendré une incertitude commerciale au niveau international. Ces mesures, en cours de négociation entre les USA et plusieurs pays, risquent d’entraîner une réorganisation des flux commerciaux, forçant les exportateurs à chercher de nouveaux débouchés et les importateurs à diversifier leurs sources d’approvisionnement.

Cette guerre tarifaire a affecté négativement les places financières internationales dans un premier temps, avant de rebondir suite à un accord trouvé avec la Chine pour renégocier les tarifs douaniers entre les deux pays. Quant aux crises géopolitiques en Europe et au Moyen-Orient, et malgré les efforts de l’administration Trump visant le règlement des conflits ukrainien et israélo-palestinien, aucune des deux crises n’a été réglée à nos jours. Au contraire, un autre conflit de taille a vu le jour : il s’agit du déclenchement d’une guerre entre les États d’Israël et d’Iran, suite à une attaque d’Israël sur l’Iran le 13 juin 2025.

Concernant le Royaume du Maroc, et sur le plan économique, quels seraient les effets directs et/ou indirects de la guerre tarifaire initiée par les USA, et quelles seraient les répercussions des crises géopolitiques non encore solutionnées, notamment la guerre au Moyen-Orient, sur une telle économie ? Et par conséquent, comment l’indice de référence de la Bourse de Casablanca, le MASI, pourrait-il évoluer d’ici la fin de l’année 2025 ?

Même si le Royaume du Maroc n’est pas directement ciblé par les droits de douane imposés par les USA (le Maroc est un des rares pays à être imposé faiblement à 10%), les effets indirects de cette politique tarifaire pourraient être notables pour le Royaume, notamment en matière d’opportunités :

  • Diversification des partenaires commerciaux : avec la guerre commerciale sino-américaine, plusieurs entreprises chercheraient à délocaliser leurs productions ou à établir de nouvelles chaînes d’approvisionnement en dehors de la Chine. Grâce à sa stabilité, sa proximité avec l’Europe et ses accords de libre-échange, le Maroc pourrait se positionner comme plateforme de production alternative pour les entreprises cherchant à contourner les barrières douanières américaines ou à pénétrer des marchés régionaux comme l’Afrique ou l’Union européenne, ce qui stimulerait davantage l’investissement direct étranger (IDE) dans le pays.
  • Recul du taux de change USD/MAD : une des conséquences des mesures tarifaires de Trump est le recul du dollar vis-à-vis de plusieurs devises, notamment du dirham marocain. Au cas où ce phénomène persisterait, l’économie marocaine en tirera pleinement profit, vu la structure de cette économie dont la balance commerciale est déséquilibrée en faveur de l’importation.
  • Opportunités d’exportation accrues : si les produits chinois (ou généralement ceux du sud-est asiatique comme le Cambodge, le Vietnam, le Sri Lanka, etc…) deviennent moins compétitifs sur le marché américain à cause des droits de douane des USA, les producteurs marocains pourraient combler certains créneaux, notamment dans le textile, l’agroalimentaire, ou l’industrie automobile légère, dans lesquels le Maroc est en train de se développer.

Concernant les crises géopolitiques actuelles, l’économie marocaine est loin d’être exposée aux crises externes. Cependant, la guerre au Moyen-Orient, et au cas où la situation serait amenée à s’aggraver, risquerait de voir la facture énergétique du Maroc s’envoler (le scénario modéré table sur un prix du Brent de 120 dollars le baril), ce qui pèserait fortement sur l’économie marocaine, et par conséquent sur les entreprises cotées à la bourse de Casablanca.

Le MASI, indice boursier marocain reflétant la santé d’une grande partie de l’économie marocaine, restera très probablement inscrit dans sa tendance haussière, et ce, jusqu’à la fin de l’année 2025. Peut-être pas à la cadence actuelle, qui est supérieure à celle de 2023 et 2024 (cf. graphique ci-dessous), mais tout de même à une cadence ascendante.

