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Le ressourcement identitaire face à l’amnésie existentielle

Des temples mayas du Belize aux débats sur le patrimoine immatériel, en passant par les batailles mémorielles en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, Hassan Hami, ancien diplomate, docteur en sciences politiques, explore le rôle fondamental de l'héritage culturel dans la construction des identités.

Le 29 juin 2026 à 16h35

En 2001, à l'occasion d'une croisière dans les Caraïbes, une escale est programmée à Belize. Une visite est organisée aux temples des Mayas, dont la civilisation remonte à 2500 A.J. La guide, une dame sympathique, double d'enthousiasme pour nous communiquer sa fierté d'appartenir à une civilisation qui continue de marquer cette partie du monde. En effet, les Mayas, comme les Incas et les Aztèques, font partie des civilisations précolombiennes d’Amérique. L’histoire des Mayas qui ont vécu au Belize, au Guatemala et au Honduras est passionnante et intrigante à la fois.

Toutefois, la civilisation des Mayas se distingue des autres civilisations précolombiennes dans certains domaines, dont l’agriculture, l’écriture et l’architecture. Sur ce dernier registre, les Mayas se singularisent par la construction de temples sous forme de pyramides. Ils disputent cette originalité aux autres civilisations qui ont laissé des monuments identiques au Cambodge, au Pérou, au Soudan, en Chine, au Mexique, en France, en Italie – sans oublier l’Égypte, naturellement. Les Mayas perdent leur indépendance avec la conquête espagnole en 1519.

Sur notre route zigzagante vers le temple Lamani Mayan, la chaleur torride nous étouffe un peu, mais je suis touché par la dignité de cette dame. Pour un instant, je pense à la position de Bélize concernant la question du Sahara marocain. À l'époque, de nombreux pays d'Amérique latine, d’Amérique centrale et des Caraïbes épousent la thèse des adversaires du Maroc. Le Belize en fait partie, depuis 1986. Il le demeure.

Or, je ne suis pas là-bas pour faire de la politique, mais pour découvrir les traces d’une civilisation séculaire. Du reste, emportée par sa ferveur patriotique, notre guide demande au chauffeur de bus de s'arrêter devant un édifice dont la construction est à peine entamée.

Une croisière, un croisement

Elle s’exclame : "Voici le chantier du complexe sportif. Il est entièrement financé par Marion Jones, l'athlète américaine de renom. Le budget estimé avoisine un million de dollars américains. Elle ajoute en arborant un beau sourire : « Marion Jones est d'origine bélizienne bien qu'elle soit née à Los Angeles. » Elle est d'origine bélizienne grâce à sa mère qui a immigré aux États-Unis quelques années avant sa naissance. Cet édifice sportif est maintenant construit et porte le nom "Marion Jones Sports Complex".

C'est cette fierté qui m'impressionne. L'identité. La quête de l'affirmation qui survole les époques. Le droit à l'existence à travers le ressourcement dans le passé glorifié à l'occasion. Un droit légitime, encore faut-il découvrir des monuments, des écritures rupestres et des traces qui attestent de l’existence d’un passé glorieux. Cela demande des investissements massifs, de la volonté politique et de l'engagement de la société civile, notamment les militants qui sont avides de la culture, de sa sauvegarde et de sa promotion.

Je me rappelle, il y a plus de quatre décennies, Mohamed Benaissa, alors ministre de la Culture, se battait pour sauvegarder le patrimoine musical marocain porté, entre autres, par la musique andalouse. Une partie de ce projet est réalisée avec l’Anthologie de la musique andalouse du Maroc, al-Ala. La numérisation et l’archivage de plus de 130 heures d’enregistrement sont réalisés. Le reste demande des efforts supplémentaires. C'était à l'époque où les efforts sont également conjugués pour créer une compagnie de ballet nationale et ancrer l'expérience du théâtre amateur.

