La “répression transnationale” s'est concentrée en 2025 sur l'Asie du Sud-Est et l'Afrique de l'Est
La répression par les gouvernements autoritaires de leurs citoyens hors de leurs frontières s'est encore accrue en 2025, en particulier en Asie du Sud-Est et en Afrique de l'Est, indique jeudi l'organisation américaine Freedom House.
Le phénomène de "répression transnationale" est apparu au grand jour avec l'assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi au consulat de son pays à Istanbul, en Turquie, en octobre 2018.
Dans son rapport annuel sur ce phénomène de projection par ces régimes de leur appareil coercitif sur leurs ressortissants hors de leurs frontières, Freedom House, ONG qui promeut la démocratie, souligne que la Chine en reste le principal acteur mondial, suivie par le Vietnam et la Russie.
Six nouveaux Etats sont venus en 2025 s'ajouter à une liste déjà longue : l'Afghanistan, le Bénin, la Géorgie, le Kenya, la Tanzanie et le Zimbabwe.
Cela porte à 54 au moins le nombre d'Etats recensés comme s'étant livrés depuis 2014 à ces pratiques, soit "plus d'un quart des pays dans le monde", souligne Yana Gorokhovskaia, co-rédactrice du rapport, dans une interview à l'AFP.
"La collaboration entre gouvernements autoritaires a alimenté la répression transnationale en Asie du Sud-Est et en Afrique de l'Est en 2025", avec plus de la moitié des actes recensés - 69 sur 126 au total dans le monde - enregistrés dans ces deux régions, selon le rapport.
En Afrique de l'Est, "la tendance a été pour ces gouvernements, au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie, de coopérer pour s'échanger leurs dissidents respectifs en les arrêtant", détaille Yana Gorokhovskaia, expliquant que ces actes visant des opposants à l'étranger coïncident généralement avec des périodes de tension électorale.
En novembre 2024, un dirigeant de l'opposition ougandaise Kizza Besigye a été enlevé lors d'un déplacement au Kenya avant de réapparaître en Ouganda, où il est actuellement jugé. Et en janvier 2025, une célèbre militante tanzanienne des droits de l'Homme, Maria Sarungi Tsehai, avait été enlevée à Nairobi, puis libérée à la suite de l'intervention d'organisations de défense des droits de l'Homme.
- "Pas aller très loin" -
En Asie du Sud-Est, la Thaïlande a cédé aux pressions de la Chine et du Vietnam pour leur livrer des représentants de minorités ethniques, en raison notamment de la crainte de représailles et d'incitations économiques de la part de Pékin, selon le rapport.
En raison des politiques d'immigration dans le monde, "les dissidents ne parviennent généralement pas à aller très loin de leur propre région", explique Yana Gorokhovskaia, citant l'exemple de Cambodgiens se réfugiant en Thaïlande ou de Russes en Turquie.
"Par conséquent, il y a beaucoup plus de répression transnationale dans ces zones autoritaires parce que c'est là où les dissidents peuvent arriver", poursuit-elle.
Les arrestations et les expulsions illicites ont constitué les instruments les plus courants de répression transnationale en 2025, représentant 97 incidents au total, indique Freedom House.
Dans ses recommandations, l'ONG exhorte notamment les Etats démocratiques à prendre des sanctions contre les responsables étrangers "favorisant la répression transnationale par des retours forcés" de dissidents dans leur pays et à s'assurer que leurs politiques d'immigration et d'asile ne favorisent pas de telles pratiques.
"La répression transnationale est un moyen peu coûteux de préserver un régime en réprimant la contestation", résume Yana Gorokhovskaia, déplorant que malgré des condamnations ponctuelles, les sanctions prises par les démocraties sur les régimes qui s'y livrent soient rapidement abandonnées, comme dans le cas de l'Arabie saoudite pour Jamal Khashoggi.
Quant aux mesures prises par les gouvernements démocratiques pour déjouer de telles actions d'Etats autoritaires sur leur sol, ajoute-t-elle, "c'est très bien pour les dissidents qui ont pu s'y établir, mais cela ne change rien pour tous ceux qui n'ont pas pu arriver jusque là".