Irak: l'armée nettoie l'ultime poche de résistance jihadiste à Mossoul
Les forces irakiennes s'efforçaient lundi d'éliminer l'ultime poche de résistance jihadiste à Mossoul après un déplacement du Premier ministre dans la ville dévastée pour féliciter les troupes pour leur victoire.
Avec les derniers jihadistes du groupe Etat islamique (EI) encerclés dans un tout petit réduit de la vieille ville, l'attention se porte désormais sur la tâche titanesque de reconstruire la deuxième ville du pays et d'aider les centaines de milliers de civils déplacés.
Dimanche, le Premier ministre Haider al-Abadi a salué "les combattants héroïques et le peuple irakien pour la victoire majeure" à Mossoul, après des mois de combats acharnés qui ont laissé en ruines une grande partie de la ville septentrionale.
Des photos montrent l'ampleur des dégâts dans la vieille ville. Plus un toit ne semble tenir debout et nombre de bâtiments sont complètement aplatis, laissant présager que la reconstruction prendra du temps.
Lundi, des soldats armés de mitrailleuses et de fusils ont tiré des toits des bâtiments largement détruits, alors que des colonnes de fumée s'élevaient du Vieux Mossoul après le passage de l'aviation.
Des affrontements étaient en cours dans le réduit d'environ 200 m sur 100 où sont retranchés les jihadistes, selon le général Sami al-Aridhi, un des commandants des forces d'élite du contre-terrorisme (CTS).
- "Nous voulons mourir" -
"Ils (les jihadistes) n'acceptent pas de se rendre. Ils crient 'Nous ne nous rendrons pas, nous voulons mourir'", a-t-il ajouté. Mais "les opérations sont dans leur phase finale" et "il est probable que (les combats) se terminent aujourd'hui".
Le général Aridhi a indiqué que ses troupes avaient été informées de la présence d'entre 3.000 et 4.000 civils dans la poche jihadiste mais ce chiffre n'a pas pu être confirmé de source indépendante.
A l'arrivée dimanche de M. Abadi dans Mossoul, son bureau avait affirmé qu'il visitait la ville "libérée". Mais ensuite le Premier ministre avait prévenu qu'il ne proclamerait officiellement la libération totale de l'ancien bastion de l'EI qu'une fois les derniers jihadistes éliminés.
A Bagdad, sur la place Tahrir, des habitants ont fêté toute la nuit après l'annonce de la "victoire" des forces irakiennes soutenues dans leur offensive de près de neuf mois par la coalition internationale dirigée par Washington.
Il s'agit du plus important succès de Bagdad depuis que le groupe extrémiste sunnite s'était emparé en 2014 de vastes régions en Irak dont Mossoul.
Cette victoire ne porte toutefois pas le coup de grâce à l'EI, qui détient toujours des portions de territoires en Irak, et des secteurs plus importants encore en Syrie voisine, même s'il a également perdu du terrain dans ce pays depuis 2015 et que son fief de Raqa est assiégé par des forces soutenues par les Etats-Unis.
Le groupe ultraradical conserve également les capacités de mener des attentats meurtriers.
La victoire à Mossoul, aboutissement d'une offensive lancée en octobre 2016, a été obtenue au prix de milliers de victimes, civils et militaires, d'une crise humanitaire énorme et de destructions colossales, spécialement dans la vieille ville.
- "Plus de maison" -
Près d'un million de civils ont fui la ville depuis le début de l'offensive et 700.000 d'entre eux sont toujours déplacés, selon l'ONU.
Ceux qui sont restés piégés longtemps dans la ville ont vécu dans des conditions "terribles", subissant pénuries, bombardements et intenses combats, et servant de "boucliers humains" à l'EI, d'après l'ONU.
"C'est un soulagement que la campagne militaire à Mossoul approche de sa fin. Le combat est peut-être terminé mais la crise humanitaire ne l'est pas", a dit Lisa Grande, coordinatrice humanitaire de l'ONU pour l'Irak.
"Il est probable que des milliers de personnes vont devoir rester déplacées pendant plusieurs mois", a prévenu le Haut-commissariat pour les réfugiés (HCR).
"Beaucoup n'ont de plus maison et les services de base comme l'eau et l'électricité, ainsi que les infrastructures comme les écoles et les hôpitaux, ont besoin d'être reconstruits ou réparés", a-t-il ajouté.
Vingt-huit organisations humanitaires présentes en Irak ont demandé aux autorités de ne pas forcer les déplacés à rentrer chez eux et exhorté la communauté internationale à soutenir la reconstruction.
Mossoul était un symbole pour l'EI: son chef Abou Bakr al-Baghdadi y avait fait en juillet 2014 son unique apparition publique après la proclamation d'un "califat" sur les territoires conquis en Irak et en Syrie.
Les jihadistes ont détruit le mois dernier la mosquée Al-Nouri dans laquelle leur chef était apparu ce jour-là.
Plusieurs nations membres de la coalition internationale antijihadistes ont félicité Bagdad pour ce succès dans la guerre contre l'EI, qui valide la stratégie antijihadistes des Etats-Unis: battre son ennemi par troupes amies interposées.