Hollande en Suisse pour tourner la page de la brouille sur l'évasion fiscale
Le président français François Hollande est arrivé mercredi en Suisse pour une visite d'Etat de deux jours qui vise à tourner la page d'une série de brouilles autour de l'évasion fiscale ou de l'aéroport de Bâle-Mulhouse et à relancer la relation avec Berne.
A sa descente d'avion, le chef de l'Etat français, accompagné de cinq membres du gouvernement (Ecologie, Education, Travail, Affaires européennes et Numérique), a été accueilli par la présidente en exercice de la Confédération, Simonetta Sommarruga.
Tous deux devaient s'exprimer ensuite à l'hôtel de ville de Berne avant de se retrouver pour un entretien et de tenir une conférence de presse conjointe. Un "dîner d'Etat" devait les réunir encore dans la soirée.
Si la Suisse partage 570 km de frontières commune avec la France, les visites officielles de chefs de l'Etat français chez ce voisin se sont comptées sur les doigts d'une main depuis le siècle dernier avec Jacques Chirac en 1998, François Mitterrand en 1983, et Armand Fallières... en 1910.
Ces dernières années, la question de l'évasion fiscale a lourdement pesé sur les relations, particulièrement crispées sous la présidence de Nicolas Sarkozy qui avait décrété en 2009 que le "temps du secret bancaire (était) révolu".
La même année, le vol des données de HSBC-Suisse par Hervé Falciani avait révolté bon nombre de Suisses.
Mais l'horizon s'est éclairci depuis entre les deux pays. Le climat s'est "considérablement amélioré" depuis deux ans même si la Suisse doit "évidemment poursuivre" ses efforts en matière de transparence fiscale, confirmait-on ainsi à l'Elysée à la veille de la visite de François Hollande.
Après avoir accepté d'échanger, sur demande, les informations concernant les ressortissants français soupçonnés d'évasion fiscale par Bercy, Berne s'est engagé à rendre cet échange d'informations automatique à compter de 2018.
"Les relations entre voisins, ça se soigne. Les problèmes de voisinage sont normaux mais il faut en parler ouvertement et souvent", a souligné mardi le chef de la diplomatie suisse Didier Burkhalter, dans une interview à la Radio Télévision Suisse (RTS).
Les banques n'en ont toutefois pas fini avec la justice française. La holding du géant britannique de la banque HSBC a ainsi été mise en examen à Paris il y a une semaine, se voyant infliger une très lourde caution d'un milliard d'euros dans une affaire de fraude fiscale à grande échelle reprochée à sa filiale suisse.
Quant aux évadés fiscaux repentis français, ils affluent aux guichets de Bercy où les pénalités récupérées ont représenté près de deux milliards d'euros en 2014 provenant pour l'essentiel de Suisse. La somme devrait être équivalente cette année.
En fin d'après-midi mercredi, François Hollande ira à la rencontre des Français expatriés en Suisse, la communauté française à l'étranger de loin la plus nombreuse au monde avec ses 167.000 membres.
- "Train spécial" -
Jeudi, le chef de l'Etat français se rendra dans la région de Zurich puis à Lausanne, toujours au côté de Simonetta Sommarruga, pour une série de visites autour de "trois axes", selon l'Elysée: l'investissement, la croissance verte et l'apprentissage.
Les deux dirigeants visiteront l'entreprise Ernst Schweizer AG, championne du "clean tech", pour illustrer ce "modèle" suisse et rencontrer des apprentis et des salariés frontaliers français.
Après une rencontre avec les milieux d'affaires franco-suisses à l'Ecole des arts appliqués de Zurich, ils prendront ensuite un train spécial pour se rendre à Lausanne.
Ils y visiteront l'Ecole polytechnique fédérale où l'accent sera mis sur la coopération franco-suisse en matière de recherche et d'innovation mais aussi sur les enseignements en ligne (MOOCs).
Signe de bonne volonté réciproque à la veille de cette visite: à défaut d'un règlement définitif, la sempiternelle question du statut fiscal de l'aéroport franco-suisse de Bâle-Mulhouse, pomme de discorde entre les deux pays, a fait l'objet mardi d'une déclaration de principe signée par leurs chefs de diplomatie, le Suisse Didier Burkhalter et le Français Laurent Fabius. Elle pourrait donc être prochainement résolue.
Son déplacement officiel achevé, M. Hollande s'entretiendra encore jeudi en fin d'après-midi avec le président du Comité international Olympique, Thomas Bach, alors que la Ville de Paris a fait un pas décisif lundi vers sa candidature officielle à l'organisation des JO d'été de 2024.