Toutefois, quel est le lien entre l'anecdote des Mayas au Belize et la sauvegarde du patrimoine musical marocain ?  L'identité et sa pérennité. Pourquoi ? Parce qu'elle permet aux peuples de respirer, de souffler, de bouger et de se comporter selon des repères qui rendent leurs vies plus souples et plus aérées : le confort psychologique et l'élan d'aller de l'avant.

Le patrimoine ! C'est aussi un dialogue entre la vie et la mort qui se propulse dans les deux sens. Le souvenir des ancêtres pour survivre à la rotative d'une vie moderne qui étouffe. Le contraste est fort parce que le regard vers (et sur) le passé est un appel à la rescousse. L'oisiveté de l'ignorance est meurtrière. Alors, le clin d'œil au passé est un ressourcement. Tous les moyens sont bons.

Le 14 juin 2021, un colloque est organisé par l’Institut de la philosophie, de la sociologie et du droit de l’Académie nationale des sciences de Bakou (Azerbaïdjan) dans le cadre de la célébration de la Journée mondiale de la philosophie sous l'égide de l'UNESCO. L’événement est dédié à la célébration du 880ᵉ anniversaire de Nizami Gandjavi.

Alors que les communications se concentrent sur la contribution de ce penseur à la civilisation de l'universel, une professeure algérienne, très respectée du reste, préfère parler de l'Algérie. Ce faisant, elle évoque le livre Rihla (1355) d'Ibn Battouta (1304-1368), et qualifie ce dernier d'algérien avant de se rétracter en se rendant compte de la participation d'un conférencier marocain.

Ce dernier, notant son désarroi, observe qu'Ibn Battouta est né à Tanger au Maroc ; cependant, compte tenu de la thématique du colloque, on dira qu'il est citoyen du monde. Il ne veut pas entrer dans les détails pour édifier les conférenciers (dont la plupart sont des historiens et des arabophones avérés) sur les frontières du Maroc sous la dynastie des Mérinides (1244-1465). À l’époque, celles-ci s’étendent alternativement sur une large partie de l’Afrique du Nord.

On est donc en 2021, quelques mois après que l'Algérie décide de partir en guerre contre ses voisins pour s'approprier leur héritage culturel et civilisationnel. Si on compte virtuellement des victoires imaginaires, on ne peut faire autant pour compter les figures intellectuelles qui ont marqué l'histoire de ce pays. Cependant, ces figures intellectuelles existent et méritent d'être découvertes sans céder à la propagande ni à la démagogie, et sans créer des frontières qui n’ont pas existé avant 1962.

Je ne cesse de citer le roman de Tahar Djaout "Les chercheurs d'os", publié en 1984, qui interpelle une démarche de fabrication des héros dans un pays encore objet de stigmates qui n'en finissent pas de traumatiser. Alors, on en emprunte aux autres avec l’espoir de se forger une histoire avérée. Le Maroc est en tête de liste des cibles visées par l’Algérie. Il est suivi de la Tunisie, de la Libye et de l'Égypte.

L'Égypte, justement, n'est pas en reste. Il aura suffi que des journalistes et des artistes égyptiennes révèlent leurs ascendances marocaine et tunisienne et parlent de la contribution de leurs ancêtres à la civilisation de l’Égypte pour qu'elles soient traitées de tous les noms. Les campagnes de dénigrement émanent à la fois d’internautes zélés et de personnalités réputées pour leur sagesse et leur retenue.

Curieusement, Omar Sharif, icône du cinéma égyptien et mondial, parle de l'histoire de l'Égypte quelques années avant son décès en 2015. Il choque tout le monde en disant que son pays a toujours été gouverné par des puissances étrangères ou par des dirigeants d'origine étrangère.

C’était comme si Omar Sharif se démarquait de l’élan de pharaonisation qui avait meublé le paysage médiatique égyptien à la suite de la signature des accords de paix entre l'Égypte et Israël en 1979. L'Égypte est expulsée de la Ligue des États arabes et de l'Organisation de la Conférence islamique. La réaction virulente des partisans de la pharaonisation faisait valoir que l'Égypte n'avait rien à voir avec les Arabes et les Musulmans.

