Venezuela: l'opposition dans la rue contre la Constituante de Maduro
Des affrontements ont eu lieu lundi entre forces de sécurité et manifestants lors de blocages de rues au Venezuela pour protester contre le projet d'assemblée constituante du président Nicolas Maduro, avant une consultation populaire symbolique prévue par l'opposition.
Avec des barricades faites de cordes, de véhicules, d'arbres et de détritus, des groupes d'antichavistes (du nom d'Hugo Chavez, président de 1999 à sa mort en 2013) participaient à ce "grand blocage" pour accroître la pression sur le gouvernement et mobiliser la population.
Une dizaine de jeunes et des policiers ont été blessés, et des manifestants arrêtés dans l'est de la capitale, ont constaté des journalistes de l'AFP.
"Ce peuple est décidé à poursuivre la lutte pour la liberté. Dimanche, aura lieu l'acte de désobéissance civile le plus important de l'histoire du Venezuela", s'est exclamé Freddy Guevara, vice-président du Parlement contrôlé par l'opposition, au cours d'une opération de blocage à Caracas.
Fermement opposés au projet de Constituante, les adversaires du chef de l'Etat socialiste se sentent pousser des ailes depuis la libération de prison d'un de leurs emblématiques porte-drapeaux, Leopoldo Lopez, 46 ans, désormais assigné à résidence.
Il avait été condamné en 2014 à quasiment 14 ans de privation de liberté pour "incitation à la violence" pendant des manifestations contre Nicolas Maduro de février et mai 2014, qui s'étaient soldées par la mort de 43 personnes.
L'opposition voit dans cette remise en liberté un "succès" obtenu grâce aux manifestations, mais assure qu'elle continuera à "lutter" pour la libération des plus de 400 "prisonniers politiques" qu'il y a encore selon elle au Venezuela.
"Ce qui s'est passé avec Leopoldo est une étape, nous devons continuer au nom de tous les prisonniers et jusqu'à l'organisation d'élections générales. Ce gouvernement veut nous affamer (...) On n'a pas peur", a déclaré à l'AFP Miguel Vielma, un étudiant de 18 ans.
"Pas un de plus, halte aux morts", pouvait-on lire sur le bitume de l'avenue Francisco de Miranda, dans la capitale. Depuis le début de la vague de protestation, il y a plus de trois mois, 92 personnes sont mortes.
- Téléphone Maduro-Poutine -
En face, le camp présidentiel assurait que rien n'arrêterait la Constituante, dont les 545 membres doivent être désignés le 30 juillet afin de rédiger une nouvelle Constitution qui remplacera celle de 1999.
Dans tous les Etats du Venezuela, des milliers de supporters du président Maduro participaient de leur côté lundi à des rassemblements électoraux.
"Ceux qui ne veulent pas la paix sont les fous, les irrationnels, les fascistes, un groupe très réduit mais qui fait beaucoup de mal. La Constituante apportera la paix", a affirmé au cours d'une autre réunion la première dame, Cilia Flores, candidate à l'assemblée constituante, tout comme le fils du président.
Nicolas Maduro assure que la Constituante apportera la stabilité économique et politique. Il s'est entretenu de la situation dans son pays avec son homologue russe Vladimir Poutine, a fait savoir le ministère des Affaires étrangères.
M. Poutine a reconnu les efforts du président vénézuélien pour "maintenir la stabilité et la paix du pays", selon un communiqué.
Selon le cabinet Datanalisis, près de 70% des Vénézuéliens y sont opposés et 80% dénoncent la gestion du chef de l'Etat.
L'opposition est contre ce projet qu'elle qualifie de "fraude" orchestrée par le camp présidentiel pour maintenir "une dictature" dans un pays en plein naufrage économique, ruiné par la chute des cours du pétrole dont il est un gros producteur.
- L'Eglise monte au créneau -
L'Eglise catholique aussi est montée au créneau, dénonçant la semaine dernière "l'inscription dans la Constitution d'une dictature militaire, socialiste, marxiste et communiste".
Elle a appelé lundi M. Maduro à renoncer à son projet de Constituante.
Le président du Venezuela est aussi confronté à des voix critiques au sein même de son camp, dont celle de la procureure générale Luisa Ortega, une chaviste entrée en dissidence, qui fustige les dérives du gouvernement et des militaires.
Menacée d'un procès qui pourrait conduire à sa destitution, elle devrait être fixée cette semaine sur son sort: la Cour suprême décidera si elle peut être traduite en justice pour des fautes présumées.
Le parquet s'est encore attaqué au pouvoir lundi en convoquant un militaire, le colonel Bladimir Lugo, qui était en charge de la sécurité du Parlement où des pro-Maduro avaient séquestré des députés et blessé sept élus.