Le dépeçage d'Air Berlin se précise
La compagnie aérienne allemande en déroute Air Berlin est en discussion avec trois prétendants intéressés par des pans de son activité, mais son patron a prévenu que cela ne suffira pas à sauver tous les emplois.
"En plus de Lufthansa, nous sommes en contact avec deux autres intéressés provenant du transport aérien", a déclaré Thomas Winkelmann dans un entretien au quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) paru jeudi, sans donner de noms.
Le britannique Easyjet et Condor, compagnie allemande appartenant au groupe de tourisme britannique Thomas Cook, sont cités par plusieurs médias.
Sollicité par l'AFP, Easyjet n'a pas voulu faire de commentaires et Condor s'est contenté de se dire prêt à jouer "un rôle actif dans de possibles solutions" concernant l'avenir d'Air Berlin.
Toutes ces entreprises, avec lesquelles Air Berlin est en contact depuis des semaines, sont "sérieuses sur le plan financier et suffisamment grosses en terme de volume pour offrir à Air Berlin un avenir sûr, et seraient par ailleurs intéressées par une poursuite des opérations depuis l'Allemagne", a expliqué le patron. Elles sont également cotées en Bourse.
M. Winkelmann, très présent dans la presse du jour, s'est voulu rassurant concernant le sort des quelque 8.000 employés de la compagnie. "Je pense atteindre mon but malgré la procédure d'insolvabilité et garantir une grande partie des emplois", a-t-il déclaré au journal Die Zeit.
Il laisse toutefois, en creux, la porte ouverte à des suppressions de postes. "Tous les emplois ne pourront pas être sauvés", a-t-il d'ailleurs lâché lors d'une réunion du personnel évoquée par le FAZ.
Dans ce contexte, Air Berlin ne donne plus de date pour la publication de son bilan financier pour le premier semestre, initialement annoncée pour vendredi.
A la Bourse de Francfort, vers 11H40 GMT, le titre Air Berlin, coté hors indices, s'envolait de 10,78% à 41 centimes d'euros.
Mardi, l'action avait dévissé de plus de 30% quand la compagnie, lâchée par son plus grand actionnaire Etihad qui la maintenait à flot depuis des années, avait annoncé le lancement d'une procédure d'insolvabilité.
Elle avait en même temps assuré que ses avions continueraient à voler, alors que des discussions avec plusieurs repreneurs éventuels avaient déjà débuté, et ce grâce au sursis de trois mois offert par le gouvernement allemand, à quelques semaines des élections générales dans le pays, sous la forme d'un prêt-relais de 150 millions d'euros.
-Ryanair ulcéré, Lufthansa surveillé-
Le géant de l'aérien Lufthansa avait annoncé dans la foulée être sur les rangs pour racheter une partie des activités de son cadet allemand.
D'après le Süddeutsche Zeitung à paraître vendredi, le démantèlement d'Air Berlin pourrait intervenir bien avant novembre.
Les négociations avec Lufthansa devraient entrer dans le vif du sujet dès vendredi et déboucher sur un accord la semaine prochaine. Le groupe Lufthansa serait prêt à reprendre environ 90 appareils (sur environ 140), dont les 38 avions qu'il loue actuellement et la flotte entière (une vingtaine d'appareils) de Niki, filiale autrichienne d'Air Berlin, toujours selon le quotidien.
La compagnie irlandaise à bas coûts Ryanair, en pleine phase d'essor en Allemagne, continuait de pousser des cris d'orfraie face à ce que son patron considère comme étant une "conspiration" fomentée par le gouvernement et Lufthansa.
"Si ce rachat illégal aboutit, nous pourrions avoir des difficultés à obtenir des créneaux horaires dans d'importants aéroports comme Berlin, Munich et Francfort, où Lufthansa contrôlera plus de 80% des créneaux", a regretté dans un communiqué sa compagnie, qui a déposé une requête devant les autorités allemande et européenne de la concurrence pour bloquer la reprise d'Air Berlin par Lufthansa.
M. O'Leary s'est dit jeudi intéressé par le rachat d'activités d'Air Berlin en cas de "processus de liquidation normale et équitable", dans un entretien accordé au journal Handelsblatt.
Un éventuel rapprochement entre les deux grands noms du transport aérien allemand sera quoi qu'il en soit limité, a estimé la Commission des monopoles, un organe qui conseille le gouvernement allemand. Son président Achim Wambach a ainsi averti que Lufthansa "devrait s'attendre à de strictes conditions et contraintes pour un feu vert à la fusion" avec Air Berlin, alors que les deux groupes sont concurrents sur de nombreuses liaisons aériennes.