La filière aérospatiale française recrute et mise sur la défense
Epargnée, voire stimulée par la guerre au Moyen-Orient, la filière aérospatiale française se porte bien et prévoit 20.000 recrutements cette année, sans exclure de combler en partie son déficit d'ingénieurs en se tournant vers l'industrie automobile qui licencie.
Avec un chiffre d'affaires de 85,6 milliards d'euros en 2025, en hausse de 12% par rapport à 2024, la filière emploie 230.500 personnes et a créé 7.000 emplois nets l'an dernier, a annoncé mercredi le Gifas (Groupement des industries aérospatiales françaises) au cours d'une conférence de presse.
Elle vise 20.000 recrutements en 2026 sur fond d'"une vraie pénurie d'ingénieurs" en France, a souligné Clémentine Gallet, présidente du Comité Aéro-PME du Gifas. "On en forme 40.000 par an et on en aurait besoin d'à peu près du double", a-t-elle souligné.
- Ingénieures les bienvenues -
Une situation encourageante pour les jeunes femmes qui "ont tendance à quitter la belle filière de mathématiques" et pour les ingénieurs touchés par les plans sociaux dans l'industrie automobile.
"100% des filles qui sortent de cursus scientifiques sont prises dans les entreprises, contre peut-être un peu moins de garçons. Donc les filles sont prises à tous les coups, il faut les envoyer dans l'aéronautique!", a souligné Clémentine Gallet.
Au moment où des partenariats se nouent en France entre les fabricants de drones et l'industrie automobile, une autre responsable du Gifas, Hélène Moreau-Leroy, voit "le verre à moitié plein" alors que plus de 10.000 licenciements ont été annoncés en Europe depuis deux ans dans l'industrie automobile.
Le passage des ingénieurs de l'automobile vers l'aéronautique "est tout à fait possible", "ce sont des passerelles qu'on sait créer", souligne Mme Moreau-Leroy, nouvelle présidente du Groupe des équipementiers aéronautiques, de défense et spatiaux auprès du Gifas.
Alors que des lycées commencent à proposer une option dronautique au bac professionnel, le Gifas n'envisage pas pour l'heure "un grand plan recrutement drones", souligne Clémentine Gallet.
Mais les compétences recherchées par la filière sont similaires: "on est sur des ingénieurs hyper qualifiés, IT et intelligence artificielle", ajoute-t-elle.
- "Opportunité indirecte" -
Si la défense ne représente qu'un quart des activités du Gifas, les commandes militaires sont de plus en plus importantes, a souligné le président du Groupement Olivier Andriès.
Face à la guerre au Moyen-Orient, la filière aérospatiale française pourrait accélérer ses ventes militaires en Europe en raison du désengagement des Etats-Unis auprès de leurs clients européens, a-t-il estimé.
"Il y a une opportunité indirecte" pour que la "préférence européenne" dans la défense soit mise en oeuvre, a déclaré Olivier Andriès.
Depuis le début de la guerre du Golfe, certains pays en Europe du Nord et Europe de l'Est, particulièrement les pays baltes, "ont reçu des messages de la part des Etats-Unis qu'ils seraient +dépriorisés+", a-t-il assuré.
Les arguments selon lesquels les équipements américains "sont disponibles tout de suite" ou "plus performants que les européens" peuvent "être battus en brèche", a-t-il poursuivi.
Il a cité l'exemple du système de défense anti-aérienne SAMP/T de Thales associé aux missiles Aster, récemment choisi par les Danois face aux Patriot américains et dont les Européens n'ont "pas à rougir".
Pour la branche civile, "il n'y a aucun impact à date", a déclaré M. Andriès, qui est également le directeur général du motoriste Safran. "Il n'y a eu aucune demande d'aucune compagnie aérienne de repousser des livraisons d'avions (...) Depuis quelques années, le secteur aérien est plutôt en manque d'avions".
Les compagnies du Golfe ont repris entre 50 à 70% de leurs vols, tandis que la part des compagnies low cost qui ont réduit leur programme de vols en raison de la hausse du prix du kérosène est "relativement faible", a-t-il poursuivi.
L'impact de la guerre sur la filière dépendra toutefois de la durée de la crise.
"Si la crise devait s'arrêter dans les prochaines semaines, ce serait un choc dont le secteur se remettrait assez rapidement. Mais si la crise devait durer plus longtemps, on est dans un autre scénario", a-t-il conclu.