Algérie, David Keene et le Washington Times
David Keene est un vieux briscard de la politique et du lobbying aux États-Unis. C’est un routier qui a accompagné plusieurs présidents républicains de Nixon à Trump, en passant par les Bush père et fils. Il a accumulé une grande expérience, connait bien les méandres de la politique de son pays, ainsi que les rouages du parti républicain et de l’administration américaine. L’Algérie révolutionnaire, tiers-mondiste et socialiste, a trouvé dans ce républicain, conservateur assumé, la personne idoine pour défendre ses intérêts en Amérique.
David est aussi un journaliste en contact permanent avec les médias de son pays pour véhiculer ses idées conservatrices de droite, et promouvoir celles des donneurs d’ordres étrangers, moyennant espèces sonnantes et trébuchantes. Alger est de ceux-là, et sa diplomatie se sert de ses contacts pour diffuser sa hargne anti-marocaine au sein des républicains et à travers la publication d’articles dans certaine presse, comme the Hill, The American Spectator ou Washington Times.
David puise sa rhétorique dans le même registre et vivier que celui de la diplomatie algérienne qui le rémunère grassement pour contrecarrer les intérêts du Royaume. Ses éléments de langage ne diffèrent guère de ceux véhiculés par la diplomatie algérienne, ou par l’Algérie Presse Service. Pour lui, tout développement économique favorable et bénéfique pour le Sahara doit être dénoncé, remis en cause et décrié.
Son article du 27 novembre dernier, publié sur Washington Times, où il dénigrait le développement des énergies renouvelables, en est le parfait exemple. Ses instigateurs, comme lui, auraient souhaité que cette région soit laissée comme trouvée lors du départ des espagnols. Ses autres axes d’attaque contre le Maroc ne varient jamais. Le Maroc sape toute action pour régler le différend qui l’oppose à l’Algérie, il table sur le statuquo, et il ne respecte pas les droits de l’Homme. La même rengaine.
L’Algérie de son côté n’est pas à un paradoxe près. Elle se sert, sans état dame, de ce lobbyiste, défenseur inconditionnel d’Israël, pays qu’Alger voue aux gémonies. Le Washington Times, où David Keene officie et étale ses contrevérités contre le Maroc, a été fondé en 1982 par l’Eglise de l’Unification, connue sous le nom de la secte Moon, du révérend Sun Myung Moon. En juin 1997, en fêtant quinze ans d’existence du journal, Moon affirmait qu’il s’est consacré au développement de ce journal, espérant qu’il remplirait sa mission pour construire une nation divine.
Le consultant Keene sur qui Alger a jeté son dévolu est également un fervent défenseur du port d’armes aux États-Unis. Il préside de 2011 à 2013 la National Rifle Association, dont il défend âprement la politique auprès du gouvernement fédéral. Pendant ces années à la tête de la RNA, c’est John Bolton qui s’occupa des affaires internationales au sein de cette organisation. Quand ce dernier était, entre 2005 et 2006, Représentant permanent de Georges Bush à l’ONU, les deux manigançaient ouvertement contre les intérêts du Maroc.
En quittant ce poste, Bolton monta à son tour en 2008 avec Nina Rosenwald, riche héritière et philanthrope, un think-tank et groupe de pression Gatestone Institute, connu pour être proche d’Israël, antimusulman et faisant la promotion du choc des civilisations. La collaboration entre les deux hommes sera toujours forte. Bolton en sera le président, entre 2013 et 2018, avant d’être nommé Conseiller à la Sécurité sous le président Trump, entre 2018 et 2019, d’où il mena, encore une fois, une guerre ouverte contre les intérêts du Royaume.
Le limogeage de Bolton en septembre 2019, porta un coup dur aux activités de David Keene, et aux espoirs de l’Algérie, qui perd avec ce départ impromptu un relai irremplaçable. Les raisons apparentes de son départ étaient des discordances avec la Maison-Blanche sur les dossiers de la Corée du Nord et de l’Iran. Keene, l’agent d’Alger, s’est trouvé subitement orphelin après le départ de son ami Bolton. Ses affaires au service de l’Algérie s’en sont trouvées affectées. La presse est devenue son seul refuge pour étayer les rancœurs algériennes. Quelques mois après, en décembre 2020, le président Trump reconnaissait déjà la marocanité du Sahara.
Pourtant, lors de la nomination de Bolton au poste stratégique à la tête de la Sécurité nationale américaine, David Keene ne cachait pas sa joie des perspectives qu’elle lui offrait pour ses propres affaires et celles de ses donateurs d’ordre. Il affirma ouvertement que cette nomination a sapé les espoirs des Marocains. Il raconta aussi que, selon un de ses amis journaliste français, la nomination de Bolton était considérée au Royaume comme inquiétante.
David Keene a trouvé en son ami John Bolton l’acolyte idéal pour l’aider à fructifier ses affaires tout en assouvissant rapidement les exigences d’Alger. Il lui fallait cependant trouver les arguments politiques qui puissent couvrir ses démarches de lobbying. Selon ses dires, Bolton est devenu celui qui comprend le mieux la détresse des sahraouis, et que la confrontation armée entre le Maroc et l’Algérie risque de nuire aux intérêts américains dans la région. C’est pendant cette période que le renouvellement de la Minurso fut réduit à six mois au lieu d’un an, et qu’on a voulu réintroduire, par effraction, l’option référendaire comme seule option alors qu’elle avait prouvé son inapplicabilité sur le terrain.
Après le départ de Bolton, c’est au tour des républicains de céder le pouvoir aux démocrates avec Biden. Cet intermède donna un zeste d’espoir à Keene et à Alger pour un possible retournement à la situation ante. Peine perdue, les démocrates maintiennent la décision de Trump sur la marocanité du Sahara. Keene concentre alors son travail sur les publications d’articles, toujours hostiles et plus amers contre le Maroc. Il a perdu l’efficacité d’autrefois, et Alger a compris qu’il lui faut compter sur d’autres cabinets d’influence comme Foley Hoag basé à Boston, pour tenter de redorer son image écornée auprès des administrations américaines.
David Keene a toujours sous la main Washington Times et continue à s’en servir pour ses propres desseins. Le journal est maintenant digital mais toujours sans grande audience. Il ne peut se comparer au grand Washington Post, dont les analyses sont souvent objectives et crédibles. Mais comment peut-il l’être quand le Washington Times prône des théories de complot, et que ses analyses contiennent des propos racistes islamophobes et xénophobes ? L’autre question subsidiaire est comment l’Algérie, dont la politique est à l’opposé de ces thèmes, peut-elle payer encore les services d’un tel organe de presse ?
Dans son récit autobiographique, Long walk freedom, Nelson Mandela évoquait le journal Washington Times et ses journalistes qui lui ont rendu un jour visite alors qu’il était encore en prison. "Ils semblaient moins déterminés de connaître mes opinions qu’à prouver que j’étais communiste et terroriste. Toutes leurs questions étaient orientées. Quand j’ai répété que je n’étais ni communiste ni terroriste, ils ont tenté de montrer que je n’étais pas chrétien, affirmant que le révérend Martin Luther King n’avait jamais eu recours à la violence". Les militaires algériens devraient méditer ce que pensait Mandela de cette catégorie de presse.
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