BCE: Mario Draghi à Naples attendu au tournant par les marchés
La Banque centrale européenne (BCE) a laissé jeudi comme prévu son principal taux directeur inchangé à 0,05%, mais son président était désormais attendu au tournant pour sa conférence de presse à Naples où des milliers de manifestants criaient leur colère.
Aucun analyste n'attendait de nouvelle baisse de ce taux, déjà ramené au plus bas de son histoire début septembre.
Tous les regards étaient en revanche tournés vers la traditionnelle conférence de presse du président de l'institution monétaire, Mario Draghi, qui s'exprimera à partir de 12H30 GMT dans l'enceinte de l'imposant musée d'art du Capodimente, sur une colline aux abords de Naples.
"Précarité, pauvreté, chômage, spéculation, libérons-nous de la BCE", clamait une banderole portée par quelques uns des 4.000 manifestants - selon les chiffres de la police - qui faisaient face à un important dispositif policier déployé tout autour du site, a constaté un photographe de l'AFP.
"Block BCE" et "Jatevenne", soit "Allez-vous en" en dialecte napolitain, criait la foule.
Des tensions ont éclaté entre certains groupes et la police, avec jets de pétards d'un côté, et de fumigènes et canons à eau de l'autre. Un activiste, déjà connu des services de police et qui a tenté d'escalader le mur encerclant le palais Reggia di Capodimonte qui abrite le musée a été interpellé.
Peu avant le début de la conférence de presse toutefois la situation semblait s'apaiser autour du Reggia di Capodimonte.
Conspuée par la foule, la BCE est également attendue au tournant par les marchés, alors qu'un nouveau ralentissement de l'inflation en zone euro renforce la pression pour qu'elle agisse plus - elle qui estime en faire déjà énormément.
- Sisyphe -
M. Draghi "pourrait commencer à se sentir comme le roi Sisyphe de la mythologie grecque", estime Carsten Brzeski, chef économiste d'ING. "Quoi que tente la BCE, l'économie de la zone euro ne répond pas vraiment et continue au contraire à flirter avec la stagnation", poursuit-il.
Au vu du chiffre d'inflation de septembre (0,3%) M. Draghi aura du mal à minimiser le risque de déflation, cercle vicieux où l'économie est ralentie par une baisse des prix et des salaires, que les gardiens de l'euro affirment pour le moment ne pas voir.
Plombé par les inquiétudes sur la santé économique de la zone euro, l'euro est tombé mardi au plus bas depuis deux ans.
Jeudi après-midi les analystes guetteront des détails sur les contours d'un nouveau programme d'injections de liquidité dans le circuit financier.
Pour fluidifier le crédit en zone euro et stimuler l'économie, la BCE veut racheter à partir d'octobre des produits financiers, appelés ABS et obligations sécurisées. Le dispositif complètera huit prêts très bon marché et à long terme (TLTRO) proposés aux banques jusqu'à juin 2016, à la condition expresse que celles-ci prêtent plus aux entreprises et ménages en Europe.
L'institution est prête à racheter pour environ 1.000 milliards d'euros, rachats d'actifs et prêts confondus.
- Mauvais départ -
Mais ce nouveau programme de soutien a mal démarré: les prêts accordés lors du premier TLTRO mi-septembre ont déçu. Pour beaucoup d'analystes, le résultat de l'ensemble des mesures risque de ne pas être à la hauteur des espoirs.
Les liquidités des banques ont beau être abondantes, la demande de crédit, elle, n'est pas toujours au rendez-vous du fait des perspectives économiques moroses qui n'incitent pas à investir. C'est vrai notamment en Italie, troisième économie de la zone, où le gouvernement table dorénavant sur une contraction du Produit intérieur brut (PIB) cette année.
Conscient de ces obstacles, M. Draghi réclame, outre des réformes structurelles, une action des gouvernements sur la demande, via notamment des baisses d'impôts. Mais il peut difficilement se soustraire aux appels à en faire plus de son côté, à savoir racheter de la dette publique.
Mais cette option, considérée par beaucoup comme la dernière cartouche des banquiers centraux, est très mal vue par la puissante Allemagne, déjà plus que sceptique sur les rachats d'ABS.