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Angela Merkel au pays du sourire

  BERLIN – Les élections ont eu lieu en Allemagne. Elles ont profondément transformé le paysage politique allemand et on voit clairement quels sont les gagnants et les perdants. Néanmoins le véritable drame ne s'est pas déroulé entre les principaux partis du pays, mais aux franges du spectre politique.  

Le 26 septembre 2013 à 9h16

La chancelière Angela Merkel bénéficie d'une victoire à une majorité écrasante ; son parti, la CDU (l'Union chrétienne-démocrate), a été à deux doigts d'obtenir la majorité absolue au Parlement. Mais son triomphe est essentiellement dû à l'effondrement de son partenaire de coalition, le FDP (Parti libéral-démocrate), qui pour la première fois dans l'Histoire de la République fédérale ne sera pas représenté au Bundestag.

Depuis la fin de la guerre les libéraux sont un élément clé de la démocratie allemande, mais ils sont maintenant éclipsés ; la responsabilité lui en incombe en priorité. Aucun parti de gouvernement ne peut se permettre d'avoir des ministres aussi manifestement incompétents et de manquer à un tel point de leadership. La chancelière s'est contentée de rester à l'arrière plan et de regarder en spectatrice le suicide public auquel se sont livrés les libéraux au cours des quatre dernières années.

Les partis d'opposition également ont payé le prix de leur incapacité à se confronter à la réalité. L'économie fonctionne bien, le chômage est faible et la situation de la grande majorité des Allemands est meilleure qu'elle ne l'a jamais été. Mais au lieu d'attaquer le gouvernement sur ses points faibles (l'énergie, l'Europe, l'éducation et la politique familiale), ils ont joué leur avenir politique sur la justice sociale. Lors de la campagne, l'optimisme débridé de Merkel était davantage en résonance avec le sentiment de l'électorat allemand que la tristesse des partis d'opposition mettant en avant la détresse de la classe laborieuse - ce qui a été considéré à juste titre comme un prétexte pour augmenter les impôts.

En Allemagne, les élections se gagnent au centre. Le prédécesseur de Merkel, Schröder, le dirigeant du SPD (Parti social démocrate) l'avait parfaitement compris. Mais cette fois-ci, ses adversaires - le SPD, Die Linke (La gauche) et les Verts - ont fait place nette au centre et se sont phagocytés l'un l'autre à gauche. La question du leadership a aggravé encore la situation - Steinbrück, le candidat du SPD, et Jürgen Trittin, le leader des Verts, n'ont jamais eu la moindre chance face à Merkel et au ministre des Finances, Wolfgang Schäuble.

La percée du nouveau parti intitulé Alternative pour l'Allemagne (AfD) est le seul nouvel élément qui pourrait susciter un changement structurel dans la politique allemande. Même s'il a obtenu un peu moins que le seuil de 5% des suffrages nécessaire pour entrer au Bundestag, son score a surpris. Si ses dirigeants utilisent au mieux leur succès, l'AfD pourrait également créer la surprise lors des élections au Parlement européen au printemps prochain.

L'AfD a réalisé de bons scores en Allemagne de l'Est (où trois élections auront lieu l'année prochaine) en raflant des voix à Die Linke. Ce parti pourrait donc s'inscrire durablement dans le paysage politique allemand, rendant encore plus improbable un retour du FDP.

Pourtant, malgré l'implosion du FDP et la stratégie électorale désastreuse des partis d'opposition, Merkel a besoin d'un partenaire de coalition. Die Linke ne convient pas, et toute tentative de constituer une coalition avec les Verts - un parti qui va avoir du mal à se remettre de son mauvais score électoral - conduirait à l'instabilité.

Il n'y aura sans doute pas de nouvelle grande coalition, exactement ce que l'électorat souhaitait. Le SPD va avoir un mouvement de recul face à cette perspective, hésiter et finalement renoncer, parce que Merkel dispose d'un atout de taille : elle pourrait décider d'une nouvelle élection que le CDU remporterait probablement haut la main.

Une grande coalition n'est pas la pire option. Rien ne se dissipe plus rapidement que le sourire d'une victoire électorale, et la satisfaction de l'Allemagne sera bientôt mise à mal par la confrontation avec la réalité : la crise sans fin de l'UE, la Syrie, l'Iran et la politique énergétique.

La nécessité d'un consensus se fait particulièrement sentir en ce qui concerne les décisions difficiles sur l'Europe que l'Allemagne va devoir maintenant prendre. La Grèce a encore besoin d'un allégement de sa dette. La réalisation d'une union bancaire avec mutualisation des risques ne peut plus être retardée longtemps. Il en est de même sur bien d'autres dossiers. Dès cet hiver Merkel va être confrontée au mécontentement et ensuite à la campagne pour les élections européennes - ce qui pourrait ramener brutalement sur terre la CDU.

Mais il ne faut pas s'attendre à un changement significatif de Merkel en matière de politique européenne, de politique étrangère ou de sécurité. Une forte proportion de l'électorat a souscrit à ses positions sur ces questions ; or à partir d'un certain âge la plupart des gens - y compris ceux qui ont des positions importantes - ne changent pas facilement d'avis. En outre, il n'y a plus de différence marquée sur ces questions entre la CDU de centre-droit et le SPD de centre-gauche.

Une grande coalition pourrait faire preuve de plus de souplesse dans la résolution de la crise de l'euro, mais moins sur les questions de sécurité et de politique étrangère. Dans ce dernier domaine l'Allemagne a fait preuve de passivité dans le cadre d'une alliance occidentale dangereusement bancale ces dernières années. De ce point de vue, elle gagnerait beaucoup à saisir l'occasion pour concevoir une politique étrangère mieux appropriée. Mais il s'agit ici d'un vague espoir plutôt que d'une attente concrète.

Il sera également intéressant de voir si - et alors comment - Merkel mènera le revirement confus de l'Allemagne en matière d'énergie (Energiewende), le passage à une économie à faible émission de carbone qui est le projet intérieur le plus important de son mandat. Si elle échoue, ce projet sera une honte monumentale pour l'Allemagne et un désastre pour son économie. La question cruciale est de savoir si elle parviendra à rassembler toutes les compétences nécessaires au sein du ministère de l'énergie pour mener à bien ce méga-projet, et à qui elle en confiera la responsabilité.

Feu le rédacteur en chef de l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, Rudolf Augstein qui n'appréciait pas l'ancien chancelier Helmut Kohl, avait intitulé son éditorial sur la réunification de l'Allemagne «Félicitation, chancelier !». Pour Merkel, le scrutin de dimanche a ouvert une porte, notamment en ce qui concerne la résolution de la crise de l'euro et l'approfondissement de l'intégration européenne. Mais je m'abstiendrai de la féliciter avant qu'elle ne réussisse.

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

© Project Syndicate 1995–2013


 

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Le 26 septembre 2013 à 9h16

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