Quels horizons pour le MASI en 2025 ? (2/4)
Évolution du MASI depuis 2023

Cette tendance trouverait son explication dans le fait que l’économie marocaine n’est pas exposée fortement aux aléas internationaux. Toutefois, en cas d’aggravation dangereuse de la crise au Moyen-Orient, le MASI pourrait subir de fortes corrections à l’avenir.

Un environnement macroéconomique toujours favorable

Malgré la consolidation du mois de mars, la réaction à la crise internationale de la guerre des tarifs douaniers du mois d’avril 2025, mais aussi la situation actuelle au Moyen-Orient, la santé de l’économie marocaine demeure intacte pour 2025. En effet, l’essentiel des indicateurs macroéconomiques est favorable à une tendance haussière :

  • Maintien de la croissance en 2025 à des niveaux entre 3,85% et 4,15% (selon les dernières prévisions des institutions nationales et internationales) ;
  • Maîtrise du déficit budgétaire en 2025 à des niveaux acceptables à moins de 4% (moyennant des financements innovants et en absence de privatisations), malgré son augmentation d’une façon significative à environ 23 MMDH fin mai 2025 (en augmentation de 50% par rapport à la même période de l’année 2024) ;
  • Augmentation des recettes fiscales et douanières (progression des recettes fiscales de 21.5% au premier trimestre 2025), considérant la politique de l’état visant à renforcer le contrôle, à élargir l’assiette et à réduire davantage l’informel (diminution de la contribution de l’économie informelle non agricole dans le PIB de 410 pdb de 2014 à 2023) ;
  • Stagnation des taux des BDT (courbes primaire et secondaire) et des niveaux acceptables pour le trésor, vu le niveau des recettes fiscales et la situation confortable du budget de l’Etat ;
  • Augmentation des recettes en devises, vu la croissance des exportations des composants aéronautiques (+14% à fin avril 2025), des engrais (+12,3% à fin avril 2025) et des produits agricoles (+7,5% à fin avril 2025), l’augmentation des recettes touristiques (+7,5% fin avril 2025), l’augmentation des IDE (+37% fin avril 2025), la baisse des transferts des MRE (-3,7% à fin avril 2025) et la baisse des exportations automobiles (-7% à fin avril 2025) ;
  • Diminution progressive du taux directeur par Bank Al-Maghrib dans le cadre de la politique accommodante de Bank Al-Maghrib, notamment après la maitrise de l’inflation à 2,2% le premier trimestre 2025 ;
  • Amélioration de la situation hydrique du Royaume, notamment suite aux précipitations des mois de mars et avril 2025 (un taux de remplissage des barrages d’environ 40% fin avril 2025), selon les prévisions du ministère de l’Agriculture et de la pêche maritime, environ 44 millions de quintaux sont attendus à la fin de la campagne agricole 2024-2025 ;
  • Augmentation de la demande adressée au Maroc, notamment celle émanant de la zone euro, suite à la réduction progressive du taux directeur par la BCE (la dernière de 25 pdb le 5 juin 2025), mais aussi la tendance à un règlement de la crise ukrainienne (des négociations directes ont déjà commencé le mois de mai 2025) ;
  • Augmentation de la consommation interne, suite à la maitrise de l’inflation et à la hausse des salaires ces dernières années, l’amélioration de la situation hydrique et la baisse du chômage ;
  • Stagnation de la facture énergétique, après stabilisation du prix du baril du Brent à environ 70 dollars le premier semestre 2025 et des perspectives d’augmentation à 75 dollars le deuxième semestre 2025 (au cas où la crise au Moyen-Orient ne s’aggravait pas davantage) ;
  • Amélioration prévue du taux de chômage (recul à 13,3% le premier trimestre 2025). A compter du deuxième semestre 2025, les effets des projets structurants au Maroc, notamment ceux ayant trait à la construction, mais aussi ceux en relation avec la campagne agricole 2024-2025 (ayant connu une amélioration significative), vont se faire sentir sur le marché de l’emploi. La barre psychologique des 13% sera très probablement franchie à la baisse vers la fin de 2025...

