L'absence d'instruments de protection limite la port
Au Maroc, l'absence d'instruments de protection aux niveaux national, régional et local limite la portée des programmes et stratégies destinés aux femmes en les concentrant au niveau central, de même qu'elle entrave la promotion des droits des femmes, a déploré la présidente de l'Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM), Samira Bikarden.
L'absence de ces instruments entrave également les services de proximité destinés aux femmes, a ajouté Mme Bikarden dans un entretien accordé à la MAP à l'occasion de la Journée internationale de la femme (8 mars).
Mme Bikarden préfère parler de promotion des droits des femmes et non pas d'amélioration de leur situation, et estime que ce dernier concept résume la condition de la femme en des services et des projets à court terme.
Elle souligne ainsi que parmi les contraintes auxquelles fait face le processus de promotion des droits des femmes il y a lieu de citer certaines lois discriminatoires et ce au moment où la Constitution stipule l'égalité entre les deux sexes et interdit toute forme de discrimination comme le stipule les engagements internationaux pris par le Maroc.
En outre, déplore la présidente de l'ADFM, plusieurs programmes et stratégies destinés aux femmes lancés par des départements gouvernementaux ne sont pas inscrits dans la durée dans la mesure où ils sont arrêtés à la fin du mandat du gouvernement sous prétexte du changement et de l'actualisation, ce qui limite, a-t-elle dit, l'efficacité de l'action gouvernementale.
Et de rappeler à cet effet l'Agenda gouvernemental pour l'égalité des sexes qui s'est transformé en Stratégie nationale pour l'égalité des sexes. Cette transformation, estime-t-elle, constitue "une régression", eu regard au processus de défense de l'institutionnalisation de l'égalité entre les sexes.
Par ailleurs, Mme Bikarden s'est félicitée des acquis réalisés lors de la dernière décade grâce notamment à l'action des associations de femmes, dont les réformes du code de la famille, du code de la nationalité, du code du travail et du code pénal et la constitutionnalisation de l'égalité entre les sexes.
Tout observateur averti de l'action gouvernementale depuis 2011 dans le domaine de la promotion des droits des femmes ne peut que relever ''un dysfonctionnement'' au niveau des approches adoptées ainsi que l'incapacité à mener à bien les chantiers ouverts, surtout en ce qui a trait aux lois qui attendent toujours d'être adoptées par le parlement ou par les commissions concernées, a relevé la militante associative.
C'est un constat criant en ce qui s'agit de la loi sur l'Instance nationale de la parité et de lutte contre toutes les formes de discriminations, l'adhésion au protocole facultatif, la loi sur la lutte contre la violence et l'adéquation des autres lois, comme le code pénal, avec les dispositions constitutionnelles ainsi qu'avec les engagements internationaux pris par le Maroc, a-t-elle estimé.
D'autre part, la présidente de l'ADFM a affirmé qu'en l'absence d'études et de recherches, il est difficile d'avancer que les femmes ont pris conscience de leurs droits, ajoutant toutefois que la réforme du code de la famille a accru la prise de conscience des femmes de leurs droits grâce au débat public qui a accompagné cette réforme et aux campagnes organisées par les associations de femmes, en particulier en matière de sensibilisation aux violences faites aux femmes.
Pour Mme Bikarden, la sensibilisation aux droits des femmes est tributaire de la mise à disposition par les autorités de ressources importantes à travers notamment les médias et les établissements scolaires, et ce afin de changer les mentalités et d'accompagner les réformes entreprises dans le cadre d'une politique publique claire en conformité avec le choix opéré par le Maroc en vue de jeter les bases d'une société égalitaire, où les citoyens, hommes et femmes, peuvent jouir de leurs droits fondamentaux.
S'agissant du bilan de la participation politique des femmes, elle a noté que la présence de 67 députées au parlement sur un total de 395 parlementaires, soit 17 pc, est en-dessous des espérances du mouvement féministe qui aspire à la parité, faisant remarquer que trop peu de femmes assument des missions au sein du parlement ce qui affaibli leur impact sur les décisions prises, puisque sept femmes seulement assument des missions au sein de l'institution législative.
En matière de gestion de la chose locale au niveau des collectivités locales, le passage de la présence des femmes de 0,55 pc à plus de 12 pc constitue un indicateur du renforcement de la participation des femmes à la gestion locale, même si cette moyenne demeure encore loin des critères de l'ONU, à savoir le tiers, a-t-elle fait remarquer.
Et de souligner que les mécanismes visant à renforcer le rôle des femmes dans l'espace public n'ont pas été activés d'une manière appropriée, comme c'est le cas pour la commission de la parité et de l'égalité des chances et pour l'adoption de l'approche genre dans les stratégies de développement.
Selon elle, il ne suffit pas de prôner la discrimination positive, mais plutôt de mettre en place un programme pour renforcer le rôle des femmes au sein des conseils locaux, d'où l'importance du rôle des partis politiques dans ce domaine.
La présidente de l'ADFM propose dans ce sens que les lois réglementaires prévoient des mesures répressives au cas où les formations politiques ne présentent pas de candidates ou ne font pas de sérieux efforts pour renforcer la participation de la femme. JB---BI/TRA. AJ.
MAP 051034 GMT mar 2015