Le rattachement à l'identité ne peut être pérennisé sans la protection et la sauvegarde du patrimoine à tous les niveaux de la conscience identitaire. Durant les années 1980-1990, grâce à la mobilisation de la société civile, Casablanca échappe à l'invasion des spéculateurs fonciers qui cherchent à s'emparer de la Casablancaise au sein du parc de la Ligue arabe pour la transformer en une ville de béton. Il en est de même pour l'ancienne médina. Heureusement, cette mobilisation sauve les deux espaces, chers aux Casablancais.

Il est loin le temps où des spéculateurs fonciers voulaient profiter de la vétusté de certaines maisons et édifices pour faire main basse sur tout ce qui tombe sous le qualificatif "restauration urgente ou démolition". Ensuite, de nos jours, avec la relance du projet de l'avenue royale, la spéculation va bon train. Cependant, il est à croire que les autorités compétentes veillent au grain et doublent de vigilance pour faire de cette avenue une perle d’architecture et d’espace écologique dont les habitants et les visiteurs seront fiers.

La fierté d'avoir un patrimoine culturel et civilisationnel peut être un leurre si la dispute sur son appropriation prend une dimension politico-idéologique criarde. Le problème devient encore plus scandaleux si la religion s'y mêle. À cet égard, il est sidérant de constater la course de certains pays arabes et musulmans pour réinventer l'histoire de l'islam en faisant l'impasse sur des épisodes obscurs qui n'en finissent pas d'ajouter à la confusion le désarroi.

La relecture de l'histoire du Moyen-Orient, de l'Afrique du Nord et de l'Europe occidentale est un casse-tête pour les chercheurs qui font de l’honnêteté intellectuelle leur sacerdoce. La primauté ou la priorité de celui ou celle qui a fait quoi tout au long de l’histoire non documentée de manière judicieuse d’un pays est un combat inégal et futile. L'appropriation des symboles religieux est un exercice qui ne fait pas honneur à ses auteurs.

Des monuments transparents et des lumières de lucidité

Actualité obligeante, les États-Unis, le Mexique et le Canada sont sous les feux de la rampe, en raison de l'organisation de la Coupe du monde de football 2026. Toutefois, tout le monde parle de rêve américain. Rien n'est moins sûr, en dépit de certains succès légendaires. L'étiquette "étranger" reste d'actualité. Elle peut être utilisée à des fins idéologiques et politiques.

Samuel Huntington représente cette réalité de manière éloquente. En 2000, à la veille des attentats du 11 septembre 2001, il publie, conjointement avec Lawrence E. Harrison, un essai intitulé : "Culture Matters". Dans cet essai, les deux chercheurs s’efforcent d’atténuer l’ampleur des critiques provoquées par la publication par Huntington en 1997 de son livre ‘’ The Clash of Civilisations and Remaking of World Order’’.

Les attentats du 11 septembre 2002 le rattrapent pour qu’il revienne à ses convictions originelles. Il publie en 2004 un autre essai, encore plus controversé, sous le titre : "Who We Are ? The Challenge to America’s National Identity". Cette production constitue la synthèse entre sa thèse sur le choc des civilisations et l'importance de la dimension culturelle dans le comportement individuel et collectif des Américains. Cependant, un soupçon de néoconservatisme est perceptible dans la perception qu'il développe sur la migration-immigration aux États-Unis.

Je me rappelle d'une histoire qui me fait sourire chaque fois que j'y pense. On est une poignée de jeunes à Rennes : des Français originaires des départements d’outre-mer (DOM) et territoires d’outre-mer (DOT), des Maghrébins et des Libanais. On se raconte des blagues tirées de nos tiroirs respectifs.

Tout se passe bien jusqu'au moment où des amis anglais se joignent à nous. Un Marocain qu’on appelle ‘’Monseigneur la Gaffe’’ fait les présentations d’usage. Il introduit un couple d'amis guadeloupéens en ajoutant que leur pays est toujours sous occupation française. Mal lui en prend. Ces derniers lui signifient qu'ils sont bel et bien des Français et que la Guadeloupe fait partie de la Métropole.