Cette situation favorable de l’économie marocaine dans sa dimension globale aura certainement des répercussions positives sur le marché des capitaux et sur le marché boursier de Casablanca en particulier.

Les corrections du MASI le premier semestre 2025, n’ont pas remis en cause le mouvement haussier dudit indice MASI. Au cas où les évènements actuels au Moyen-Orient seraient maitrisés et en l'absence d’autres évènements majeurs au niveau national, régional et/ou international qui perturberaient l’évolution actuelle du cours, la tendance du MASI serait haussière. Par contre, au cas où la situation devenait de plus en plus difficile au Moyen-Orient, les indicateurs macroéconomiques risquent d’entrer dans une phase de stagnation, voire même un recul d’ici la fin de l’année, chose qui se répercutera sur l’évolution de l’indice MASI.

Quels catalyseurs pour le marché boursier d’ici la fin de l’année ?

A la veille d’une période estivale, où historiquement l’activité boursière est généralement atone, le MASI risquerait de ne pas connaitre de progressions significatives. Toutefois, un certain nombre d’hypothèses, au cas où elles se réaliseraient d’ici la fin de l’année, seront de nouveaux catalyseurs pour reprendre la tendance haussière en cours. Il s’agit essentiellement des trois scénarios suivants :

  • Le premier : baisse du taux directeur de 25 pdb lors de la troisième réunion trimestrielle de Bank Al Maghrib du mois de septembre 2025.
    Un tel choix est probable, considérant la maitrise de l’inflation à des niveaux acceptables (inférieure à 2,5%), la tendance globale de baisse du taux directeur au niveau international (malgré un statu quo du TD observé chez la majorité des banques centrales au mois de juin 2025) et l’amélioration de la situation hydrique au Royaume. Ce choix serait dicté par la volonté de l’autorité monétaire BAM d’accompagner les chantiers structurants du pays en facilitant l’accès au crédit. Il est important de signaler à ce niveau que, concernant la prochaine réunion du 24 juin 2025, et vu la situation actuelle au Moyen-Orient, BAM sera très probablement contraint de faire une pause et de maintenir le TD inchangé.
  • Le deuxième : événements importants ayant trait au règlement définitif du conflit créé autour du Sahara marocain, au quatrième trimestre 2025, tels que la reconnaissance par l’ONU en octobre 2025 de la souveraineté du Royaume du Maroc sur son Sahara et/ou l’ouverture par les USA d’un consulat à Dakhla le mois de novembre 2025 (à l’occasion du cinquantième anniversaire de la Marche Verte le 6 novembre 2025).
    De tels évènements, et au cas où il se concrétiserait, auront un effet très positif sur la nation marocaine, sur son économie, sur ses perspectives, mais également sur sa place financière, la Bourse de Casablanca et son indice MASI. Il est important de signaler que le Royaume-Uni, membre permanent du Conseil de sécurité, a reconnu officiellement, le 1er juin 2025, le plan d’autonomie proposé par le Maroc comme seule et unique solution au conflit créé ;
  • Le troisième : succès de l’organisation de la Coupe d’Afrique en décembre 2025 au Maroc. Un tel succès propulserait les cours de certaines valeurs, notamment la valeur cotée Itissalat Al-Maghrib (pesant fortement dans le MASI) à des niveaux au-delà de 125 DH, en cas de réussite de l’opération conjointe IAM/INWI concernant le lancement de la 5G.
    Un afflux touristique en décembre, serait perçu comme un signal fort pour toute l’économie marocaine et pour la bourse de Casablanca en particulier, vu le nombre d’activités liées directement ou indirectement au secteur du tourisme. Il va sans dire qu’une croissance exceptionnelle des bénéfices nets des entreprises cotées le premier semestre 2025 est attendue vers la fin de septembre 2025, vu la relance que connait le Maroc dans tous les domaines.

