Algérie: Une grogne sociale lancinante, la police en vole la vedette
- Encore une année de grogne populaire en Algérie, qui doit répondre à d'interminables revendications collectives et catégorielles encouragées par une politique officielle privilégiant l'achat de la paix sociale, même si les caisses de l'Etat commencent à ressentir sérieusement le contrecoup de l'effondrement des prix du pétrole.
Sur un front social fortement agité, les policiers ont fait l'événement, passant du statut de bourreau à celui de victime l'espace de quelques 76 heures ayant tenu en haleine les observateurs et les citoyens, ahuris par cette saute d'humeur d'un corps ayant investi les mêmes artères où ses éléments ont été le fer de lance de la répression de la protestation populaire.
A la mi-octobre, les policiers des unités républicaines de sécurité (URS) ont défrayé la chronique, dans la mesure où leur protestation inédite a été perçue comme une menace pour le pouvoir, déjà confronté à une situation explosive, poussant plusieurs acteurs politiques à mettre en garde les autorités publiques contre les conséquences de tels dérapages.
Le 14 octobre, les habitants de la capitale se sont réveillés sur une grogne policière réclamant notamment l'augmentation des salaires et des primes, l'amélioration des conditions de travail, ainsi que le droit au logement social et à la constitution d'un syndicat indépendant. Mais, la principale revendication était le départ du directeur général de la sûreté nationale, le général Abdelghani Hamel.
La grogne "bleue", partie de la ville de Ghardaïa, allait prendre une tournure alarmante en se propageant dans d'autres régions du pays. Le point culminant fut le sit-in des policiers devant le siège de la présidence de la République au quartier d'El Mouradia.
Sentant le danger d'un tel mouvement sur la stabilité et la sécurité de l'ensemble des institutions, des partis politiques sont montés au créneau pour tirer la sonnette d'alarme et appeler à la fin de l'agitation, décrite comme "un précédent d'une extrême gravité et exprime, on ne peut mieux, la déliquescence de l'Etat et l'ampleur de la crise et de l'impasse institutionnelle algérienne".
La protestation a déclenché depuis la ville de Ghardaia (600 km au sud d'Alger) où les affrontements entre les communautés arabe et amazigh ont fait en 2014 plus de 15 morts et des dizaines de blessés, outre des dégâts matériels considérables.
Face à cette situation, le malheureux candidat aux dernières présidentielles, Ali Benflis, a estimé que les événements tragiques de la vallée du M'zab "ne sont que la manifestation d'une crise profonde à laquelle une gouvernance mal inspirée, désinvolte et irresponsable n'a pas su où n'a pas pu apporter une solution à la mesure de son ampleur et de sa complexité".
Après Ghardaia, c'était une autre région du sud du pays, Ouargla, qui allait être secouée par des heurts meurtriers entre les forces de l'ordre et des manifestants sur fond de revendications sociales, faisant quatre morts et une cinquantaine de blessés.
Plusieurs partis ont condamné le meurtre de manifestants, appelant à une enquête, alors que la wilaya a nié avoir donné des ordres pour tirer sur les manifestants, reconnaissant des dépassements de la part des forces de l'ordre.
A chaque fois, les mouvements sociaux, qui ont vraisemblablement battu des records en 2014, réservent leur lot d'affrontements avec les forces de l'ordre, de fermeture de routes, de la voie ferrée, de sièges des conseils locaux, ainsi que de comportements plus tragiques comme les immolations ou les tentatives d'immolation par le feu, à côté de violences dans les stades devenus l'exutoire par excellence des frustrations sociales, généralement liées au problème endémique du logement social.
De nombreux secteurs, dont ceux de l'éducation et de la santé, sont fréquemment paralysés par des mouvements de grève, prenant en otage le citoyen algérien, qui ignore souvent les tenants et aboutissants de telles actions donnant du tournis aux scrutateurs les plus aguerris, en mal d'en démêler les écheveaux.
Parallèlement à ces événements faisant désormais partie du train-train quotidien, les routes ont continué à gonfler les statistiques et les bilans des pertes humaines et des dégâts matériels. Avec une moyenne hebdomadaire de près de 100 morts et de centaines de blessés, les routes algériennes comptent parmi les plus meurtrières au monde.
Après chaque drame de la route, des voix s'élèvent pour demander des mesures urgentes en vue de juguler ce fléau considéré comme une autre forme de "terrorisme" face auquel les autorités affichent une étonnante impuissance et une panne d'idées.
Les accidents n'ont pas épargné le transport aérien entaché durant l'été par une série de pannes et de dysfonctionnements affectant l'image de la compagnie nationale Air Algérie, sous les feux de la critique depuis plusieurs mois à cause d'une gestion jugée "chaotique". JC/AT---BI AJ.
MAP 181028 GMT déc 2014