Le Brésil vote, Dilma Rousseff solide favorite
Plus de 142 millions de Brésiliens votaient dimanche pour le premier tour d'une élection dont la présidente de gauche Dilma Rousseff est donnée grande favorite avec plus de 40% des intentions de vote.
Candidate du Parti des travailleurs (PT) pour un second mandat, Mme Rousseff, 66 ans, devra sans doute disputer un second tour, le 26 octobre, face à l'un deux grands candidats du changement, le classique social-démocrate Aecio Neves ou l'atypique écologiste et ex-favorite de cette élection Marina Silva.
Longtemps relégué loin derrière ses deux rivales, M. Neves a dépassé pour la première fois Marina Silva dans les sondages au terme d'un campagne riche en rebondissements. Il obtiendrait 24 à 27% contre 21 à 24% pour Mme Silva.
Les électeurs du géant émergent d'Amérique latine sont partagés entre fidélité au bilan des conquêtes sociales initiées par l'ex-président Lula (2003-2010), le mentor de Mme Rousseff, et partisans d'un coup de barre libéral au centre pour relancer l'économie en panne.
Ils votaient aussi dimanche pour élire leurs 513 députés fédéraux, 1.069 députés régionaux, au scrutin de liste proportionnel à un tour, ainsi que 27 gouverneurs et un tiers du sénat (27 sièges) parmi plus de 26.000 candidats.
Le vote, obligatoire au Brésil, devait prendre fin à 17H00 (20H00 GMT). Les premières tendances seront connues environ deux heures plus tard grâce à un système d'urnes électroniques.
- Urne flottante -
Au coeur de l'Amazonie, Antonio Lopes da Silva, un pêcheur de 33 ans, s'est rendu en canoë, pour aller voter "en conscience, et améliorer ce pays", vers son bureau de vote flottant au milieu d'un lac.
Dans la mégapole industrielle de Sao Paulo, à 2.70 km de là, l'employée d'hôpital Eliana Veracruz, 60 ans, confiait : "Je vote PT pour tout ce qu'ils ont fait pour moi même si j'ai peur que la situation économique actuelle nous affecte".
Eunice Daros, fonctionnaire de 46 ans à Brasilia réclamait au contraire un "changement radical". "Les classes moyennes ont été les plus lésées par le PT. Nous payons plus d'impôts et ne recevons rien en échange tandis que les classes les plus basses reçoivent de l'aide sociale", se plaignait-il.
Les trois favoris ont voté dans la matinée, Mme Rousseff à Porto Alegre (sud), berceau de l'altermondialisme, Aecio Neves, "serein", à Belo Horizonte, capitale de l'Etat de Minas, le deuxième plus peuplé du Brésil dont il a été deux fois le populaire gouverneur.
Et Marina Silva à Rio Branco, capitale de l'Etat amazonien d'Acre où elle née pauvre et à travaillé enfant à la récolte du latex, a appris à lire et à écrire à 166 abs, avant d'entamer un parcours militant hors du commun.
L'ex-président Lula a confié à l'AFP s'attendre à un duel classique entre Dilma Rousseff et Aecio Neves, les candidats des deux partis qui alternent au pouvoir depuis 20 ans.
"Je crois que c'est ce qui va se passer. Ce sont deux forces politiques très fortes, et une candidature ne peut se défendre à partir de rien. Il faut une équipe et des militants", a-t-il déclaré à l'AFP, dans une allusion à Marina Silva.
Propulsée de manière inattendue dans la campagne après la mort dans un accident d'avion en août de son allié, le candidat du PSB Eduardo Campos, cette dernière avait pourtant bouleversé la campagne en délenchant un tsunami dans les sondages.
Au point que cette transfuge du PT prônant une "nouvelle politique" mi-gauche mi-libérale, en rupture avec le jeu des grands partis, avait un temps été donnée favorite au second tour contre Mme Rousseff.
Mais elle a peu à peu été rattrapée puis dépassée par Mme Rousseff, puis par le sénateur Neves, poussés par les puissantes machines électorales de leurs partis.
- Classe moyenne divisée -
Le panorama de ces élections est bien différent de celles de 2010, remportées par Mme Rousseff dans l'euphorie finissante du miracle socio-économique des années Lula.
Le vent a tourné pour la septième puissance économique mondiale: quatre ans de croissance au ralenti jusqu'à l'entrée en récession au premier semestre, sur fond de poussée de l'inflation (6,5%) et de dégradation des comptes publics. Un maigre bilan contrebalancé par un taux de chômage historiquement bas (4,9%).
Le classe politique a été ébranlée par la fronde sociale historique de juin 2013: les jeunes de la génération Lula avaient manifesté en masse contre la corruption des élites et exigé une amélioration radicale de l'éducation, des hôpitaux et des transports publics.
Le PT a vu son image ternie par des scandales de corruption.
Mais son héritage de programmes sociaux et d'amélioration du niveau de vie lui vaut le soutien fidèle des classes populaires et des régions déshéritées comme le Nord-est où il est ultra-favori.
Plus de 40 millions de pauvres ont rejoint une classe moyenne pour la première fois majoritaire à ces élections, et accédé à la consommation depuis 2003.
La classe moyenne, dont la situation économique a stagné ces quatre dernières années, est aujourd'hui divisée entre continuité à gauche et virage libéral, en particulier dans le Sud-est industrialisé des mégapoles de Rio de Janeiro et Sao Paulo.