Est-ce que je mérite d'être marocain?
C'est un cri de cœur que je vous livre tel que je l'ai ressenti en écoutant une bande d'annonce du ministère de l'Education nationale qui invite les candidats aux examens à ne pas tricher...
Le gouvernement et autres instances qui nous administrent ne doivent véritablement plus savoir comment procéder.
C'est le désarroi.
Habitués aux fameux messages du Comité national pour la sécurité routière, voilà que les médias nous bombardent de messages nouveaux, ceux du Haut commissariat à l'environnement pour ce qui est de la forêt, celui de la Santé, celui de la Conservation foncière, celui de l'eau pour les déclarations des puits, celui de la communication avec la TNT et depuis peu celui de l'enseignement, incitant les candidats aux examens à ne pas copier. Il a tout l'air d'avoir été fait à la hâte. Situation oblige.
Bientôt chaque département aura son spot pour nous dire ceci ou cela.
Chacun de ces messages incite le citoyen à avoir un comportement simplement normal, vis-à-vis de la santé, de l'environnement, de la route, de la loi et j'en passe.
La question se posera toujours quant à l'efficacité de telles façons d'agir. Elle est simplement incommensurable.
Ce qui est certain, c'est que ces messages révèlent surtout une situation d'ignorance des lois, mais aussi de non respect des lois et des règles.
C'est aussi l'expression de l'échec des canaux normaux de communication avec le citoyen, depuis toujours très mal informé.
Les lois sont ignorées, bafouées et les règles élémentaires piétinées.
C'est donc à une véritable crise de valeurs que nous assistons impuissants.
Cette crise manifeste, tire ses origines avant tout de l'échec du système éducatif et scolaire, de l'inconfiance grandissante.
Il en découle du déficit partout.
Le citoyen qui triche au baccalauréat est quelqu'un qui a triché toute une scolarité durant et qui en a fait un mode de fonctionnement. Il a sûrement vécu dans un milieu où tricher est une norme. D'ailleurs, beaucoup de ceux qui copient, le font avec la complicité de leurs parents.
Celui qui triche aux examens est celui là même qui ne va pas respecter les règles de la circulation dès lors que policiers ou gendarmes ne sont pas visibles. C'est le même individu qui va modifier un bâtiment sans autorisation, au risque de sa vie et de celle d'autrui.
Comment voulez-vous qu'il en soit autrement?
Le Marocain se voit dire que sa langue n'est qu'un dialecte, comprenez sans valeur.
Il est jugé ignare dès lors qu'il ne maîtrise pas une autre langue que la sienne.
Il observe impuissant les plus compétents dans la société réduits au silence.
Il constate que l'excellence est source d'ennuis plus qu'autre chose.
Il s'est rendu compte que seuls réussissent ceux qui étudient moyennant finance et surtout à l'étranger.
Même en sport, on lui a signifié qu'il estinapte à représenter son pays parce qu'il n'a pas eu la chance d'être né ailleurs.
Le citoyen marocain est depuis très très longtemps bombardé de messages qui ne font que dans la sinistrose. Il baigne ainsi dans l'incertitude et le pessimisme.
"Alfassad", "La crise cardiaque imminente du pays" sont des concepts qu'on lui a fait intégrer. Il y réagit par une rébellion intériorisée, le désespoir et un comportement vengeur.
Si tous ceux qui ont réussit ont triché pour arriver là où il sont, pourquoi alors lui va-t-il s'en priver?
Tout est meilleur ailleurs et rien n'est bon chez lui.
Alors, il a inventé et respecte la valeur qui lui paraît la plus sûre: la débrouille.
Nous sommes devenus le peuple de la débrouille, avec des codes propres pour ne pas dire des règles propres.
Le jeune est révolté et l'exprime à chatter à longueur de journée, dans un langage et une écriture qu'il a lui même inventées et qu'il perfectionne chaque jour. Une langue qui lui est propre et qu'aucun autre peuple au monde ne saurait déchiffrer.
Il manifeste sa désapprobation en s'abstenant de participer à la vie politique et ne va pas voter.
Il est convaincu que cela ne changera rien à sa situation: la gauche, la droite et les autres, tous pareils. Le jeune ne fait pas de différence parce qu'il n'en voit pas.
C'est le cafouillage total.
Au lieu que ces instances gouvernantes continuent à avancer en ordre dispersé, au lieu que les partis politiques continuent à cultiver le doute et la sinistrose, mieux vaut se mettre finalement au travail et arrêter de se contenter d'effets d'annonce disparates et de discours creux.
C'est dire que s'impose une refonte globale et une définition exacte de ce que doit être le marocain citoyen complet.
Il faut au plus vite avancer en ordre compact et faire une seule campagne, celle de redonner confiance au citoyen dont le quotidien tourne autour de l'école, de la santé, du travail et de la dignité.
Aujourd'hui, il subit le système et en est inconsciemment partie agissante. Chacun dans son domaine y contribue.
La question essentielle que devrait se poser tout un chacun, responsables politiques et technocrates en tête, est simple: Est-ce que je mérite d'être marocain. واش تنستحق نكون مغربي.
À partir de là, il va falloir expliquer à tous et toutes ce qu'est la citoyenneté, les enseignants en premier lieu, eux dont les syndicats n'ont pas été très audibles à propos de la triche aux examens du baccalauréat...
Mais cela est une autre paire de manches.
Cetexte a été initialement publié sur le blog de Aziz Daouda.
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