Cameron, en “colère”, refuse de sortir son chéquier pour l'Europe
Le Premier ministre britannique David Cameron, en "colère", a refusé vendredi de sortir son carnet de chèques pour payer une rallonge de plus de deux milliards d'euros au budget européen, jugée "inacceptable", volant ainsi la vedette lors du sommet européen.
"Je ne paierai pas cette addition le 1er décembre. Et si certains pensent que cela va arriver, ils vont voir", a lancé M. Cameron lors d'une conférence de presse, après la demande de Bruxelles d'une rallonge de dernière minute au budget 2014 de l'UE. "Nous n'allons pas sortir notre chéquier", a fulminé le Britannique.
Au terme d'une révision technique du montant des contributions nationales pour 2014, la Commission européenne réclame à plusieurs Etats membres de rajouter des milliards d'euros. La Grande-Bretagne est la plus lourdement taxée, avec une rallonge pouvant aller jusqu'à 2,1 milliards d'euros.
"C'est totalement injustifié et inacceptable de présenter brutalement" une telle note. (...) C'est inacceptable pour cette organisation de travailler de cette façon", a accusé M. Cameron en indiquant qu'il avait "interrompu" le sommet vendredi matin et obtenu la convocation d'une "réunion d'urgence" des ministres des Finances de l'UE, dont la date n'a pas encore été fixée.
Une telle demande de la Commission "n'aide pas sur la question de l'appartenance de la Grande-Bretagne à l'UE", a ajouté le dirigeant britannique qui, sous la pression des europhobes, a promis un référendum sur l'appartenance de son pays à l'UE en 2017.
Il a toutefois souligné que le calcul présenté par la Commission était "une estimation mais pas le chiffre final".
David Cameron "ment quand il dit qu'il a tout découvert en arrivant au sommet. Avec ses services, il savaient depuis des mois que la contribution britannique allait augmenter", a dénoncé une source européenne, sous couvert d'anonymat.
"Non seulement la Grande-Bretagne a signé pour ces règles, mais elle a même œuvré pour", renchérit pour l'AFP Iain Begg, un expert à la London School of Economics.
L'évaluation figure dans une proposition de budget rectificatif adoptée mi-octobre par la Commission, en vue du bouclage du budget européen 2014. Elle prend en compte la révision des chiffres du PIB en Europe, en incluant des activités jusque-là non comptabilisées comme le trafic de drogue et la prostitution.
- 'L'arme fatale' -
Outre la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, également mécontents, doivent rajouter au budget quelque 600 millions d'euros. L'Italie devrait payer quelque 300 millions de plus. Selon M. Cameron, son homologue italien Matteo Renzi a dénoncé une "arme fatale". M. Matteo a assuré qu'il n'avait jamais utilisé cette expression.
"Nous allons examiner d'où vient ce chiffre car tout se mélange", a affirmé Jeroen Dijsselbloem, ministre néerlandais des Finances et patron de l'Eurogroupe, en parlant de "désagréable surprise".
De leur côté, la France et l'Allemagne épargneraient respectivement un milliard et 780 millions d'euros. L'Autriche gagnerait elle aussi au change. "Mais ne vendons pas la peau de l'ours avant de l'avoir tué", a affirmé le chancelier Werner Fayman.
"C'est un sujet technique que certains essaient de rendre politique. La plupart des pays veulent juste en finir au plus vite et payer leur part", a estimé une source européenne.
L'irruption de ce débat a largement occulté les discussions sur les budgets français et italiens, sur la sellette de la Commission européenne.
La Commission pourrait demander à plusieurs Etats de la zone euro de revoir leur projet de budget si elle constate des manquements graves en terme de d'objectifs budgétaires ou de réformes. Ce serait une première, qui passerait très mal en France et en Italie, deuxième et troisième économies de la zone euro. Le verdict pourrait tomber mercredi prochain.
"Le budget italien ne pose pas de problèmes", a soutenu M. Renzi. Il prévoit un déficit sous 3%, contrairement à la France, mais l'effort structurel est insuffisant au vu des critères européens.
Le ton est également ferme côté français. Le budget prévoit 21 milliards d'économies, "on n'ira pas au-delà", a assuré le président François Hollande. "Il faut chercher d'autres moyens d'atteindre les objectifs", a-t-il insisté.