Monseigneur la Gaffe se confond en excuses. Il est encore sous l'emprise de ses récentes lectures de Franz Fanon (1925-1961). "Les Damnés de la Terre", publié en 1961 (année de sa mort aux États-Unis) et préfacé par Jean-Paul Sartre.

Monseigneur la Gaffe raffole déjà des textes de Louis Althusser (1918-1990) déjà à la mode, à l’époque où la gauche française navigue entre le parti communiste et le parti socialiste à la recherche d’un programme commun tiré par les cheveux. Georges Marchais (1920-1989) et François Mitterrand (1916-1996) remplissent les salles de conférence et les complexes sportifs et font de la politique un spectacle.

De même qu'en raison de son amitié avec des étudiants libanais, Monseigneur la Gaffe vient d'assister à un concert de Marcel Khalifé dans l’amphithéâtre principal à la faculté des lettres et des sciences humaines. Marcel Khalifa n’est pas encore connu, mais les chansons telles que ''ريتا والبندقية Rita et le fusil'' et '' العاصفة la Tempête'', "أمي Ma mère'', "جواز السفر Le passeport'' etc., jouées au luth, ébranlent un amphithéâtre où des militants de tous bords sont partagés entre le soutien à la lutte palestinienne et l’alignement sur l’une des parties impliquées dans la guerre civile libanaise.

La plupart des jeunes Libanais vivant en Bretagne et en Normandie fréquentent les universités et s'impliquent dans le militantisme en fonction de leur préférence idéologique et religieuse. La plupart ont une lecture approximative des soubassements de la guerre israélo-arabe de 1973 et des répercussions de l’embargo pétrolier sur les relations entre des pays comme l’Arabie saoudite et les États-Unis.

Déjà, les repères identitaires sont brouillés. Plus tard, les noms de Gibran Khalil Gibran (1883-1931), d’Ilya Ibou Madi (1890-1957), de Mikhail Nouaima (1889-1988) et d’Amin al-Rihani (1876-1940) sont entraînés dans la boue sans raison valable. Des cimetières historiques sont profanés. Des sculptures et lieux de recueillement sont vandalisés. Ils présentent les dommages collatéraux d’une guerre civile absurde qui rappelle le vandalisme des Mongols dans le Levant en 1260 et en 1303.

La fierté est associée à la notion du tiroir. Cependant, il y a de ces destins qui rendent les deux sans impact et sans signification. À l'occasion de la croisière précitée, une escale est programmée à Key West. Naturellement, on nous conduit à cet endroit où un rocher sculpté sous forme de strapontin indique ‘’90 miles to Cuba Southermost Point-Continental-USA’’. Cuba est à vol d’oiseau.

Sur le champ, je ne suis pas tellement impressionné par cette distance considérée comme étant magique aux yeux de nombreux visiteurs. Cependant, pour un instant, l'idée qu'une troisième guerre mondiale fût à deux doigts d'être déclenchée à la suite de la crise des missiles entre les États-Unis et l'URSS en 1962 m’effleure l’esprit. Une hécatombe évitée de justesse.

Toutefois, les souvenirs des victimes qui tentent de regagner la Floride par des embarcations de fortune ou même à la nage sont légion. Sur le chemin du retour vers le bateau, on s'arrête devant la maison qu’Ernest Hemingway utilise pendant des années comme un lieu de retraite et d'écriture. On raconte qu’Hemingway lorgnait Cuba où il avait l’habitude de séjourner de manière intermittente.

Le brassage et l’humilité du partage

Une incision légère me rappelle le destin tragique de ce romancier hors pair. Il se suicide, lui, qui couvre la guerre civile espagnole qui lui inspire deux romans épiques : "Pour qui sonne le glas" en 1940 et "Le Vieil Homme et la Mer" en 1952.

Les monuments parlent et rappellent que des individus et des communautés sont passés par là. Il y a aussi les témoignages de certaines personnes qui figent le sang dans les veines. Une doctoresse, médecin légiste, nous laisse pantois en disant qu'elle dialogue avec les corps bien qu'ils soient inertes. Selon elle, les corps communiquent des messages et rappellent à l'ordre. Parfois, ajoute-t-elle, elle a l'impression que certaines dépouilles mortelles la suivent dans ses rêves comme pour lui reprocher de n’avoir pas bien accompli sa mission du corps et de l’esprit.

Douche froide parce que la doctoresse parle devant une amie atteinte d'un cancer dont elle meurt quelques mois plus tard. Peut-on reprocher à la doctoresse son allocution qui donne la chair de poule ? Ce serait injuste. Elle parle d'un état de fait, d'une expérience au quotidien qui banalise à ses yeux la vie et la mort tout en lui offrant le luxe de rester lucide.

Selon un ancien concept chinois, une personne existe grâce à trois énergies : l'énergie du corps, l'énergie du cosmos et l'énergie des ancêtres. C'est cette dernière énergie qui invite à la réflexion, parce qu'elle est à la fois la plus visible et la moins perceptible dans sa profondeur.

Elle est visible en ce sens que des traces, des empreintes et des actes conditionnent le comportement des individus et des communautés. Elle est moins perceptible parce que chaque fois que les mêmes traces et empreintes entrent en contradiction avec les intérêts personnels exclusifs, ils brouillent la trajectoire du temps et de la conscience qui se trouve en mode ‘’hibernation’’.

Or, il existe une mémoire collective qui conditionne le comportement individuel et collectif. La communication entre les générations se fait à travers la forme tripartite de l’énergie : la force physique, le développement spirituel et la mémoire historique.

La fierté de la dame-guide à Bélize est une leçon d’appartenance identitaire éloquente. Les guerres de résistance et de libération nationale commencent par la sauvegarde des repères historiques dont les monuments sont le porte-étendard. Si bien que les envahisseurs s’attaquent à ces repères pour planter le couteau de l’intimidation et de l’humiliation dans les cœurs des peuples conquis. Ils sont aidés de gré ou de force par des autochtones.

Plusieurs exemples peuvent être cités à cet égard. Premièrement : le saccage de Bagdad par les Mongols en 1258. L’invasion des Mongols met fin à plus de cinq siècles du califat abbasside. Le calife Al-Mouatassim refuse les conditions de reddition imposées par Houlagou Khan. Les mosquées, les bibliothèques (des millions de manuscrits) et tous les monuments qui attestent des civilisations précédentes sont détruits ou noyés dans le Tigre et l’Euphrate.

Deuxièmement : l’entrée des forces internationales conduites par les États-Unis en Irak pour renverser Saddam Hussein est suivie par le saccage du musée national de Bagdad. Parmi les coupables, on découvre des professionnels du vol d’art. Plus de 14 000 antiquités sont dérobées, dont des pièces d’art sumérien. Seulement 4000 milles environ sont récupérés, à ce jour.

Troisièmement : dès le début de la guerre civile syrienne en 2011, des sites inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO sont totalement ou partiellement détruits par l’État islamique et l’armée syrienne délibérément ou comme dommage collatéral. Il s’agit, entre autres, du minaret de la mosquée des Omeyyades, de Palmyre, du Crac des Chevaliers et d’Apamée et Bosra de 2013 à 2015.

Quatrièmement : la destruction des Bouddhas de Bâmiyân en Afghanistan, vieux de plusieurs siècles, en 2001 par les talibans. Les motivations religieuses et idéologiques sont à l’origine des actes de destruction qui durent plusieurs semaines, durant lesquelles des explosifs et des tirs d’artillerie sont utilisés.

Le tourbillon de l’amnésie existentielle

La fierté de la dame de Bélize contraste avec les disputes sur l’appropriation du patrimoine culturel immatériel dont l’UNESCO est le théâtre depuis quelques années. On peut en citer des exemples qui frisent parfois le ridicule. Premièrement, la dispute acharnée entre l’Arménie, l’Azerbaïdjan et l’Iran sur la paternité du lavash, pain plat traditionnel, et de la dolma.

Deuxièmement, le caftan qui a fait l’objet d’une dispute acharnée entre le Maroc et l’Algérie, qui se termine en décembre 2025 par son inscription officielle au patrimoine culturel immatériel (PCI) en faveur du Maroc. Une bataille similaire s’annonce déjà au sujet de l’appropriation du zellige quand bien même toutes les caractéristiques le placent, malgré le déni et l’entêtement de l’Algérie, comme PCI marocain.

Troisièmement, le Novrouz (ou nouvel An persan) est célébré par une dizaine de pays, notamment en Asie centrale et au Moyen-Orient. Cependant, il a fait l’objet de tensions d’une rare intensité impliquant des pays du Caucase et des pays européens quant à l’origine première de cette tradition.

Quatrièmement, la dispute entre la Chine et la Corée du Sud quant à l’origine du festival de Danoje de Gangneung. L’UNESCO inscrit cette tradition en 2005 au nom de la Corée du Sud. La Chine proteste en avançant l’argument que cette pratique rituelle est chinoise à l’origine. Elle va encore plus loin et réussit à inscrire son propre festival, appelé Duanwu, au PCI en 2009.

Cinquièmement, un litige similaire entre les deux pays porte sur la paternité historique du Kimchi. En effet, la Corée du Sud monte au créneau quand la Chine obtient, en 2020, la certification ISO (Organisation internationale de normalisation) du pao cai, une recette qui ressemble au kimchi. Séoul argue qu’il n’y a aucune ressemblance entre les deux recettes dont la méthode de fermentation au piment est typiquement coréenne.

Sixièmement, les divergences sur la catégorisation culturelle des descendants des Mayas et des Incas en Amérique centrale et en Amérique du Sud. Ils se voient dénués de leur héritage ancestral au profit des empreintes ibériques apportées par la colonisation espagnole.

Tous ces litiges posent deux types de problématiques. D’une part, la revendication identitaire légitime face à la propension de certains pays à en faire une arme de combat diplomatique et géopolitique. D’autre part, l’intensité produite par cette revendication au point d’en faire un instrument de marchandage et de mystification de faits historiques qui nourrit l’ultranationalisme et le chauvinisme.

Or, le brassage humain et le brassage génétique relativisent les prétentions à la pureté des races, à la hiérarchisation des individus dans leurs espaces présents et leurs corrélations passées. Ils interpellent l’ascendance illusoire des traditions et des valeurs dont se vantent les sociétés humaines. Les tests d'ADN surprennent par les résultats qu’ils communiquent au grand public et obligent celui-ci à adopter une vision plus réaliste.

Or, on n’est pas obligé d’être plus savant que les autres pour réaliser que les monuments sont plus éloquents dans l’expression du génie des hommes dans leurs rapports à la nature, à la spiritualité et aux différentes dimensions de l’univers. La vie et la mort se côtoient dans une harmonie qui échappe à tous ceux qui n’arrivent pas à sortir du cocon de leurs incertitudes daltoniennes.

Les empreintes civilisationnelles interpellent les actes et les comportements de tous ceux qui limitent le rayonnement civilisationnel des sociétés et la symbiose de l’énergie tripartite à une inscription Photoshop ou à une allocution générée par l’intelligence artificielle. Ils ratent le coche et végètent dans les marécages d’une vie plate, insipide et monotone.

Il en est de même des touristes qui sillonnent les mers et les océans grâce à des croisières de luxe. Ils tentent d’échapper aux vibrations terrestres par la dégustation des gouttelettes d’iode ; mais ils sont loin de soupçonner que les fonds des mers et des océans recèlent des surprises. Le vent qui souffle dans leurs oreilles, alors qu’ils contemplent la beauté de ces espaces magiques, leur communique des messages avec l’espoir que leur entendement les intercepte au moment opportun pour en faire un usage judicieux.

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Le 29 juin 2026 à 16h35

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