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L'OTAN est-elle morte cliniquement ?

En novembre 2019, dans un entretien à l’hebdomadaire britannique The Economist, le président français Emmanuel Macron, excédé, a estimé que l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, communément appelée l’OTAN, était en état de mort cérébral. Cette attaque frontale, contre cette organisation qui a garanti la prospérité et la paix en Europe depuis le second conflit mondial, vient rappeler la crise profonde qu’elle traverse.

Le 26 novembre 2021 à 12h05

Les raisons pour lesquelles l’OTAN a été instituée en 1949 se résumaient à remplir les obligations de sécurité et de défense collectives des pays occidentaux. Depuis la dissolution du bloc de l’Est en 1989, la scène internationale a connu des transformations rapides et successives que l’Alliance, dans son architecture classique, ne peut plus y répondre avec la même agilité ni la même force.

Les échecs enregistrés en Afghanistan et en Irak, pour ne citer que ceux-là, et la priorité absolue que constitue désormais l’Indopacifique dans la nouvelle stratégie américaine pour contenir la Chine, mettent l’OTAN devant la nécessite de redéfinir ses objectifs et élargir sa base. C’est certainement dans cette perspective que Macron a plaidé pour que l’OTAN clarifie ses finalités stratégiques.

Certes, de telles déclarations ne sont pas nouvelles au sein de l’OTAN. La France est, sans doute, le pays qui émet le plus de critiques à l’égard de l’Alliance. Depuis sa création en 1949, Paris ne cesse de contester ses modalités de fonctionnement qui donnent le rôle prépondérant à Washington au détriment de l’Europe. C’est ce qui poussa Charles De Gaulle à quitter, en 1966, le commandement intégré de l’OTAN. Ce n’est qu’en 2009, sous Nicolas Sarkozy, que la France réintègre cette instance.

Ces sorties ne plaisent pas souvent aux autres membres de l’OTAN à commencer par les Allemands, premiers bénéficiaires des largesses américaines. La réunification des deux Allemagnes en 1989, après la dislocation du bloc de l’Est, entre la République Fédérale d’Allemagne (RFA) et la République démocratique d’Allemagne (RDA), doit beaucoup plus à Washington qu’à un autre membre de l’OTAN.
C’est certainement pour cette raison que la Chancelière allemande Angela Merkel a sévèrement critiqué les propos de Macron sur la mort cérébrale de l’OTAN. Je ne pense pas qu’un tel jugement intempestif soit nécessaire même si nous avons des problèmes, a-t-elle asséné, avant d’ajouter : ces termes ne correspondent pas, à mon point de vue, au sujet de la coopération au sein de l’OTAN. Le porte-parole du Quay d’Orsay a jugé utile de lui répliquer : la déclaration de Macron est sincère et reflète l’essentiel, c’est une définition précise de l’état actuel de l’OTAN, a-t-il commenté.

Redéfinir les objectifs stratégiques

Si La guerre de Corée a été l’un des éléments qui a déclenché en 1950 la mise en place d’une structure militaire intégrée et permanente au sein de l’OTAN, force est de constater que les défis que confronte le monde libre depuis, se sont multipliés et changé d’aspect. Au lieu de guerres frontales entre le monde libre et le bloc socialiste, le monde fait maintenant face à de multiples crises qui nécessitent une veille constante et des réponses adéquates.

Ne participant à aucune des confrontations militaires en cours, la Chine a pu aller de l’avant dans sa conquête du monde, en modernisant son appareil de production, en investissant dans l’éducation et la recherche, et en conquérant des marchés. Face à ce nouveau défi, l’OTAN n’a plus le choix que de redéfinir ses objectifs stratégiques. Elle doit réorganiser, en mieux, ses défenses, en dehors de sa sphère naturelle traditionnelle et de sa base géographique actuelle.

Il est vrai que depuis la dissolution de l’URSS et du bloc de l’Est, l’Alliance, au lieu de s’effondrer c’est, au contraire, fortifiée en procédant à son élargissement à d’autres pays autrefois membres du Pacte de Varsovie. Cette prise de conscience de la nécessité de s’élargir, pour prendre en compte les nouvelles menaces, a été, en son temps, utile. Elle a pu venir à bout des crises comme celles de la Yougoslavie, ou de l’éruption du terrorisme international.

La France espère voir l’Union-européenne développer ses propres défenses militaires et garantir son indépendance indépendamment des Américains. Ne possédant pas les mêmes capacités militaires, et encore moins une dissuasion nucléaire comme la France, les Allemands, au contraire, s’accommodent bien de la politique américaine en la matière. Washington, consciente du passé conflictuel entre ces deux adversaires européens, préfère garder la main sur l’Alliance pour éviter tout dérapage qui nuirait à ses intérêts.

En tant qu’institutions, l’OTAN et l’Union-Européenne mènent une coopération exemplaire sur les questions sécuritaires, la gestion des crises, le renforcement des capacités militaires et la cyberdéfense. De même, les deux ensembles mènent régulièrement des consultations politiques qui visent à coordonner leurs actions communes. Pour les Américains, ce partenariat vise d’abord une plus grande responsabilisation des européens pour garantir leur propre défense.

Pour venir à bout des défis actuels, et ceux qui se pointent à l’horizon, l’Alliance n’a de choix que de se focaliser sur les menaces que rencontrent les pays alliés au lieu d’ergoter sur les problèmes internes à l’OTAN qui risquent de les affaiblir davantage et les condamner à l’impuissance. La place de la Turquie au sein de l’OTAN, qui semble gêner la France, n’est qu’un épiphénomène, l’arbre qui cache la forêt.
La question cruciale à laquelle il faudrait que l’OTAN trouve réponse est la suivante : comment identifier et articuler une vision cohérente pour garantir la sécurité globale et surtout avec quels nouveaux acteurs. Si l’Organisation se focalise uniquement sur les menaces que confronte l’Occident seul, cela reviendrait à accepter qu’elle puisse un jour devenir dépassée, ou s’avérer tout simplement obsolète.

Une politique cohérente et rénovée, en relation avec les défis de nos jours, nécessite une adaptation permanente qui porte de l’intérêt aux autres acteurs incontournables hors d’Europe. Les défis de sécurité empruntent aujourd’hui plusieurs formes qui ne sont plus que militaires. Pour y répondre, l’OTAN serait avisée à procéder à ce recentrage pour construire un dispositif de sécurité régional et solide via des partenariats avec des pays qui partagent les mêmes idéaux. Le récent échec en Afghanistan, devrait l’inciter à explorer de nouvelles pistes.

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Le 26 novembre 2021 à 12h05

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