Ali Belhaj
Membre du bureau politique du PAML’économie, la grande absente de la campagne électorale
La campagne électorale est à l’image des cinq dernières années: invectives, insultes, petites phrases assassines, règlements de comptes sur la place publique. Cette campagne ressemble au mandat du gouvernement actuel, marqué par la prédominance de la politique politicienne aux dépens des véritables enjeux qui sont avant tout d’ordre économique. L’économie devait être au cœur du débat électoral et devait faire l’objet d’échanges autour des mesures économiques prioritaires à mettre en œuvre… elle est la grande absente de cette campagne électorale.
Ni les partis politiques, ni les médias n’ont joué leur rôle pour accorder aux questions économiques la place qui leur incombe. Ces élections étaient l’occasion de débattre des véritables problématiques de la population: l’emploi des jeunes, ou devrais-je dire le chômage de masse de nos jeunes, le pouvoir d’achat des Marocains, la santé de nos entreprises, en particulier les PME et les TPE. Ce ne fut pas le cas.
Cela relève d’une inconscience ou d’un déni de la part du personnel politique. Ils estiment que les grands thèmes électoraux à traiter sont liés à la politique et ce n’est pas rendre service au Maroc que de focaliser le débat public sur des sujets politiciens.
J’en veux pour preuve que ce gouvernement n’a jamais annoncé qu’il allait prendre à bras-le-corps la question économique, comme cela fut le cas sous le mandat de Driss Jettou. Le politique doit pourtant donner le cap économique, prendre des décisions, assumer les risques.
Manque de visibilité
L’absence de vision, l’absence de cohérence, l’absence d’approche participative ont provoqué la défaillance du mode de gouvernance et l’échec du gouvernement actuel.
En cinq ans, il y a certes eu des réalisations, mais le gouvernement est passé à côté de l’essentiel. Le gouvernement assure qu’il a pu maintenir les grands équilibres macro économiques et bien que ce point soit contestable, ce résultat est dû à la baisse du prix du baril de pétrole et non au management gouvernemental.
Ce qui est notoire aujourd’hui, c’est l’effondrement du taux de croissance, qui tourne autour de 1,5% en cette année. Nous sommes en droit de nous demander à quoi bon maintenir les équilibres, si c’est pour mourir en bonne santé?
Ce qui est évident pour les Marocaines et Marocains, c’est le manque de visibilité, de lisibilité, sur la stratégie gouvernementale (si stratégie il y a eu).
Un autre élément de constat s’impose à nous à l’heure du bilan gouvernemental: le manque de confiance qui s’est installé dans le champ politique économique et social. Or, le système économique marocain est basé sur la confiance, confiance dans les institutions gouvernementales, confiance dans les partenaires sociaux, confiance en l’avenir.
Sans confiance, il ne peut y avoir d’investissement durable et sans investissement, il ne peut y avoir d’emplois et plus particulièrement ceux de la jeunesse.
Le gouvernement sortant, au lieu d’accepter le débat contradictoire et l’échange d’idées, a rejeté toutes critiques en les qualifiant d’arguments électoralistes, visant à discréditer l’action gouvernementale et émanant d’un soit disant "pouvoir parallèle".
La relance de l’économie est une priorité
Cependant, nous pouvons reconnaître à ce gouvernement certains actes courageux, comme celui d’avoir entamé la réforme de la Caisse de compensation (mais y avait-il d’autres choix?) ou d’avoir tenu un langage de vérité aux diplômés chômeurs. Mais il n’en demeure pas moins que nous sommes, cinq ans après, au bord d’une situation extrêmement critique sur le plan économique.
La relance de l’économie doit donc être la priorité des priorités du prochain gouvernement, en encourageant le secteur privé. Le prochain gouvernement devra tout faire pour créer un cadre propice à l’investissement privé et non pas le concurrencer. Il ne devra pas considérer l’entreprise privée comme une vache à traire pour plus de recettes fiscales.
Pour cela, nous devons initier et engager des mesures chocs dans la 1re loi de finances de la prochaine législature, voire même initier une loi de finances rectificative. La fiscalité est la clé de voûte pour créer les conditions de l’investissement de l’embauche au sein des entreprises marocaines.
Le gouvernement devra opérer le remboursement total de tous les arriérés de TVA, dans un délai maximum de trois ans. Cela fera plus de 20 milliards de DH à injecter dans l’économie et dans les différentes entreprises.
Des mesures qui s'imposent
Ensuite, le prochain Exécutif pourrait mettre en place une batterie de mesures favorisant l’investissement. Citons à titre d’exemples:
- La provision pour investissement, telle qu’elle existait avant d’être supprimée, doit être rétablie. C’est à dire que toute entreprise qui décide de réinvestir une partie de ses bénéfices peut déduire cette réserve, jusqu'à dans un premier temps, 20% de ses bénéfices.
- Tout investissement, même au-delà des premières années de création de l’entreprise, sera en exonération de TVA (aujourd’hui la TVA est versée et ensuite remboursée, ce qui grève la trésorerie générale des entreprises et les décourage parfois).
-La progressivité de l’impôt doit être mise en place immédiatement.
- La fiscalité de groupe doit également être immédiatement adoptée.
- Nous devons également revenir à la régionalisation de l’impôt: on a trop longtemps considéré que le taux de l’impôt doit être le même, quel que soit l’endroit où l’on investit au Maroc. Or une entreprise à Tendrara ou à Zagora ne peut pas être considérée de la même manière qu’une entreprise à Casablanca ou à Tanger.
Ces idées ne sont que quelques exemples d’une série de mesures chocs à prendre pour montrer la ferme volonté du prochain gouvernement à agir en faveur des entreprises. La réforme de la fiscalité n’est évidemment pas le sujet le plus populaire, mais c’est, à mon avis, le levier le plus important pour redresser et moderniser notre économie.
C’est l’unique voie pour retrouver le chemin de la confiance, celui la croissance et donc de l’emploi.
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