Air France: six avions sur dix au sol mardi, la direction fait un geste
Six avions d'Air France sur 10 sur le tarmac: au deuxième jour d'une grève très suivie des pilotes, la compagnie a tenté de rassurer sur son projet de développement de sa filiale à bas coût en mettant une première proposition sur la table.
Après avoir assuré moins de 50% des vols lundi, le groupe a annoncé qu'environ 40% de ses avions décolleraient mardi.
Il n'y a "pas encore" de sortie de crise en vue mais "on continue à négocier", a cependant expliqué mardi matin sur Europe 1 Frédéric Gagey, PDG de la compagnie.
"On a fait des propositions", "on a senti l'inquiétude des pilotes qui imaginaient que Transavia France pouvait soudain remplacer Air France sur la France", a-t-il expliqué au lendemain d'une longue réunion, lundi soir, avec ceux du syndicat majoritaire (SNPL AF Alpa), à l'origine d'un appel à la grève reconductible jusqu'au 22 septembre.
Lundi, le SNPL a redit sa crainte que les projets de développement de Transavia, tant en France qu'en Europe, n'ouvrent la voie à un "pillage de l'emploi français", alors qu'un plan de départs volontaires a été ouvert en août pour 200 des 3.760 pilotes d'Air France.
Pour rassurer les pilotes, M. Gagey propose de limiter l'augmentation de la flotte de Transavia France à 30 avions, au lieu des 37 prévus, précisant que cette limitation serait valide jusqu'en 2019.
Le projet "n'est sûrement pas de remplacer Air France par Transavia". Il est "de compléter l'ensemble des outils d'Air France pour attaquer un nouveau marché, qui est le marché loisirs, en développant Transavia", a insisté M. Gagey.
Pour reconquérir les lignes concurrencées par les compagnies low cost (Ryanair, easyJet), le groupe souhaite aussi ouvrir de nouvelles bases en Europe dès 2015, avec des pilotes sous contrat local.
- Record d'annulations à Toulouse -
Il a en revanche encore rejeté la principale revendication des syndicats de réserver aux pilotes d'Air France les avions de plus de 100/110 places, quelle que soit la compagnie du groupe (Air France, Transavia, Hop!). "C'est non car le contrat Air France est plus coûteux que le contrat de Transavia", a déclaré M. Gagey.
Selon une source interne d'Air France, le coût horaire des pilotes est 40% plus élevé chez Air France que chez Transavia, avec un salaire brut annuel des pilotes oscillant entre 75.000 et 250.000 euros selon le grade, l'ancienneté et l'affectation chez Air France, contre 87.000 à 180.000 euros chez Transavia.
Une nouvelle réunion de négociation aura lieu dans l'après-midi avec les pilotes, a précisé M. Gagey.
Première réaction politique, le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, a demandé mardi sur BFM TV et RMC la fin de cette grève, qu'il juge "hors de propos quand on connaît la situation des personnels d'Air France".
La grève entamée lundi est massivement suivie (60% selon la direction, 75% selon le SNPL). Outre le SNPL, le Spaf (deuxième syndicat) a appelé au mouvement jusqu'au 20 et Alter (non représentatif) jusqu'au 18.
Malgré les nombreuses annulations, le calme régnait en début de matinée dans les aéroports parisiens d'Orly et de Roissy, comme la veille.
La situation dans les aéroports parisiens devait être "plus ou moins semblable" à celle de lundi, avec de fortes perturbations mais "pas d'annulations à chaud" et donc "pas de mouvements de passagers en colère", selon la compagnie.
A l'aéroport de Toulouse, un nouveau record de vols annulés s'apprêtait à être battu, après déjà 80% d'annulations lundi. Sur 43 vols programmés dans la journée, un seul était officiellement maintenu, 35 annulés, 7 incertains.
- '10 à 15 M EUR' de coût par jour -
Air France a recommandé aux clients ayant un vol d'ici au 22 de "reporter leur voyage ou changer leur billet sans frais". La compagnie précise avoir envoyé 600.000 messages et SMS pour avertir les passagers.
Les syndicats ont prédit lundi que les difficultés iraient croissant. "Mardi ce sera encore plus difficile et mercredi, (le trafic) Air France peut être arrêté", les pilotes ayant été appelés en renfort les premiers jours devant se reposer, selon Jean-Louis Barber, président du SNPL AF Alpa.
En revanche, Alexandre de Juniac, PDG du groupe Air France-KLM, a promis que le trafic allait "s'améliorer légèrement" mercredi, avec "un peu plus de 40% de vols".
Un mouvement d'une semaine serait le plus long conflit mené par des pilotes d'Air France (groupe Air France-KLM) depuis 1998.
La direction évalue son coût de "10 à 15 millions" d'euros par jour. Lundi, Alexandre de Juniac a laissé entendre que le retour aux bénéfices de la compagnie française pourrait être compromis cette année si la grève dure.