Quel canal pour l’évolution du MASI d’ici la fin de l’année ?

Côté graphique, depuis le début de l’année 2025, le maintien des indicateurs macroéconomiques, mais aussi ceux des sociétés cotées sur la même tendance, conjugué aux corrections de ce premier semestre, ont poussé le MASI à changer de canal de progression et à évoluer désormais sur une tendance haussière modérée (cf. graphique ci-dessous).

Ladite tendance sera très probablement corrigée légèrement à la baisse vu l’effet "stagnation de la période estivale", mais aussi l’effet psychologique de la crise au Moyen-Orient, avant de reprendre son chemin fin septembre 2025. Les jours et les mois à venir nous diront si la tendance sera maintenue.

Quels horizons pour le MASI en 2025 ? (2/4)
Évolution du MASI au premier semestre 2025

LIRE AUSSI

Quels horizons pour le MASI en 2025 ?

Par
Le 23 juin 2025 à 13h19

à lire aussi

Éducation : le Maroc renforce sa coopération avec l’université chinoise Beihang
Quoi de neuf

Article : Éducation : le Maroc renforce sa coopération avec l’université chinoise Beihang

Le ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports a signé vendredi 17 avril 2026 à Rabat une convention de partenariat avec l’université chinoise Beihang University, visant à renforcer la coopération bilatérale en matière d’enseignement, de recherche scientifique et d’innovation technologique.

Agents de gardiennage : vers la fin des journées de 12 heures payées seulement 8
NATION

Article : Agents de gardiennage : vers la fin des journées de 12 heures payées seulement 8

Le gouvernement, en concertation avec les partenaires sociaux, veut corriger une situation persistante en revoyant le cadre légal applicable aux amplitudes horaires dans la sécurité privée.

Cinéma. Dans “Calle Málaga”, Maryam Touzani célèbre la vie et lève le tabou de la vieillesse
CULTURE

Article : Cinéma. Dans “Calle Málaga”, Maryam Touzani célèbre la vie et lève le tabou de la vieillesse

Né de la douleur, de la perte et du besoin de garder vivant le souvenir de sa mère, le nouveau film de Maryam Touzani se veut un hommage à la renaissance. Dans les rues de Tanger, la réalisatrice nous confie son souhait de transformer la vieillesse en un privilège et de faire de la fiction un espace de liberté pour filmer la persistance de l'être et l'amour de la vie.

Race to the bunkers: Algiers rattled by the FAR’s technological rise
Defense

Article : Race to the bunkers: Algiers rattled by the FAR’s technological rise

Satellite images circulating on social media point to unusual activity across the border. The Algerian army appears to be stepping up the construction of underground structures, underscoring its concern over the precision of Moroccan strike systems.

Mondial 2030. Où en sont les chantiers des stades de Casablanca ?
Infrastructure

Article : Mondial 2030. Où en sont les chantiers des stades de Casablanca ?

Casablanca accélère la modernisation de ses infrastructures sportives à l’approche de la Coupe du monde 2030. Plusieurs stades emblématiques de la ville font l’objet de projets de réhabilitation ou de reconstruction, avec des investissements importants mobilisés. Round-up.

Sahara : malgré ses efforts, Alger se heurte à une ligne américaine inchangée
DIPLOMATIE

Article : Sahara : malgré ses efforts, Alger se heurte à une ligne américaine inchangée

En marge de l’Antalya Diplomacy Forum, en Turquie, le ministre des Affaires étrangères algérien et le haut conseiller du président américain pour le monde arabe et l'Afrique ont échangé autour de plusieurs "sujets d'actualité", dont le Sahara. Mais derrière les formules convenues du texte algérien, l'appui américain à l'intégrité territoriale du Maroc demeure clair et inchangé. Relevant depuis décembre 2020 de la logique de la continuité étatique, la position de Washington s'inscrit désormais dans la durée, indépendamment des alternances politiques internes ou des efforts diplomatiques engagés par Alger. Analyse.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité