Grèce, Espagne. Ils ont pu, et nous, on contemple…
Après la victoire de la gauche grecque de Syriza lors des législatives, la nouvelle gauche espagnole réalise une importante pénétration dans les élections locales et régionales.
Malgré l'annonce de Podemos (Nous pouvons) de ne pas participer aux élections locales et de se concentrer sur les législatives de la fin d’année, ses militants et partisans ont présenté des listes ayant récolté un franc succès dans plusieurs localités.
Ils ont pu …
L’Espagne a connu en 2011 plusieurs manifestations dans ses principales villes. Les jeunes Espagnols sont sortis, ont occupé les principales places des villes et ont institué le mouvement des « indignés » en réaction à la situation économique et sociale dégradée suite à la crise économique et aux politiques d’austérité qui ont malmené les acquis des Espagnols et l’espoir des jeunes de vivre dignes et libres.
Malgré l’indignation populaire, les hommes politiques, sous pression des institutions financières internationales, ont poursuivi les politiques d’austérité les plus draconiennes, ce qui a conduit à plus de paupérisation des couches défavorisées, au chômage des jeunes et à l’amplification des inégalités sociales.
En outre, l’Espagne a connu en l’espace de 4 ans une série de scandales de corruption, d’abus de pouvoirs… qui a touché plusieurs responsables du Parti populaire (de droite) au pouvoir, mais aussi du Parti socialiste (opposition).
En même temps, des jeunes ont œuvré à transposer l’expérience du mouvement des « indignés » à l’action politique organisée. Des séries de débat ont été entamées entre plusieurs professeurs universitaires, des étudiants chercheurs et différentes factions de gauche, et ont débouché vers la création du mouvement « Nous pouvons » ou Podemos qui se transformera rapidement en parti politique ayant pu réaliser des résultats honorables lors des élections européennes.
Podemos a un discours politique palpable, compréhensible et proche des préoccupations de la majorité des couches précaires au sein de la société espagnole, mais il est également dirigé par des leaders jeunes avec un charisme exceptionnel et un discours homogène. Malgré le manque de moyens du nouveau parti et l’acharnement des médias espagnols, Podemos a pu arriver aux catégories cibles, surtout les jeunes des grandes villes.
Et comme cela fut le cas lors de la transition démocratique en fin des années 1980 avec la Movida, des intellectuels et des artistes ont participé au nouveau mouvement politique. En effet, la candidate supportée par Podemos à Madrid par exemple a obtenu le soutien de peintres, de sculpteurs, et des milliers. Son portrait a été affiché sur les vitres des taxis, sur les balcons, etc.
Ainsi, Podemos a-t-il réalisé un grand succès à Madrid, après des décennies de domination du Parti populaire de droite, mais aussi à Barcelone devançant les indépendantistes, et jouera désormais le rôle d’arbitre dans plusieurs villes et régions. Egalement, les sondages lui réservent une place de choix dans le classement des législatives de cette fin d’année.
Effectivement, ils ont pu ! Ils ont pu transformer une indignation populaire et un mécontentement de jeunes à un discours réaliste et convaincant… avec lequel ils ont pu avoir une force politique respectable qui a arrêté la domination du pouvoir par les deux partis traditionnels. L’impossible n’existe pas quand la volonté est là !
Et nous, on contemple…
Aujourd’hui Podemos en Espagne, hier c’était Syriza en Grèce, et avant, il y avait la gauche latino-américaine… Ce sont des leçons pour le peuple de gauche au Maroc et au Maghreb généralement. Chez nous au Maroc, nous ne pouvons pas, malgré que nous fussions « indignés ». Nous sommes heureux de la victoire d’une nouvelle force de gauche et nous jubilons d’espoir et de joie, puis nous revenons à pleurer sur les murs : des organisations de gauche en état de décomposition, qui n’arrivent pas à convaincre mêmes les plus proches.
Pouvons-nous un jour ?
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